Un py­ro­man sé­vit dans un im­meuble du Pont du Las

De­puis une quin­zaine de jours, la lo­ca­taire d’un im­meuble de l’ave­nue du XVe-Corps fait face à des in­cen­dies vo­lon­taires à ré­pé­ti­tion. Ter­ro­ri­sée, elle n’ose plus sor­tir

Var-Matin (Grand Toulon) - - La Une - PIERRE-MICKAËL AYI pmayi@var­ma­tin.com

L’an­goisse, puis l’en­fer. « Je m’en­ferme chez moi en per­ma­nence, je suis en pri­son dans mon propre ap­par­te­ment… » De­puis quinze jours, cette Tou­lon­naise ré­si­dant dans les quar­tiers ouest vit un cal­vaire. Ma­rie (1), lo­ca­taire au 540 ave­nue du XVeCorps, n’ose plus sor­tir de son ap­par­te­ment, à cause d’un py­ro­mane com­pul­sif qui rode dans son im­meuble du­rant la nuit. « Lun­di soir der­nier, je re­gar­dais la télé lorsque j’ai sen­ti de la fu­mée s’échap­per de la cage d’es­ca­lier, ra­conte-t-elle. Je suis mon­tée à l’étage, je suis ren­trée dans l’ap­par­te­ment (in­oc­cu­pé, Ndlr) et j’ai vu les flammes mon­ter d’un pla­card de la cui­sine. J’ai éteint l’in­cen­die en lan­çant des seaux d’eau… »

Des in­sultes dans la cage d’es­ca­lier

Dans ce pe­tit im­meuble d’un étage, abri­tant trois ap­par­te­ments et deux lo­caux d’en­tre­prise (une au­to-école et un coif­feur), Ma­rie vit seule dans un deux-pièces au rezde-chaussée, avec ses deux en­fants en bas âge. Au­jourd’hui, la jeune femme sans em­ploi n’en peut plus. «C’est le sep­tième in­cen­die en deux ans, dé­plore la bru­nette, qui dit avoir dé­po­sé trois plaintes. Et de­puis quinze jours, c’est tous les soirs… » Di­manche der­nier, une mise à feu avait été cir­cons­crite sur la porte d’en­trée fe­nêtre en bois de sa propre cui­sine, où fi­gu­raient des traces d’ef­frac­tion au « pied-de-biche ». La lo­ca­taire avait alors aper­çu, écrit au feutre blanc sur les car­reaux, des tags in­sul­tants et me­na­çants. « Tuer. Po­lice. Pu…, énu­mère-t-elle. Avec l’aide d’un ami, on a tout re­vis­sé et con­dam­né l’ac­cès à la fe­nêtre. » Ces grif­fon­nages, la cage d’es­ca­lier en est truf­fée, sur la pein­ture blanche ré­no­vée. Dont un énig­ma­tique : « Hal­lah ak­bar (2). Moi don­ner mai­son toi pro­mis. » L’oeuvre d’un homme « fou » âgé d’une ving­taine d’an­nées, se­lon la ré­si­dente (lire ci-contre) .« Une fois, je suis tom­bée nez à nez avec lui dans les es­ca­liers, énonce-t-elle. Il m’a fait tré­bu­cher, et j’ai dé­va­lé quelques marches. J’ai été bles­sée à la tête et à l’épaule. » Une fois de plus, Ma­rie était seule, comme à chaque dé­clen­che­ment as­sour­dis­sant des dé­tec­teurs de fu­mée. « Dans la rue, per­sonne ne bouge. »

« De l’achar­ne­ment »

En face de sa porte d’en­trée, un bu­reau semble aban­don­né. À l’étage, l’ap­par­te­ment res­te­ra dé­sert. « Je n’ai plus de lo­ca­taire de­puis le mois de dé­cembre et je n’ins­talle plus per­sonne », in­dique de son cô­té la pro­prié­taire, ex­cé­dée. Elle a dé­po­sé sa « cin­quième » plainte mar­di, après l’in­cen­die de la cui­sine. « Ces dé­gra­da­tions ont re­pris le 4 mai der­nier, lors­qu’il (le sus­pect, Ndlr) a com­men­cé par mettre le feu à la porte d’en­trée de l’ap­par­te­ment, se re­mé­more-t-elle. Le di­manche sui­vant (le 7 mai), il a vo­lé la ser­rure de la porte d’im­meuble, tout était ou­vert aux quatre vents… On a dû condam­ner tous les ac­cès. » « C’est de l’achar­ne­ment, on a re­le­vé des pros­pec­tus dans les cendres et sen­ti des odeurs de pro­duit in­flam­mable », pointe la lo­ca­taire apeu­rée. Elle a ré­cu­pé­ré la clé de l’ap­par­te­ment à l’étage, pour s’y ré­fu­gier en cas d’ur­gence. Elle confirme aus­si que les sa­peurs­pom­piers com­mencent à « sa­tu­rer » à force d’in­ter­ve­nir. « L’as­so­cia­tion CHV (Col­lec­tif hé­ber­ge­ment va­rois, Ndlr) a dé­ci­dé de rendre les clés. À la suite des in­cen­dies de l’été der­nier, je suis res­tée quatre mois sans eau, ni élec­tri­ci­té. Là, c’est l’an­goisse. Je psy­chote vrai­ment. J’at­tends un HLM de­puis un an, et je n’ai nulle part où al­ler. » 1. Le pré­nom a été mo­di­fié. 2. « Dieu est [le] plus grand ».

(Pho­tos Flo­rian Blan­chard)

L’en­trée de l’ap­par­te­ment lais­sé à l’aban­don a été for­cée par ef­frac­tion.

A l’étage, la porte d’en­trée de l’ap­par­te­ment in­oc­cu­pé, cou­verte de me­naces de mort, a aus­si été in­cen­diée.

« Hal­lah Ak­bar ». La cage d’es­ca­lier est cou­verte de tags.

Lun­di soir, le pla­card de la cui­sine d’un ap­par­te­ment in­oc­cu­pé a été dé­truit.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.