DOG­MAN MANQUE DE MOR­DANT

Un nou­vel es­sai sur la cor­rup­tion de la so­cié­té par la vio­lence, par le réa­li­sa­teur de Go­mor­ra... La Palme Dog lui est dé­jà ac­quise. Et peut-être un prix d’in­ter­pré­ta­tion mas­cu­line. Pour le reste, Dog­man dé­çoit un peu...

Var-Matin (Grand Toulon) - - Critiques Des Films Du Jour - par PHI­LIPPE DUPUY pdu­puy@ni­ce­ma­tin.fr @dj­phi­lip

DOG­MAN Com­pé­ti­tion De : Mat­teo Gar­rone (Ita­lie) Avec : Mar­cel­lo Fonte, Edoar­do Pesce, Ali­da Bal­da­ri Ca­la­bria... Genre : drame. Du­rée : 1 h 42. Sor­tie : 11 juillet.

O n au­ra au moins ap­pris une nou­velle ex­pres­sion cette an­née à Cannes :

« lais­ser en chien ». C’était dans le film À ge­noux les gars d’An­toine Des­ro­sières. Un des rares pour­vus de quelques bonnes pun­chlines. Si on en élar­git l’ac­cep­ta­tion, du do­maine pu­re­ment sexuel au plan ci­né­ma­to­gra­phique, « lais­ser en chien » pour­rait fa­ci­le­ment se tra­duire par : « res­ter sur sa faim ». Et Dieu sait qu’on au­ra eu l’oc­ca­sion d’en faire l’ex­pé­rience dans cette sé­lec­tion ! No­tam­ment avec Dog­man le nou­veau film de Mat­teo Gar­rone, réa­li­sa­teur ita­lien chou­chou du Fes­ti­val où il a re­çu le Prix du Ju­ry pour Go­mor­ra en 2008 et un Grand Prix pour Rea­li­ty en 2012. Si Go­mor­ra, film de ma­fia adap­té du livre de Ro­ber­to Sa­via­no, nous avait ef­fec­ti­ve­ment em­bal­lés par son réa­lisme brut, les sui­vants in­ci­taient tout de même à se de­man­der si la côte can­noise de Mat­teo Gar­rone n’était pas lé­gè­re­ment sur­éva­luée. No­tam­ment avec

Tale of Tales, conte ba­roque qui avait lais­sé la Croi­sette plus que du­bi­ta­tive en 2015. L’an­nonce du re­tour du réa­li­sa­teur ita­lien à une veine « Go­mor­resque » in­ci­tait pour­tant à l’op­ti­misme. Et ef­fec­ti­ve­ment au dé­but de

Dog­man, on y croit. Dans une pe­tite ville cô­tière du sud de l’Ita­lie, Mar­cel­lo (Mar­cel­lo Fonte) tient une échoppe de toi­let­tage ca­nin et deale un peu d’herbe et de coke pour ar­ron­dir ses fins de mois. Un des clients ré­gu­liers de sa deuxième ac­ti­vi­té, Si­mon­ci­no (Edoar­do Pesce), brute épaisse au tem­pé­ra­ment violent qui vient de sor­tir de pri­son, le ru­doie et l’as­so­cie contre son gré à une sé­rie de mauvais coups foi­reux. Le der­nier en­voie Mar­cel­lo en pri­son pour un an. Mais le pe­tit homme re­fuse de dé­non­cer son com­plice, es­pé­rant tou­cher sa part du bu­tin et évi­ter de se faire cas­ser la fi­gure à sa sor­tie. Es­poirs dé­çus, qui l’en­traî­ne­ront dans une spi­rale de vio­lence ven­ge­resse… En­ta­mé en forme d’hom­mage au néo­réa­lisme so­cial ita­lien, avec une belle des­crip­tion de la vie des ha­bi­tants de cette pe­tite ville ma­ri­time gri­sâtre, gan­gre­née par la mi­sère, les tra­fics et la vio­lence, Dog­man vire dans sa deuxième par­tie au re­venge mo­vie ul­tra-violent. Un virage très la­bo­rieu­se­ment né­go­cié, avec une fin qui laisse une nou­velle fois per­plexe. Mal­gré de belles qua­li­tés pho­to­gra­phiques et un cas­ting formidable (quelles gueules !),

Dog­man manque de mor­dant et dé­çoit. Dans une sé­lec­tion où les bons rôles mas­cu­lins se comptent sur la moi­tié des doigts d’une main, Mar­cel­lo Fonte fait tou­te­fois fi­gure de fa­vo­ri au pal­ma­rès. Si­non, on ne voit que la «Palme Dog». Pour le chien Jack, ama­teur de

pas­ta, ou pour le pit­bull ano­nyme du dé­but que Mar­cel­lo par­vient à ama­douer à force de dou­ceur et de pa­tience. Con­trai­re­ment à son ho­mo­logue hu­main Si­mon­ci­no…

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