Var-Matin (Grand Toulon)

Le bouchon trop loin poussé

- THIERRY PRUDHON Reporter edito@nicematin.fr

On peut ne pas être absolument fan d’Emmanuel Macron et avoir, aujourd’hui, une pensée émue pour lui. Il a quand même du cran, ce Président qui veut à tous crins réformer quand beaucoup, y compris parmi ses propres troupes, lui suggèrent d’inaugurer sagement les chrysanthè­mes pour être réélu, sans coup férir, face à Marine Le Pen en . Bien sûr, le chef de l’État s’y est pris comme un manche. Trop convaincu de concentrer la science infuse, il n’a pas mesuré l’extravagan­te complexité d’une réforme radicale des retraites. Il s’est avancé en caleçon, sans avoir étayé son projet des précisions essentiell­es à sa transparen­ce. Dans trop de flou, chacun, à tort ou à raison, voit des loups partout. Pourtant, quitte à rabâcher et à paraître rabat-joie, il faudra bien financer, d’une manière ou d’une autre, l’allongemen­t notable de la durée de vie. Les Républicai­ns sont ainsi un poil en porte-à-faux à l’heure de critiquer la réforme, eux qui trouvent au contraire que le gouverneme­nt ne va ni assez vite ni assez loin dans la suppressio­n des régimes spéciaux et l’augmentati­on de la durée de cotisation. Certes, pour qui a signé il y a quelques années un contrat posant des garanties en regard de contrainte­s, la pilule est forcément dure à avaler, un rien inique. Néanmoins : s’ils ne sont pas devenus des nantis, les cheminots ne sont plus, ils ne l’ont d’ailleurs jamais été, des parias du monde du travail. Combien d’autres, comme eux, bossent la nuit et le week- end, pour de bien moindres compensati­ons ? Les précaires d’aujourd’hui sont les livreurs qui courent la pièce en risquant leur vie à chaque virage, les ouvriers, les cabossés des carrières à trous et bancales. Sans parler, évidemment, des policiers, des agents de santé, voire des profs, qui ont de solides raisons d’en avoir plein les bottes. La grève jusqu’au-boutiste et prétendue solidaire, le refus obstiné d’un âge pivot aux allures de moindre mal, cachent mal les relents de combats catégoriel­s d’arrière- garde. Dans le régime actuel déjà, le départ à  ans, faute d’annuités suffisante­s, relève en effet très souvent du trompe-l’oeil pour beaucoup. « Y a-t-il un seul pays où vous préférerie­z vivre plutôt qu’en France ? » , demandait Alain Juppé en . Son échec d’alors ne lui donne pas tort pour autant.

« La grève prétendue solidaire cache mal des relents catégoriel­s d’arrière-garde. »

 ??  ??

Newspapers in French

Newspapers from France