Mou­rad Boud­jel­lal confi­né mais tou­jours cin­glant

QUELQUES MI­NUTES DE CON­FI­NE­MENT AVEC MB Même à l’abri dans sa mai­son ni­chée à Car­quei­ranne, Mou­rad Boud­jel­lal garde la langue bien pen­due et l’hu­mour cor­ro­sif...

Var-Matin (Grand Toulon) - - La Une - RAPHAËL COIFFIER

Re­clus dans sa vil­la à Car­quei­ranne, Mou­rad Boud­jel­lal se pré­pare à te­nir un siège. Pas un cierge. L’homme d’af­faires ne s’en re­met pas au ciel. Mais aux actes. Ce con­fi­ne­ment, il l’a an­ti­ci­pé. Avant le jour d’après... « J’ai été éle­vé par une grand­mère ar­mé­nienne qui a connu la guerre. Ses pla­cards étaient pleins. Au cas où. Alors, oui, j’ai fait par­tie de ces abru­tis qui ont sur­ache­té. Avec trois cad­dies rem­plis... » Pour ne man­quer de rien si la si­tua­tion de­vait du­rer. Pour évi­ter, aussi, de mettre le nez de­hors. « Et puis, si j’en ai trop à la sor­tie de la crise, je pour­rai tou­jours faire du mar­ché noir ! » La grande gueule n’a rien per­du de son hu­mour. De son iro­nie. Pré­fé­rant la dé­ri­sion à la dé­pres­sion... « Hier j’étais à Dys­ney­land. Je me suis ga­vé. Il n’y avait per­sonne. Mon pass VIP ne m’a ser­vi à rien... » Plus Ra­pe­tou que Mi­ckey, il rec­ti­fie vite le tir. « Je suis à la mai­son et je ne me plains pas. Elle est grande. J’ai une pis­cine, un ter­rain de boules, une salle de sport... » Son antre où il court 25 km sur ta­pis. « Pour perdre du poids. Sans ou­blier un KohLan­ta dans le jar­din pour me chan­ger les idées... » Il s’oxy­gène la tête. Ce vol­can en constante érup­tion. Ré­pond à ses mails. En souf­france. Re­garde des do­cu­men­taires. Son pé­ché mi­gnon. « C’est pour ma culture gé­né­rale. Je mate aussi des films sur la pan­dé­mie. Je me re­passe en boucle les dé­cla­ra­tions de Cas­ta­ner et je vi­sionne même les Faites en­trer l’ac­cu­sé.. .» La pa­ren­thèse an­xio­gène re­fer­mée, le glou­ton d’in­fos et d’images re­voit les vieux Ga­bin, Ven­tu­ra. Avant que le na­tu­rel ne le rat­trape au vol.

Que son cô­té Ha­ra-Ki­ri ne ré­veille le pro­fes­seur Cho­ron qui som­meille en lui... « Ah oui, j’ai failli ou­blier les clas­siques de Hit­ch­ckok comme Psy­chose, La mort aux trousses. » In­cor­ri­gible Boud­jel­lal. Epou­van­tail de la bien-pen­sance. En toute li­ber­té. Comme avec ce scud en­voyé au rug­by fran­çais (voir ci-des­sous). Un rug­by dont il fut long­temps l’al­chi­miste et le sor­cier. Avant de vendre le RCT à Ber­nard Le­maître. Et s’il s’en dit au­jourd’hui dé­ta­ché, il li­vre­ra tou­te­fois quelques pistes pour le sau­ver de la ban­que­route. « Je de­vrais ap­pe­ler Paul Goze pour lui dire : de­mande l’abro­ga­tion de la taxe sur les droits té­lé, une baisse du nombre de JIFF pour les 2 à 3 ans à ve­nir, ce qui per­met­tra de faire ve­nir des joueurs moins chers, ou en­core l’abo­li­tion de la TVA sur la billet­te­rie. Il y en a des choses à faire. Mais ce n’est plus mon pro­blème... » Un pied de nez à l’Ova­lie -« en fait j’au­rais dû me pré­sen­ter à la pré­si­dence de la LNR » - et il conclut sur cet uni­vers où il a rayon­né : « La re­prise des cham­pion­nats ? Je n’y crois pas. » En re­vanche, il est per­sua­dé que l’éco­no­mie fran­çaise traî­ne­ra long­temps les sé­quelles de cette crise sa­ni­taire pla­né­taire. « Ce qui est per­du est per­du. A com­men­cer par les ren­trées de l’Etat. Com­ment vou­lez-vous, par exemple, qu’un coif­feur ré­cu­père son manque à ga­gner ? Après le con­fi­ne­ment, vous irez le voir mais il ne vous cou­pe­ra les che­veux qu’une fois. Pas trois. Ça va vrai­ment être dif­fi­cile... » Et dans le sport ? « Tout le monde va souf­frir. En par­ti­cu­lier les clubs dans l’éco­no­mie réelle qui dé­pendent des par­te­naires pri­vés. Des en­tre­prises. Donc, au lieu de pleu­rer, il faut

Si j’en ai trop à la sor­tie de la crise, je pour­rai tou­jours faire du mar­ché noir... ”

On se croi­rait dans Wal­king dead. C’est très im­pres­sion­nant ”

an­ti­ci­per. Sans perdre de vue que ce qui prime au­jourd’hui, c’est la san­té des gens ! » Comme celle de sa ma­man de 87 ans. « Je ne sors que pour elle. Pour lui faire ses courses. Je lui ai in­ter­dit de mettre le nez de­hors ! » Le li­vreur re­gagne en­suite ra­pi­de­ment ses pé­nates. Passe en­fin du temps avec ses filles. « J’ai ra­pa­trié celle qui était seule à Pa­ris. » La tri­bu ré­ap­prend à s’ap­pri­voi­ser. Comme nous tous. Non sans mal, par­fois. « D’or­di­naire, je ne suis pas sou­vent là... » Le ca­mé­léon s’adapte. Echange. Apaise les ten­sions in­évi­tables. Puis, sur la ter­rasse, s’isole. Ecoute le si­lence. « To­tal. On se croi­rait dans Wal­king dead. C’est très im­pres­sion­nant. J’étais per­sua­dé que ma gé­né­ra­tion ne connaî­trait pas la guerre, mais ça... » Ce Ça, digne d’un Ste­phen King, il ne l’avait pas flai­ré. Ce fléau « qu’on peut por­ter sans le sa­voir et qui fait de nous des trans­por­teurs de mort... » Et d’en­fon­cer le clou, en cru­ci­fiant la Chine. « Je nous trouve très in­dul­gent avec les Chi­nois. Un de leur mé­de­cin, dé­cé­dé, les avait aler­tés. Ils ne peuvent pas se dé­doua­ner si fa­ci­le­ment. Quand à l’OMS, j’ai le sen­ti­ment qu’elle nous a ba­la­dés. Il fau­dra bien que cer­tains as­sument leurs res­pon­sa­bi­li­tés... » Et que cha­cun res­pecte les consignes afin d’en­di­guer la pan­dé­mie. « J’ai vu des com­por­te­ments in­ex­cu­sables. Or il faut se dis­ci­pli­ner car ce n’est que le dé­but... » Peut-être d’une ère nou­velle. « On constate bien qu’au­jourd’hui on est pas­sé de l’autre cô­té de la so­cié­té de sur­con­som­ma­tion. Qu’on a bas­cu­lé dans un autre monde... » Un mal pour un bien peu­têtre. Pas de ré­ponse. Mais une der­nière pi­rouette avant de s’éva­der de­vant un concert sur la chaîne Olym­pia. « C’est le mo­ment d’ache­ter des ac­tions !» In­cor­ri­gible...

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