Nice: elle veut le quit­ter il l’as­perge d’am­mo­niaque

Une jeune Ni­çoise a dé­po­sé plainte contre le père de son fils, qui a pris la fuite. Elle risque de perdre un oeil

Var-Matin (Hyères / Le Lavandou / Gapeau) - - Grand Sud | Carnet - STÉ­PHA­NIE GASIGLIA sga­si­glia@ni­ce­ma­tin.fr

Na­ta­cha est dé­sor­mais à l’abri avec ses trois en­fants chez sa mère, à Nice. La jeune femme de 28 ans se re­met d’une histoire dou­lou­reuse. Vio­lente. «Si je parle au­jourd’hui, c’est que j’ai­me­rais que ce qui m’est ar­ri­vé serve aux autres femmes. Ne lais­sez pas les si­tua­tions s’en­ve­ni­mer, même si c’est dif­fi­cile, même si vous êtes sous em­prise. » Na­ta­cha est sor­tie de l’hô­pi­tal Pas­teur II hier. Elle risque de perdre son oeil droit. Il y a dix jours, le père de son fils lui a je­té au vi­sage le conte­nu d’une bou­teille d’am­mo­niaque. Elle a dé­po­sé plainte au com­mis­sa­riat de Digne-les­Bains (Alpes-de-Haute-Pro­vence), où elle ré­side de­puis huit ans.

« Il m’a mor­due, ti­rée par les che­veux »

« C’était le 22 avril, chez moi. Chez nous. J’avais en­voyé mes deux plus grands en­fants en va­cances chez ma ma­man. Il ne res­tait que mon pe­tit der­nier. » L’en­fant qu’elle a eu avec R., 31 ans. «Le soir, mon com­pa­gnon me parle d’un apé­ro avec des amis, il a vou­lu sor­tir pour cher­cher de la coke, mais il s’était par­fu­mé et bien coif­fé, j’ai fait une pe­tite ré­flexion. » Na­ta­cha ne se drogue pas. Mais R., oui. « Il fume du crack. » Une nuit d’enfer com­mence. In­sultes, portes qui tapent. Une vraie sale nuit. Les coups et les me­naces de trop. « Il a tou­jours été violent avec moi, même lorsque j’étais en­ceinte. » En re­vanche, il n’a ja­mais tou­ché les en­fants. « Ç’au­rait été un dé­clic pour moi. Trop long­temps, je n’ai pas vou­lu voir. Je ne vou­lais pas voir son vrai vi­sage. » Vers 10 heures, le di­manche, alors que le père de son troi­sième en­fant est en­dor­mi, Na­ta­cha pré­pare ses af­faires. « Je vou­lais par­tir. Le quit­ter. Mais lorsque j’ai mis le pe­tit dans la pous­sette, il s’est mis à pleu­rer. » Son com­pa­gnon s’est ré­veillé. En fu­rie. « Il avait com­pris que je vou­lais m’en­fuir. » « Il m’a mor­due, ti­rée par les che­veux. J’ai eu le temps de mettre le pe­tit dans son lit. La bou­teille d’am­mo­niaque était sur la table [ça sert à faire du crack avec la co­caïne]. Il l’a at­tra­pée et me l’a je­tée au vi­sage. » La bou­teille était pleine.

Une greffe n’est pas ex­clue

Une dou­leur atroce. Épou­van­table même. « J’avais mal par­tout, j’ai cru que j’al­lais mou­rir. » La Ni­çoise est tou­chée aux oreilles, à la bouche, à la langue. Et à l’oeil droit. « À ce mo­ment, il s’est mis à pleu­rer, m’a dit qu’il ne pen­sait pas que c’était cor­ro­sif», ra­conte-telle. Na­ta­cha sent qu’il ne faut pas en­ve­ni­mer les choses. Elle es­saie de le cal­mer, de l’apai­ser. « Je ne pou­vais pas ap­pe­ler la po­lice. » Elle va contac­ter sa mère. Et c’est elle qui aler­te­ra les forces de l’ordre. En­tre­temps, R. s’est en­fui. Il est tou­jours re­cher­ché par la po­lice. Plus per­sonne n’a de nou­velles de lui. « Je suis al­lée aux ur­gences avec les pom­piers et puis je suis re­ve­nue à la mai­son pour prendre des af­faires et par­tir à Nice chez ma mère. » Entre-temps, son état s’est ag­gra­vé. « J’avais un oe­dème dans l’oeil. À l’hô­pi­tal Pas­teur II, ils m’ont fait deux pi­qûres par jour dans l’oeil. Les vais­seaux et la cor­née sont tou­chés.» Une greffe n’est pas ex­clue. Na­ta­cha va re­tour­ner à Digne, « le temps que mes en­fants fi­nissent leur sco­la­ri­té.» Puis, elle viendra re­vivre à Nice. « Je ne veux pas per­tur­ber mes en­fants en­core plus. Ma fille a dé­jà as­sis­té à tel­le­ment de choses… »

« On est sous em­prise »

Au­jourd’hui, Na­ta­cha re­garde en ar­rière. Fo­cus sur ces cinq an­nées avec un homme violent. Alors, for­cé­ment, il y a un peu de culpa­bi­li­té : « On se dit tous les jours que la per­sonne avec qui on vit va chan­ger. Et puis, elle ne change pas. On est sous em­prise. On se dit qu’avoir un en­fant va le cal­mer. Et ça ne le calme pas. C’est même de pire en pire. Ça ne s’ar­range ja­mais en fait. Si mon histoire pou­vait ser­vir à d’autres femmes… »

(Photo DR)

Na­ta­cha,  ans, brû­lée au vi­sage par son ex-com­pa­gnon.

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