Var-Matin (La Seyne / Sanary)

Le Toulonnais Hoang a fait le plein de confiance

Flic mythique dans Engrenages pendant huit saisons, l’acteur tourne dans de nombreux projets ambitieux et va pouvoir, enfin, tourner la page de Gilles « Gilou » Escoffier.

- MATHIEU FAURE mfaure@nicematin.fr

Une démarche unique, reconnaiss­able parmi d’autres avec cette manière si particuliè­re de balancer ses bras. C’est la puissance de la télévision car on a l’impression d’avoir toujours connu Thierry Godard. Pendant près de quinze ans, l’acteur a campé Gilles Escoffier, dit Gilou, dans Engrenages. Une série qui a marqué la télévision française mais aussi l’acteur. Pourtant, en marge du Festival TV de MonteCarlo, Thierry Godard a parlé d’autre chose car la vie de l’acteur n’est plus vraiment la même. En ce moment, il multiplie les tournages comme celui de Germinal basé sur l’oeuvre d’Emile Zola.

« Je joue Maheu, je suis un dingue de Zola, j’ai un arrière-grand-père mineur qui s’appelle Jean Bart, le nom de la mine dans Germinal ,je ne pouvais pas passer à côté. C’est un monument de la littératur­e française aussi. » La série, ambitieuse, s’appuie sur un casting assez impression­nant (Sami Bouajila, Alix Poisson, Guillaume de Tonquedec, Natacha Lindinger, Steve Tientcheu) avec près de six-cents figurants et une manière moderne de filmer façon Peaky Blinders. « On a besoin de raconter cette histoire en la ramenant un peu dans notre époque, détaille Godard. La musique sera un peu plus rock, il y a un écho avec ce que l’on a vécu récemment, les Gilets jaunes, la crise sociale. Au travers de ça, on peut aussi parler du présent ».

Il rêve de jouer Jean Jaurès

L’histoire de France a toujours été quelque chose qui parle à Godard. Son rêve ? Jouer Jean Jaurès. « C’est le dernier homme politique qu’on a eu, rigole-t-il. Le dernier humaniste qui se battait pour le peuple. Je suis fasciné par cet homme qui était du côté des ouvriers. » Récemment, Godard a tenté d’adapter en France une série américaine sur la peine de mort – Rectify – tout en prenant en compte les problémati­ques carcérales françaises. « On va rester sur le concept de quelqu’un qui sort de prison et qui se reconstrui­t »,

poursuit Godard. Des projets, Godard n’en manque pas. Ça tombe comme à Gravelotte. À tel point qu’il va rejouer, pour ne pas changer, des flics à commencer par

Oussekine, une série de quatre épisodes

produite par Disney+ qui retracera l’affaire tragique de Malik Oussekine, l’étudiant frappé à mort par des policiers en 1986 lors de la contestati­on étudiante contre le projet de réforme universita­ire Devaquet. « J’incarne un voltigeur de Charles Pasqua, ces policiers qui frappaient les manifestan­ts à moto. Je joue le chef des voltigeurs, celui qui tue Malik Oussekine. C’est un sujet assez sensible qui permet aussi de comprendre les répercussi­ons sur la société française ». Une production américaine ambitieuse, avec des moyens techniques et logistique­s colossaux, qui se tourne actuelleme­nt dans Paris.

Mais Godard reste forcément intimement lié à Gilou, son personnage d’Engrenages. « Souvent, quand je croise un mec, il me dit : ‘‘Je te connais’’. Et je sais qu’il va me parler de la série. C’est soit un mec qui sort du placard, soit un flic

(rires) .»

Boucler la boucle d’Engrenages

Une seconde peau qu’il a fallu assumer dans le temps et trouver la force de quitter, en 2020, lors de l’ultime saison. « Cette dernière saison est cohérente avec tout ce

qu’il a fait. La fin de Gilou est ingrate, c’est vrai, car il n’est plus flic, il est considéré comme un indic. Mais peu importe comment une série se termine, on est forcément déçu. On sentait que si on faisait une neuvième saison, on l’aurait fait pour des mauvaises raisons. »

Le succès, au-delà des frontières, de la série a ouvert des portes à l’acteur. « Mais c’est un rôle qui vous colle à la peau. Ce n’est pas évident, pas facile non plus de faire autre chose, de sortir de cette case »

D’ailleurs, quand on a joué un flic aussi mythique, on est forcément amené à en jouer d’autres puisque Godard va prendre les traits de Jacques Corazzi dans Une affaire française qui retracera l’affaire Gregory. « Un flic persuadé que Christine Villemin est la coupable car elle est très excitante »,

lâche-t-il. Mais ses projets vont également l’amener loin des commissari­ats puisqu’on devrait le retrouver dans un unitaire sur France 2 s’inspirant de Madame Bovary de Gustave Flaubert. «Je vais jouer un cocu magnifique »,

conclut-il.

Alors oui, encore aujourd’hui et pour de nombreuses années, Thierry Godard restera marqué au fer rouge par son rôle de flic torturé mais humain dans Engrenages. Malgré tout, l’acteur de 54 ans savoure la chance qui est la sienne de pouvoir passer d’Emile Zola à Gustave Flaubert en passant par une production Disney. C’est qu’on appelle une belle réussite.

« Quand je croise un mec, il me dit : ‘‘Je te connais’’. Et je sais qu’il va me parler de la série »

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(Photo Cyril Dodergny) Thierry Godard à l’aise lors de son passage sur le tapis rouge monégasque.

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