Var-Matin (La Seyne / Sanary)

Teuns : « Je dédie cette victoire à mon papa »

- Ancien Maillot Jaune et 23e du général à 17’20’’ de Pogacar. nouveau Maillot Jaune.

Il y avait du Quentin Tarantino et du Sergio Leone dans le scénario de cette 8e étape. Les réalisateu­rs américain et italien auraient pu tirer les ficelles de ces 150 km à rendre marteau le plus saint des esprits, où les coureurs ont attaqué et ‘‘flingué’’ à tout-va. Dans une refonte de ces « westerns spaghetti » adorés qu’ils ont mis en scène. Il a fallu plus d’une heure pour voir la bonne échappée se former. Sous la pluie et dans le froid, le peloton a roulé à tombeau ouvert dans une étape dantesque (48km/h dans la première heure de course).

De gros écarts

Au bout, le premier rôle a été endossé par Tadej Pogacar, qui a écrasé la course. De loin supérieur, le Slovène s’est emparé du Maillot Jaune, au terme de l’arrivée jugée dans la station du Grand-Bornand, et qui a vu le Belge Dylan Teuns s’imposer. Pogacar, vainqueur sortant du Tour, a reproduit la tactique de Lance Armstrong en son temps : mettre KO ses adversaire­s dans le premier rendez-vous en montagne. Cette fois, les cols de Romme et de Colombière ont été mis à profit par le jeune leader de la formation UAE (22 ans) pour s’envoler face à des rivaux qui ont vite compris. Richard Carapaz, le seul à résister au premier démarrage à 32 km de l’arrivée, a abdiqué sur la seconde attaque. Malgré sa résistance, le vainqueur du Giro 2019 - il a perdu plus d’une minute en trois kilomètres - a été balayé par l’ouragan venu des Balkans.

Les écarts au général sont monumentau­x après seulement huit jours de course : exception faite du Belge Wout van Aert, qui a couru en vain après son rêve de Maillot Jaune (2e désormais à 1’18’’), les suivants pointent à plus de quatre minutes et demie dans une hiérarchie qui reste encore à fixer… L’extraterre­stre Pogacar, qui n’en est qu’à sa troisième saison dans le peloton profession­nel et a gagné cette année la « Doyenne » LiègeBasto­gne-Liège, a démontré qu’il était bien l’homme de cette 108e Grande Boucle. Dans le premier test qui l’attendait mercredi, le contre-la-montre de Laval, Pogacar avait déjà étalé sa supériorit­é accablante. Hier, il s’est retrouvé un moment quelque peu isolé, mais a retrouvé ses équipiers avant le « one-man-show » final.

Son inexpérien­ce aux commandes du Tour, puisqu’il n’a enfilé le Maillot Jaune qu’à la veille de l’arrivée l’an passé, reste l’une des rares hypothèque­s sur ses chances dans ce Tour qu’il a assommé très lourdement. Au risque de relancer les soupçons qui accompagne­nt toute supériorit­é manifeste dans le cyclisme.

La volée a fait très mal. Si David

“C’était

très dur, le tempo était trop élevé. J’ai rejoint l’arrivée à mon rythme. J’ai profité de ce Maillot Jaune, même encore aujourd’hui (lire hier, NDLR). Je n’aurais jamais pensé le garder si longtemps. Est-ce que je vais continuer le Tour ? Je vais profiter du jour de repos (demain) pour y réfléchir. J’ai encore d’autres objectifs (l’or olympique en cyclocross cet été).’’

Mathieu van der Poel,

Gaudu, côté français, a accédé au top 10 du classement général, le champion du monde Julian Alaphilipp­e a perdu quelque dix-huit minutes. Pour le précédent porteur du Maillot Jaune, le Néerlandai­s Mathieu van der Poel, qui a lâché prise au pied de l’avant-dernier col, le débours est encore plus élevé, près de vingt-deux minutes. Quatrième de l’étape derrière l’Espagnol Ion Izagirre et le Canadien Michael Woods, à une quarantain­e de secondes de Teuns, Pogacar s’est dit « très confiant » pour la suite, sans considérer qu’il a plié la Grande Boucle (lire ci-dessous).

« Je pense qu’il peut défendre son maillot jusqu’à la fin », a estimé pour sa part Teuns, vainqueur

“Je

voulais creuser des écarts. Hier (lire vendredi, NDLR) ,toutle monde m’attendait au tournant pour se débarrasse­r de moi. Je m’attendais à être attaqué et, pour moi, la meilleure défense est de passer à l’attaque (...). C’est un retour de bâton. La victoire finale ? Je n’ai pas tué le Tour. Je suis désolé, mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.’’

Tadej Pogacar, pour la deuxième fois dans le Tour, deux ans après son succès de La Planche des Belles Filles. Le Belge, qui est âgé de 29 ans, a apporté, après le Slovène Matej Mohoric, un deuxième succès en deux jours à l’équipe Bahrain. Même s’il a tremblé, voyant Pogacar fondre sur lui dans les derniers kilomètres. « Je savais qu’il revenait, j’ai été très prudent dans la descente mais mon vélo a dérapé plusieurs fois. J’étais inquiet, je n’ai été certain de ma victoire qu’à 1 km de l’arrivée. »

Un succès riche en émotion. « C’est fantastiqu­e de remporter une étape sur le Tour. Je dédie cette victoire à mon papa qui est décédé quelques jours avant le départ. »

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Dylan Teuns.

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