Var-Matin (La Seyne / Sanary)

Les Jeux de l’audacieux ?

Léo Bergère a retrouvé Saint-Raphaël et le Creps de Boulouris depuis novembre. Peu de temps avant son départ mi-juillet pour le Japon, le Varois d’adoption livre les secrets de sa préparatio­n. Soit tu vas chercher une médaille, soit tu finis

- VINCENT BELTRAN

L’ombre des pins atténue l’étouffante chaleur de ce matin de mi-juin. L’habituelle toile de fond azur laisse place à un bleu laiteux. À croire que le ciel varois – grondant mais clément – souhaite accorder ses faveurs à Léo Bergère. À moins d’un mois et demi des Jeux olympiques, l’air du Creps de Boulouris à SaintRapha­ël

(1) s’alourdit, se charge en humidité, comme s’il imitait celui d’une fin juillet à Tokyo. Un message en signe de présage ? Espérons-le. En tout cas, le triathlète de 25 ans et son entraîneur, Mickaël Ayassami, n’ont pas attendu que le ciel leur tombe sur la tête pour préparer cet immense challenge. Afin que le Varois d’adoption aille au bout de luimême. Avec calme, lucidité, forme physique, science, patience, stratégie. Autant d’armes pouvant définir le natif de Pont-de-Beauvoisin, en Isère.

Assis sur les dalles en pierre, à deux pas de la piste d’athlétisme du Creps, les deux hommes complices – arrivés pour la première fois au même moment à Boulouris en 2012 – dévoilent leurs méthodes de travail, se projettent sur l’épreuve et livrent leurs impression­s. Le temps d’un triathlon (2). Ou presque. Triptyque de pensées, à l’aube d’une course préparée comme jamais.

« Le principal acteur de son projet »

« Léo est méticuleux dans son approche de la discipline. Il ne néglige presque aucun détail. Depuis sa jeunesse, il apprend, comprend par lui-même. Alors oui, Nicolas, Raphaël ou moi lui avons apporté

(3) notre touche mais il reste le principal acteur de la constructi­on de son projet », confie Mickaël Ayassami (4), également responsabl­e du pôle espoirs de triath- lon de Boulouris et conseiller tech- nique national. Autonomie, déterminat­ion et soin dans chaque action : voilà les

Léo Bergère s’entraîne environ  à  h par semaine à St-Raphaël avant de s’envoler pour Tokyo avec la délégation française de triathlon. Grâce aux structures du Creps, à son entraîneur et aux autres athlètes du pôle, le Varois de coeur met tous les atouts de son côté.

maîtres-mots du triathlète sélectionn­é depuis mai pour ses premiers JO. Mais Léo Bergère puise aussi sa force au sein de sa relation avec son coach : « Notre confiance l’un envers l’autre ne change pas et grandit même avec le temps. Je n’ai pas peur de lui dire ce que je pense. Et cela n’influe pas sur un programme d’entraîneme­nt ou sur quoi que ce soit d’autre. Cette transparen­ce nous sert tous les deux. » Honnêtes, calmes et réfléchis, ils avancent ensemble au coeur de cette préparatio­n capitale. Ils souhaitaie­nt même s’envoler début juillet pour s’acclimater plus tôt aux conditions chaudes et moites du pays du mont Fuji. À cause des restrictio­ns sanitaires au Japon, ils ont dû opter pour une autre solution. Celle de peaufiner le tout à la maison.

Le pôle France, grâce à l’aide du Creps, a créé une thermo room où Léo s’entraîne dans une chaleur accablante avec ardeur sur un tapis de course et sur un home-trainer. Idem à la piscine de Saint-Raphaël, dans un univers humide et une eau à 28 degrés, l’Isérois enfile une combinaiso­n en Néoprène pour habituer son corps. Loin de la partie de plaisir pour cet amoureux de la nature et des sentiers de l’Estérel. Mais, avant son décollage avec le groupe France le 19 juillet, il devrait être fin prêt.

« Sens tactique et caractère offensif »

Les deux hommes imaginent des scénarios de course, observent les résultats du gratin mondial... mais se focalisent d’abord sur les propres aptitudes de Léo Bergère. « Sur la partie cyclisme, il a une qualité technique de pédalage et de pilotage très bonne. Sans oublier son sens tactique et son caractère offensif développés, poursuit le coach. Sa capacité à prendre des risques intelligen­ts découle de sa faculté de lecture de course. Il n’est pas le meilleur nageur ni le meilleur coureur du circuit, pourtant ses résultats s’avèrent souvent très, très bons [lire cidessous]. Grâce à son aisance sur le vélo, il est l’un de ceux qui lient le mieux les trois discipline­s. »

Une audace qu’il doit en partie à un premier amour de jeunesse : le cyclisme. Guère plus tard, dans l’adolescenc­e, il basculera totalement dans le triathlon. Mais cette culture presque « scientifiq­ue », voire analytique, de l’instant T d’une situation de course, il l’a réinvestie au service de son sport.

Quid de sa grinta ? « Voyez avec sa préparatri­ce mentale », glisse tout sourire Mickaël. « Non, en fait, c’est Angelica Olmo [triathlète italienne aussi qualifiée pour les JO, Ndlr], ma copine [rire] . Elle a notamment réussi à instaurer du changement dans mon approche psychologi­que de l’entraîneme­nt et de la compétitio­n, reconnaît Léo. Juste avant les championna­ts du monde de Hambourg l’an passé [il a obtenu le bronze], elle m’a conditionn­é pour que je parvienne à me surpasser. Elle m’a dit : “C’est soit tu vas chercher une médaille, soit tu finis 40e. Clairement, là, on s’en fout de terminer 10e.” »

« Je ne vais pas me rajouter de pression »

Lui, le triathlète hyper régulier, aurait certaineme­nt eu tendance à assurer un top 6. Synonyme de très bonne course déjà. Or ce nouvel état d’esprit – mêlé à ses retrouvail­les avec Mickaël Ayassami – lui ouvre des perspectiv­es supplément­aires. Des détails importants pour l’emmener à être encore plus décisif dans les money-time. Et pourquoi pas aux Jeux ?

« Je n’ai pas suivi les JO depuis tout petit, comme l’ont vécu de nombreux athlètes, avec le rêve ultime d’y aller un jour, avoue Léo Bergère avec sincérité et humilité. Avec mes deux soeurs, on vient d’une famille de sportifs qui aime la nature. Mais sans jamais avoir baigné dans la culture de la gagne. Donc je ne vais pas me rajouter de la pression par rapport à ça. Après, évidemment, je reste conscient qu’il s’agit de la plus grande compétitio­n du monde. La plus belle aux yeux de tous. Et elle est devenue mon projet. »

Pas de sacralisat­ion en vue. Seulement une approche différente. Pour peut-être, qui sait, mieux changer de dimension le 26 juillet.

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Un de ceux qui lient le mieux les trois discipline­s” Mickaël Ayassami, entraîneur de Léo Bergère au Creps

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Angelica Olmo, triathlète et petite amie de Léo Bergère

1.LeCentrede­ressources,d’expertisee­tdeperform­ance sportive de Boulouris est un des trois sites de Paca avec Antibes et Aix-en-Provence. Il fait partie du réseau national du Ministère chargé ses sports.

2. Discipline olympique depuis les Jeux de Sydney en 2000 (1,5 km de natation, 40 km de cyclisme et 10 km de course à pied). 3.NicolasBec­keretRapha­ëlMailharr­ou,sesex-coaches.

4. Au Creps, il s’occupe de sept triathlète­s de moins de 23 ans venus de toute la France, en plus de Léo.

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(Photos Sophie Louvet) (ci-dessous)
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