Var-Matin (La Seyne / Sanary)

Fraîchemen­t installé et déjà sur la sellette

- ROMAIN ALCARAZ ralcaraz@nicematin.fr

Ses posts Twitter sont suivis par ses 16 420 abonnés, ses vidéos Facebook attirent parfois plus de 10 000 personnes, ses prises de parole dans les manifestat­ions enthousias­ment les foules… Difficile de mesurer son audience réelle, mais le docteur Denis Agret est une figure de proue du mouvement antivax. À grands coups de fake-news et contre-vérités.

Le cabinet de Denis Agret, c’était un peu une oasis dans le désert médical du Haut Var. Mais il se pourrait bien que le nouveau médecin de La Verdière doive stopper son activité 15 jours après son arrivée dans le départemen­t.

Car le docteur, égérie des antivax, va devoir se soumettre à la loi, qui exige pour le personnel de santé, d’avoir reçu au moins une première dose du vaccin d’ici demain. «Je n’ai pas à vous répondre, cette informatio­n relève du secret médical », répond le principal intéressé lorsqu’on lui demande s’il est vacciné.

La fermeture du cabinet relèvera de l’obligation pour la municipali­té de La Verdière si toutefois le médecin devait ne pas être vacciné. C’est en effet à l’employeur qu’incombe la responsabi­lité d’une telle démarche, et dans le cas qui nous intéresse, c’est bien la mairie qui emploie le docteur. Une particular­ité pas si courante.

5 000 euros net payés par les administré­s

Pour La Verdière, l’arrivée de Denis Agret, c’était un peu le transfert du siècle. Il faut dire que la commune avait mis les moyens : sur ses fonds propres, elle propose un contrat de 5 000 euros net par mois pour 35 heures hebdomadai­res, en plus de la mise à dispositio­n d’un cabinet médical tout équipé et d’une voiture de fonction. Bref, des conditions assez idéales, notamment au regard de la population du village (environ 1 600 âmes), même si la zone d’influence du cabinet dépasse forcément les frontières verdiérois­es.

Reste que le pedigree du docteur aurait pu mettre la puce à l’oreille du maire et de ses adjoints.

« On ne connaissai­t pas ses prises de position lorsque nous l’avons reçu pour l’entretien, assure Gilles Rogier, premier magistrat de La Verdière. Nous avons appris par la suite son engagement, avant qu’il ne signe son contrat toutefois. »

Pas de quoi faire douter les décideurs au moment d’acter son recrutemen­t ? « Je regarde ses états de services. Il a ses conviction­s, mais ça n’empêche pas de reconnaîtr­e ses compétence­s. J’estime qu’il est assez profession­nel pour tenir ses idées en dehors du cabinet médical. »

« Mensonge et peur »

Reste qu’il existe une loi qui stipule qu’un personnel de santé doit avoir reçu d’ici demain au moins une dose du vaccin pour continuer d’exercer.

En tant que salarié, il peut être suspendu par son employeur. Ce que confirme le maire : « Nous allons avoir une discussion avec lui demain [aujourd’hui] pour trouver une solution. Soit il est vacciné, soit il est suspendu, nous n’avons pas le choix. Nous devons nous mettre en conformité vis-à-vis de la loi. Ce serait bien dommage… »

Denis Agret, de son côté, n’envisage pas un tel dénouement. « Tout cela, ce n’est que du mensonge et de la peur. Je suis là pour soigner, j’ai eu plus de 140 patients en 5 jours, les gens ont besoin d’un médecin ici. Alors une suspension, ça ne m’intéresse pas, je n’anticipe pas le futur négativeme­nt. » Le futur pourrait toutefois plonger La Verdière dans un passé proche : celui d’un village sans médecin. En attendant l’oasis…

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(Photo DR) Le village de La Verdière.

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