Dans les méandres de l’ano­rexie Psy­cho

Po­ten­tiel­le­ment grave, l’ano­rexie men­tale touche sur­tout des jeunes filles. Si bien des mys­tères en­tourent en­core ce trouble psy­chique, la prise en charge s’or­ga­nise dans la ré­gion

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Santé - NAN­CY CATTAN ncat­tan@ni­ce­ma­tin.fr

E lle frappe chaque an­née des mil­liers de jeunes gens. Et leurs fa­milles. Qu’elle que soit la forme sous la­quelle elle se ma­ni­feste [lire in­ter­view ci-des­sous], l’ano­rexie men­tale en­traîne l’in­di­vi­du – une jeune fille dans 90 % des cas – dans une spi­rale mor­bide, face à la­quelle les proches, les pa­rents, la fra­trie se sentent sou­vent im­puis­sants. « Ces jeunes filles vont tout mettre en place pour mai­grir en­core et en­core: tri des ali­ments, ré­duc­tion des quan­ti­tés, puis ex­clu­sion de fa­milles en­tières d’ali­ments, jus­qu’à ne plus rien man­ger, ré­sume le Dr Em­ma­nuelle Dor, pé­do­psy­chiatre (ser­vice du Pr Flo­rence As­ke­na­zy) à Len­val. Dis­crè­te­ment, elles vont don­ner à man­ger au chien, vi­der leur as­siette dans la pou­belle, se faire vo­mir, men­tir en di­sant qu’elles mangent à la can­tine… » Des attitudes dont les pa­rents ne sont un jour plus dupes et qui vont les pous­ser à tout sus­pec­ter. « Après une phase de dé­ni, ils de­viennent mé­fiants, sur­veillent en per­ma­nence leur en­fant, quan­ti­fient les ali­ments… C’est un vé­ri­table rap­port de force qui peut s’ins­tau­rer entre eux et leur en­fant ma­lade.» Mais le « com­bat doit être me­né contre la ma­la­die et non contre l’en­fant», in­siste le Dr Dor, sou­cieuse de dis­si­per un mal­en­ten­du aux ef­fets dé­lé­tères. « Cha­cun res­sent – à tort – un sen­ti­ment de tra­hi­son, d’in­com­pré­hen­sion et aus­si de la culpa­bi­li­té, à l’ori­gine de ten­sions qui vont, el­les­mêmes, en­tre­te­nir les symp­tômes de l’ano­rexie». D’au­tant que LA grande ques­tion : «Pour­quoi?» reste sans ré­ponse. « On ne connaît tou­jours pas les causes, comme on conti­nue d’étu­dier les mé­ca­nismes psy­cho-pa­tho­lo­giques », re­con­naît le Dr Dor.

Chro­nique an­non­cée ?

Les spé­cia­listes ont néan­moins pu iden­ti­fier quelques points com­muns entre ces jeunes gens ma­lades d’ano­rexie. «On re­trouve très sou­vent un vé­cu de rup­ture af­fec­tive : dé­part d’un frère ou d’une soeur aî­nés de la mai­son, conflit avec des ami(e)s, rup­ture amou­reuse, sé­pa­ra­tion du couple pa­ren­tal, voyage sco­laire, dé­cès fa­mi­lial. » Des si­tua­tions as­sez com­munes, mais qui chez ces ado­les­cent(e)s semblent être source d’une grande fra­gi­li­sa­tion ayant pu en­traî­ner un ef­fon­dre­ment de l’es­time de soi. Autre fac­teur de risque par­fois re­trou­vé: l’abus sexuel. « Des études montrent qu’il existe une sur­epré­sen­ta­tion de ce type de trau­ma­tismes, en par­ti­cu­lier au sein de la po­pu­la­tion des jeunes gens souf­frant d’ano­rexie-bou­li­mie. »

Se ras­su­rer dans la prise de contrôle

Sur ce « ter­rain fra­gile », ce sont des évé­ne­ments « mi­neurs » qui vont pou­voir tout dé­clen­cher. « Elles rap­portent très sou­vent qu’au dé­part, elles se trou­vaient trop grosses et que quel­qu’un leur a fait une re­marque sur leur poids, sur leur as­pect phy­sique. Dé­marre alors in­si­dieu­se­ment la mise en place d’une maî­trise des ap­ports ali­men­taires. Et lorsque la jeune fille constate l’amai­gris­se­ment, cette sen­sa­tion de prise du contrôle vient dans un pre­mier temps la ras­su­rer et la confor­ter dans son com­por­te­ment.» Mais ra­pi­de­ment les an­goisses ré­ap­pa­raissent. Et, « lorsque la spi­rale de la ma­la­die s’en­clenche, toutes passent par une phase de dé­ni et la perte de poids n’est ja­mais suf­fi­sante, elles conti­nuent de se trou­ver trop grosses même quand elles ont at­teint 35 kg ! Elles ont une image très dé­va­lo­ri­sée d’elles-mêmes.» Triste rap­pel : l’ano­rexie est au­jourd’hui la ma­la­die psy­chia­trique qui tue le plus. Soit par sui­cide, soit du fait des com­pli­ca­tions so­ma­tiques: in­fec­tion, in­suf­fi­sance car­diaque, ré­nale par déshy­dra­ta­tion, oc­clu­sion in­tes­ti­nale… Ne nous hâ­tons pas de conclure que toutes ces jeunes filles flirtent vo­lon­tai­re­ment avec la mort. «Même à des stades avan­cés, elles ne se re­pré­sentent pas la mort. Et même si on leur dit qu’elles sont en train d’al­ler tout droit vers cette is­sue, elles ne le croient pas.» www.ano­rexie­bou­li­mie-af­das.fr Per­ma­nence té­lé­pho­nique Ano­rexie Bou­li­mie In­fo Ecoute : ...

(Pho­to d’illus­tra­tion X.G.)

Toute la jour­née, elles pensent aux ca­lo­ries qu’elles vont in­gur­gi­ter, et à la ma­nière de les éli­mi­ner : un pe­tit bout de pain, c’est deux jog­gings ! Sa­chant que la faim reste in­tacte dans les pre­miers temps de la ma­la­die, ces jeunes filles luttent contre cette sen­sa­tion. « Ce sont les al­té­ra­tions hor­mo­nales consé­cu­tives qui vont plus tard abo­lir cette sen­sa­tion. »

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