LE COIN DES FILLES

Du matos des ex­pé­riences

Vélo Tout Terrain - - FRONT PAGE - Texte : Ki­lian Bron - Pho­tos : JB Baz­za­ri­ni

Quand j’ai émis l’idée de vou­loir par­tir à Ha­waï pour un trip VTT, les ré­ac­tions ont toutes été les mêmes : « On fait du surf à Ha­waï, pas du vé­lo » ou en­core « Il y a des mon­tagnes là-bas ? » Cet ar­chi­pel idyl­lique, si­tué à plus de 12 000 km de la mé­tro­pole, me lais­sait pour­tant rê­veur. Et les ré­ti­cences de mon en­tou­rage m’en­cou­ra­geaient da­van­tage. J’avais une vague idée de ce qui m’at­ten­dait, no­tam­ment grâce à la sé­rie TV « Ha­waï 5-0 », mais rien de plus. Au­tant dire que je par­tais de zé­ro.

Après des se­maines de re­cherches, j’ai pris contact avec un guide lo­cal, Mike So­lis, gé­rant de MTB Ha­waii.

Un ac­teur prin­ci­pal dans le mi­lieu du vé­lo sur l’ar­chi­pel et réel­le­ment im­pli­qué dans le dé­ve­lop­pe­ment du vé­lo sur l’île d’Oa­hu. Sa pas­sion était com­mu­ni­ca­tive et vi­sible à tra­vers de simples mails. Quelques mois plus tard, après une sai­son dé­jà bien en­ta­mée, me voi­ci au dé­part d’An­ne­cy pour un voyage de 32h, prêt à me prendre une claque de 12h de dé­ca­lage ho­raire. A des­ti­na­tion d’Ho­no­lu­lu, je re­joins Jean-Bap­tiste Baz­za­ri­ni, pho­to­graphe/ca­mé­ra­man du trip. Notre pre­mier res­sen­ti sur les terres ha­waiiennes est cette cha­leur humide et étouf­fante, même de nuit. C’est pour­tant l’été en France, mais le chan­ge­ment est ra­di­cal et nous sa­vons d’avance que l’aven­ture se­ra phy­sique. Epui­sés par le voyage, nous re­joi­gnons nos pre­miers hôtes pour dor­mir quelques heures. Quelle sur­prise au ré­veil en re­joi­gnant la plage la plus proche ! Nous sommes bien à North­shore, le pa­ra­dis ha­waiien. Du sable blanc, une mer bleue tur­quoise et des filles en bi­ki­nis. En se re­tour­nant, nous aper­ce­vons quand même du dé­ni­ve­lé, avec des som­mets d’un vert écla­tant. Les pre­miers rides se font à proxi­mi­té, ac­com­pa­gnés de Ja­son Ses­sum le free­ri­deur lo­cal et de sa femme. Mike est en­core aux Crank­worx à Whist­ler et ne rentre que dans quelques jours. Sur un spot ty­pé all-moun­tain et dans une fo­rêt dense et va­riée, nous par­cou­rons nos pre­miers ki­lo­mètres à vé­lo sur l’île. La vé­gé­ta­tion change du tout au tout et les che­mins partent de tous les cô­tés. Im­pos­sible de trou­ver sa route sans nos guides, le seul point de re­père étant le Li­li­koi junc­tion. Tra­dui­sez le car­re­four du Li­li­koi, du même nom que l’arbre frui­tier. Ce n’est d’ailleurs pas ano­din et nous nous ra­vi­taille­rons plu­sieurs fois en dé­gus­tant ce fruit exo­tique. Croyez-moi, c’est mieux que les barres éner­gé­tiques in­dus­trielles. Tous les sen­tiers mènent à ce car­re­four, se croisent, et il est dif­fi­cile de se re­pé­rer. Nous sui­vrons Ja­son à la trace pen­dant toute la sor­tie avant de re­joindre une zone free­ride amé­na­gée et bien en­ga­gée. Après les che­mins lu­diques du dé­but, le contraste est fla­grant avec un pre­mier drop de cinq mètres de haut et une prise d’élan qui ne donne pas en­vie de s’élan­cer. Les planches en bois sont moi­sies, s’en­lèvent à la main et pour cou­ron­ner le tout, il pleut. La pas­se­relle est une vraie pa­ti­noire et se prend

Ou­bliez les pay­sages à base de co­co­tiers et sable blanc, il règne ici un air de Bre­tagne au mi­lieu du Pa­ci­fique.

di­rec­te­ment en sor­tie de vi­rage… Mais nous ne sommes pas à Ha­waï pour en­fi­ler des perles, ça passe !

En at­ten­dant Mike So­lis

Chan­ge­ment de dé­cor le len­de­main à l’op­po­sé de North­shore, sur la côte est. Après quelques tra­ver­sées de plan­ta­tions de cannes à sucre, on com­mence à prendre du dé­ni­ve­lé sur un ver­sant com­po­sé es­sen­tiel­le­ment de terres rouges, un mé­lange entre les spots du Lac du Sa­la­gou ou du Co­lo­ra­do Pro­ven­çal pour les connais­seurs. Mais nous sommes bien per­dus au mi­lieu du Pa­ci­fique et la cha­leur humide digne d’un vrai Ham­mam est bien là pour nous le rap­pe­ler. Pour ces pre­miers jours de trip, je pense en­core avoir un sou­ci tel­le­ment je trans­pire. Les manches de mon maillot coulent en conti­nu et mes chaus­sures sont im­bi­bées…C’est à l’ago­nie que nous re­joi­gnons une face im­po­sante, rouge vive. Ja­son nous montre du doigt les quelques lignes en­vi­sa­geables avant de rou­ler. Il y met du sien avec un énorme over­shoot sur le der­nier saut d’une ligne, lui fai­sant perdre les mains du gui­don à la ré­cep­tion. Plus de peur que de mal, il s’en sort avec une simple marque de le­vier de frein à la gorge ! Nous dé­ci­dons d’ex­plo­rer les lieux da­van­tage un peu plus tard. La mé­téo ne nous per­met pas de rou­ler plus de 2h30 en une fois et ma poche à eau se vide à vue d’oeil.

Le ma­tin, c'est sup­por­table à condi­tion de mettre son ré­veil et c’est la so­lu­tion que nous trou­vons pour par­tir plus loin. As­sez loin pour se perdre au mi­lieu de la jungle ha­waiienne, re­brous­ser che­min et re­trou­ver un spot pra­ti­cable trois heures plus tard… Mike So­lis, le guide à l’ori­gine du pro­jet et tout juste ren­tré de Whist­ler, nous re­joint dans la fou­lée. Nous fe­rons connais­sance sur le ter­rain en par­ta­geant une des­cente ar­ri­vant à deux pas de chez lui.

Sous les averses tro­pi­cales…

Au­tour d’une carte une bonne par­tie de l’après mi­di, Mike nous énu­mère les spots in­con­tour­nables de l’île. C’est à Kai­lua, à l’est d’Oa­hu, que nous po­se­rons nos cram­pons pour cette étape. Kai­lua forme une pointe avec l’océan vi­sible de part en part, c’est ma­gni­fique. Un in­cen­die a dé­vas­té les pentes du som­met quelques an­nées au­pa­ra­vant et on aper­çoit le che­min jus­qu’en bas. Seuls de pe­tits ar­bustes ta­pissent le ver­sant où se des­sine ce single lisse et bien trop plai­sant à rou­ler. Fa­ci­le­ment ac­ces­sible, c’est le spot idéal pour un run du soir au cou­ché du so­leil et les lo­caux ne s’en privent pas. Mais nous n’au­rons pas cette chance, à cause de l’ar­ri­vée d’une averse tro­pi­cale. Un vrai dé­luge trans­for­mant les routes en ri­vières, et vu qu’il n’y a pas vrai­ment de ré­seaux sou­ter­rains pour l’éva­cua­tion des eaux de pluie, ça de­vient vite le chan­tier ! Ces averses in­tenses mais in­ter­mit­tentes com­pli­que­ront l’or­ga­ni­sa­tion du trip. Sou­vent com­po­sés de terre ar­gi­leuse, les che­mins de­viennent dif­fi­ci­le­ment pra­ti­cables avec un sol im­pré­gné d’eau.

Un mé­lange boueux et col­lant qui nous em­pê­che­ra par­fois de rou­ler. Nous nous ra­bat­trons vers la plage à es­sayer de sur­fer ou sur des che­mins plus tech­niques es­sen­tiel­le­ment ro­cheux. Le plus mar­quant est ce­lui en di­rec­tion de Kea­lia, à la pointe ouest de l’île. Un che­min en bal­con im­po­sant, glis­sant et par­ti­cu­liè­re­ment raide. Il do­mine une bonne par­tie de l’île, d’Ho­no­lu­lu jus­qu’à Nort­shore, et mal­gré une mon­tée in­té­grale en por­tage, la vue au som­met est re­mar­quable. La sor­tie se pro­longe plein ouest à Ka’ena Point, un lieu en­core sau­vage et dif­fi­ci­le­ment ac­ces­sible mais cer­tai­ne­ment l’un des en­droits les plus aty­piques de l’île. Ou­bliez les pay­sages à base de co­co­tiers et sable blanc, il règne ici un air de Bre­tagne au mi­lieu du Pa­ci­fique. Nous en pro­fi­tons jus­qu’au cou­ché de so­leil avant de re­ve­nir de nuit. Une ga­lère sans nom et sans fron­tale pour re­joindre les vé­hi­cules quelques ki­lo­mètres en amont… Jus­qu'à main­te­nant nous avions contour­né toutes les averses tro­pi­cales. Je me sou­viens pour­tant d’un ride d’an­tho­lo­gie sur les hau­teurs de Laie, à cô­té de chez Mike. Une sor­tie en­du­ro ma­ti­nale qui s’est trans­for­mée en sor­tie ca­nyo­ning avec une pluie dé­men­tielle. Les che­mins étaient de­ve­nus des ri­vières sous un dé­luge im­pres­sion­nant. D’autres épi­sodes plu­vieux sui­vront sans pour au­tant en­ta­mer notre mo­ral. Nous pro­fi­tions juste au­tre­ment en par­ta­geant des re­pas aux food­trucks lo­caux, en sur­fant à Chuns Beach ou en na­geant avec les tor­tues. La pre­mière par­tie du trip touche dé­jà à sa fin avec une der­nière dé­cou­verte à Ho­no­lu­lu, plus pré­ci­sé­ment sur les hau­teurs de l’uni­ver­si­té. La piste do­mine les buil­dings de la ville et ses 900 000 ha­bi­tants dans un dé­cor de jungle, le contraste est éton­nant. Entre un mé­lange de roche vol­ca­nique et terre ar­gi­leuse, c’est cer­tai­ne­ment le tra­cé le plus tech­nique de la se­maine.

Oa­hu est connue pour être la des­ti­na­tion pa­ra­di­siaque de l’ar­chi­pel Ha­waï, mais c’est aus­si une des îles les plus riches que nous avons eu la chance de vi­si­ter. Pas seule­ment en terme de pay­sages avec toutes ces plages et mon­tagnes ma­gni­fiques, mais aus­si grâce à une po­pu­la­tion cha­leu­reuse et ac­cueillante qui nous a ra­vi. En­core un grand mer­ci à Mike So­lis - Mtb Ha­waï et sa fa­mille. On s’en­vole main­te­nant pour Maui, à suivre dans le pro­chain nu­mé­ro !… Re­trou­vez la suite des aven­tures de Ki­ki po­lice d'Etat à Maui, dans le pro­chain nu­mé­ro de Vé­lo Tout Ter­rain !

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