Dé­cou­verte : j’irai dor­mir chez Steve Peat

Dans la li­gnée de ma vi­site chez Hans Rey l'an der­nier, en Ca­li­for­nie, je me rends main­te­nant au coeur de l'An­gle­terre chez une des plus grandes lé­gendes du VTT : mis­ter Steve Peat !

Vélo Tout Terrain - - SOMMAIRE - Par Cé­dric Tas­san Créa­teur des guides VTO­PO

Tout a com­men­cé en Is­lande, en août 2015.

Hans Rey me contacte pour me de­man­der d'in­té­grer l'équipe qu'il est en train de mon­ter pour tra­ver­ser l'Is­lande du nord au sud. Il sou­haite que je m'oc­cupe de la par­tie vi­déo. Scott Mar­ke­vitz, sans doute le plus grand pho­to­graphe dans le monde du VTT, se­ra là lui aus­si. Hans a mon­té cette ex­pé­di­tion avec un de ses amis de longue date : Steve Peat. C'est du­rant ce trip que nos liens se tissent avec Steve. Hans lui fait part de ma ve­nue chez lui l'an pas­sé et conseille à Peat de m'in­vi­ter. C'est chose faite, ren­dez-vous est pris pour cet au­tomne. En at­ten­dant de nous re­trou­ver, nous res­tons ré­gu­liè­re­ment en contact avec Steve et fi­na­le­ment, nous trou­vons une date com­mune dé­but no­vembre. La lé­gende est bien oc­cu­pée, il voyage beau­coup dans le cadre de la marque San­ta Cruz, mais aus­si avec le Syn­di­cate sur les com­pé­ti­tions de DH… Mal­gré sa bles­sure sé­rieuse au ge­nou, il sou­haite re­prendre la course au chro­no­mètre, et il ne lâ­che­ra rien. Alors que la date ap­proche, je viens de ter­mi­ner dix jours en Sar­daigne en fa­mille. Ce sont les rares va­cances que je m'ac­corde et où je re­lâche la pé­dale. Mais à peine de re­tour de cette île ma­gni­fique, je dois pré­pa­rer mes af­faires le lun­di pour dé­col­ler le mar­di ma­tin à l'aube. C'est un peu le rush, il y a tou­jours des im­pré­vus de der­nière mi­nute à bou­cler. Fi­na­le­ment, je ter­mine ma va­lise tard dans la soi­rée. Le len­de­main, le ré­veil sonne à 3h45, je charge le van Vto­po et je prends la di­rec­tion de Ma­ri­gnane. Mal­gré la proxi­mi­té avec l'An­gle­terre, le voyage est as­sez long car j'ai une étape à Bruxelles. Avec ce genre d'es­cale, on craint tou­jours que les ba­gages ne suivent pas. Je suis d'au­tant plus stres­sé que j'ai pris mon Bron­son avec moi. A Bruxelles, c'est bon­dé, les contrôles de douane et de sé­cu­ri­té sont sur­char­gés. Ayant une connexion courte, je shunte pas mal de gens, j'avoue que ça râle un peu. Mais bon, im­pos­sible de ra­ter cet avion. Fi­na­le­ment, j'em­barque et j’at­ter­ris avec du re­tard à Man­ches­ter. Mes va­lises sont bien là, mais la pre­mière mau­vaise nou­velle, c'est que ma va­lise de vé­lo sent la bière. Je sais que Steve est un grand ama­teur de ce breu­vage et j'avais ra­me­né quelques bou­teilles de Sar­daigne et de Mar­seille. Nous ver­rons ce­la plus tard, mais ça coule sous la va­lise ! J'at­tends un long mo­ment la na­vette qui doit me me­ner à la lo­ca­tion de voi­ture. Le ser­vice est pi­toyable dans cette com­pa­gnie que je ne ci­te­rai pas. J'at­tends presque 1h30 à l'aé­ro­port. J'ar­rive fa­ti­gué à l'agence, je n'ai pas en­core dé­jeu­né de­puis 4h ce ma­tin, il est 13h… Je ré­cu­père ma voi­ture (je vous passe la re­la­tion client proche du ni­veau zé­ro), et je file vers Shef­field.

C'est au fin fond de la cam­pagne an­glaise que je re­trouve Steve Peat

J'étais as­sez ner­veux de conduire ici en An­gle­terre et c'était fon­dé. Dans le flot de voi­tures aux abords de l'aé­ro­port, il faut jon­gler avec les ronds-points, les files d'in­ser­tion, les car­re­fours, l'au­to­route… Je ne suis pas à l'aise, c'est clair. La fa­tigue n'ar­range en rien, je suis peu lu­cide. Fi­na­le­ment dans un vil­lage, je tape mon ré­tro gauche sur un vé­hi­cule ga­ré. Je n'ai rien vu ve­nir, le ca­pot de mon ré­tro­vi­seur a lit­té­ra­le­ment gi­clé dans la rue. Je file… à l'an­glaise… Je sou­haite res­ter un mo­dèle d'in­té­gra­tion… Non plus sé­rieu­se­ment, je n'ai au­cune en­vie de pas­ser deux heures à dis­cu­ter, je suis naze, je pré­fère conti­nuer. Je ne suis même pas sûr que son ré­tro ait quelque chose en plus. J'ar­rive en pleine cam­pagne an­glaise où il y a un brouillard à cou­per au cou­teau. Steve ha­bite au bout d'un che­min en terre bor­dé de murs plu­ri-cen­te­naires. Il faut rou­ler un bon ki­lo­mètre avant de re­joindre sa de­meure. Le brouillard est dense, on dis­tingue seule­ment les bâ­ti­ments. Je passe de­vant le ca­mion du Syn­di­cate, ça sent l'écu­rie ! Steve est là, dans la cour, je l'avais pré­ve­nu de mon ar­ri­vée à l'en­trée de son che­min. Flan­qué de son bon­net San­ta Cruz rouge et d'une veste sombre, sa grande

sil­houette m'ac­cueille avec un grand sou­rire et les bras grands ou­verts : « hel­lo mon ché­ri, come to drink a cup of tea. » Le ton est don­né, la se­maine de­vrait être cha­leu­reuse et ty­pi­que­ment an­glaise ! Je gare mon vé­hi­cule et lui em­boîte le pas. On ver­ra les af­faires plus tard. Je tra­verse la grande cour gra­villon­née en­ca­drée de vieux bâ­ti­ments, la pro­prié­té est très grande mais j'ap­pren­drai plus tard que seuls deux bâ­ti­ments lui ap­par­tiennent, le reste ce sont ses voi­sins.

Pea­ty fait tout pour me mettre à l'aise, l'ac­cueil à l'an­glaise !

Il fait en­core jour de­hors, mais la lu­mière est faible. J'entre dans la mai­son dé­jà éclai­rée où l'am­biance est ty­pi­que­ment an­glaise. Steve a gar­dé son plus jeune fils Georges, ma­lade de­puis cette nuit. La chienne, Dol­ly, pe­tit Fox Ter­rier, dort dans son pa­nier, blot­tie contre la grande cui­si­nière noire mas­sive qui fait of­fice de chauf­fage dans la pièce prin­ci­pale. L'eau est dé­jà chaude, il me sert une bonne tasse. Son mé­ca­no est là aus­si. Il tra­vaille pour Steve, monte ses vé­los, fait les ré­pa­ra­tions et l'en­tre­tien né­ces­saires. Il le suit aus­si sur ses courses et ses dé­pla­ce­ments.

Mais il n'est pas à plein temps, ce qui lui laisse le temps de rou­ler. Pea­ty est très sou­vent en dé­pla­ce­ment, que ce soit pour San­ta Cruz ou d'autres spon­sors, sans ou­blier des trips comme ce­lui de l'Is­lande. Il ap­pré­cie donc d'être à la mai­son et de pro­fi­ter de sa fa­mille. J'ai presque un pe­tit sen­ti­ment de culpa­bi­li­té de lui vo­ler un peu de son temps, j'es­saie­rai de me faire le plus dis­cret pos­sible. J'aime tel­le­ment ma fa­mille, que je sais à quel point le temps pas­sé en­semble est pré­cieux. Pour re­joindre mes ap­par­te­ments, nous tra­ver­sons à nou­veau sa cour où son van cus­to­mi­sé gris sombre est ga­ré pour re­joindre de l'autre cô­té une grande grange qu'il a fait agran­dir et res­tau­rer. C'est ici que Peat bosse. Au rez-de-chaus­sée, sa salle de gym prend une bonne tren­taine de mètres car­rés. De l'autre cô­té, on pé­nètre dans l'antre. A gauche sont dis­po­sés ses vé­los fé­tiches, dont ce­lui sa­cré cham­pion du monde. Il y a beau­coup de San­ta Cruz aus­si, mais éga­le­ment un GT et un Orange, ses spon­sors avant la pres­ti­gieuse marque ca­li­for­nienne. Son bu­reau est en­com­bré de pa­piers, dos­siers et autres. Son por­table trône au mi­lieu, il est fer­mé. Nous grim­pons au pre­mier étage de cette belle grange ré­no­vée avec goût, même si tout n'est pas en­core ter­mi­né. Il s'ins­talle avec Georges dans le large ca­na­pé pour re­gar­der le té­lé. Je m'en vais de mon cô­té re­mon­ter mon vé­lo. En ou­vrant la va­lise, ça sent tou­jours au­tant la bière. Une bou­teille et une ca­nette ont ex­plo­sé. Je laisse tout de­hors à la pluie, ça se la­ve­ra tout seul du­rant les

pro­chains jours. Steve met pré­cieu­se­ment les breu­vages res­ca­pés au frais. Je monte mon bike et constate que rien n'est cas­sé ou tor­du, c'est une bonne chose. Je re­monte dans le sa­lon et offre à Steve quelques ou­vrages de chez Vto­po : quelques beaux livres, des to­pos… Je lui montre le tra­vail qu'on réa­lise en France, il est im­pres­sion­né par la qua­li­té.

Comme le veut la tra­di­tion, c'est au pub que se ter­mi­ne­ra la jour­née

Lorsque que sa femme et son deuxième fils Jake rentrent de l'école, nous re­ga­gnons le foyer prin­ci­pal. Je gri­gnote une ba­nane car Steve me pré­vient que nous dî­ne­rons tard ce soir car nous sor­tons avec ses potes les vikings. ça pro­met. Nous quit­tons la mai­son vers 20h00 une fois les en­fants au lit et re­joi­gnons ses amis dans un pub de la ville toute proche de Pe­nis­tone (le nom ne s'in­vente pas…). Les Vikings sont une as­so­cia­tion à but ca­ri­ta­tif, Steve est très por­té sur ce genre de pro­jets. Ha­billés en com­bat­tant du nord, ils viennent de ter­mi­ner un pe­tit tour d'Eu­rope à la ré­colte de fonds pour les en­fants et la ma­la­die d'Al­zeih­mer. Ils sont tous là, et je me re­trouve face à huit An­glais qui en­tament des dis­cus­sions croi­sées…

Au­tant dire que c'est très chaud à suivre, en fait c'est im­pos­sible pour moi ! Steve tente ré­gu­liè­re­ment de me faire rac­cro­cher les wa­gons, il ne laisse pas son hôte per­du, c'est vrai­ment sym­pa de sa part. Ses potes sont tout aus­si agréables que lui, j'ar­rive à en­ta­mer des dis­cus­sions avec eux sur le bu­si­ness, les nou­veaux mi­grants en Eu­rope et le rug­by. La soi­rée se passe bien, mais la des­cente des An­glais est im­pres­sion­nante. Je joue la montre en gar­dant un maxi­mum ma pinte à moi­tié pleine. Je crains de ne pas pou­voir fi­nir la soi­rée in­tact… Je suis le­vé de­puis quatre heures du ma­tin, le ventre qua­si vide. Fi­na­le­ment vers 21h30 nous ga­gnons un res­tau­rant in­dien, très bon. Je suis l'équipe dans ma com­mande, j'aime bien me fondre dans la masse, on ver­ra bien si c'est bon au pas.

Je n'échappe pas à deux nou­velles bières. La soi­rée se ter­mine bien, nous re­ga­gnons la mai­son, et je m'en­dors comme une souche.

Pre­mière jour­née : à la dé­cou­verte de l'uni­vers de Steve Peat…

Le len­de­main le temps est le même : bas et bou­ché, mais il ne pleut pas. Jake est dé­jà par­ti quand je rentre dans la mai­son pour prendre mon pe­tit dé­jeu­ner. Son école est as­sez loin, il a dix ans. Georges, le pe­tit der­nier, est là. A six ans, il est as­sez es­piègle. Nous dé­jeu­nons tous les trois, cé­réales et tasse de thé que je tente avec du lait. Soyons an­glais ! A 10h30, Steve doit se rendre chez son mé­de­cin. La ma­ti­née se­ra donc courte ! Nous avons néan­moins le temps de faire le tour des bikes, mé­dailles et autres coupes dis­po­sées dans des tours de verre. Peat vit sim­ple­ment, ce n'est pas quel­qu'un avec des ma­nières. A pre­mière vue, comme ça, il m'est im­pos­sible de sa­voir s'il gagne bien sa vie ou pas. Ce n'est pas un su­jet que j'abor­de­rai avec lui, ce­la ne m'in­té­resse pas vrai­ment. Je pense qu'il gère bien ses af­faires, en tout cas, il vit comme mon­sieur tout-le­monde, ici près de Shef­field. Une fois seul, je filme quelques plans et réa­lise quelques pho­tos. A son re­tour, il nous pré­pare une soupe à la to­mate avec des toasts grillés et beur­rés. Nous nous as­seyons au­tour de la belle table de ferme

qui trône dans la cui­sine constel­lée de contours de mains des­si­nés. On y re­trouve les em­preintes de la fa­mille, d’amis, mais aus­si de ri­ders pas­sés par là comme Hans Rey, Shaun Pal­mer… L’après-mi­di, nous dé­ci­dons de tra­vailler en­semble ici. Steve semble fa­ti­gué (je n'ai pas la grande forme non plus), nous irons rou­ler de­main. Steve sort tous ses jouets : mo­tos cross, mo­to trial, mi­ni mo­to… Nous fai­sons pas mal d'images as­sez amu­santes, Pea­ty est comme un ga­min dans une cour de ré­créa­tion. J'ac­cède aus­si à tous ses vé­los, une vraie mine d'or.

Nous pas­sons l'après-mi­di ain­si, à faire le tour de la pro­prié­té, dis­cu­ter, échan­ger sur tout un tas de su­jet : la com­pé­ti­tion, la fa­mille, la vie, l’évo­lu­tion du vé­lo… Là aus­si, ses pro­pos confirment sa sim­pli­ci­té. Steve n’est pas prêt d’ar­rê­ter la com­pé­ti­tion, il n’est pas du genre à cal­cu­ler et à op­ti­mi­ser l’ar­rêt de sa car­rière spor­tive.

Il aime trop la com­pé­ti­tion pour ça, mais il reste lu­cide : ses heures de gloire sont der­rière. Pea­ty ne vit pas dans le pas­sé, il adore ce qu’il a vé­cu mais ap­pré­cie en­core plus le pré­sent. L’évo­lu­tion du ma­té­riel et de la pra­tique l’en­chantent, il n’est pas un afi­cio­na­dos des « c’était mieux avant »… Nous avons des points com­muns comme ce­lui de cro­quer la vie, il n'y en a qu'une seule. Avant la tom­bée de la nuit, nous des­cen­dons dans son bois où il a amé­na­gé un su­perbe pump track. Nous fai­sons quelques ses­sions, Georges nous re­joint avec son BMX et sa mo­to élec­trique. Nous ten­tons de faire dé­mar­rer un feu, sans suc­cès, le bois est dé­trem­pé. Le soir ve­nu, sa femme nous pré­pare une po­tée suc­cu­lente au pou­let, les An­glais ne mangent pas très tard. Et puis comme ils ont une heure de moins que nous, la nuit ar­rive à 17h30 en ce dé­but no­vembre.

Steve Peat est très en­ga­gé dans le dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux trails dans le coin

Le len­de­main, je me pointe en te­nue à 7h30 ta­pantes, comme conve­nu. A ma sur­prise, Steve porte un pei­gnoir… ça sent le chan­ge­ment de plan ! En ef­fet, ce ma­tin, c'est sa femme qui est ma­lade. Steve qui de­vait être li­bé­ré du ra­mas­sage sco­laire pour rou­ler se re­trouve d'as­treinte. Fi­na­le­ment, nous par­tons vers 9h30, Steve m'em­mène sur les hau­teurs de Shef­field, à Park­wood plus pré­ci­sé­ment car il pense que là-bas, le brouillard se­ra le­vé. Bien vu, le temps est plu­tôt dé­ga­gé, nous pour­rons rou­ler et prendre des pho­tos. J'ap­prends qu'il par­ti­cipe au dé­ve­lop­pe­ment de nom­breux trails

dans le coin, no­tam­ment avec la mu­ni­ci­pa­li­té de Shef­field. Par ailleurs, il vient d'avoir son étoile sur le Walk of Fame amé­na­gé de­vant la mai­rie. Les trails de Park­wood sont shap­pés à la perfection. Ils sont 100% adap­tés au VTT : vi­rages re­le­vés, doubles, tables… Mal­gré l'hu­mi­di­té et la pluie des der­niers jours, le ter­rain est plu­tôt sec. J'ai néan­moins chaus­sé à l'avant des DZO de chez Hut­chin­son et je ne le re­grette pas. Le trail tour­ni­cote à tra­vers une fo­rêt flam­boyante, la pente est juste par­faite. Steve roule vite, très vite. Mais ici, chez lui, il est vrai­ment im­pres­sion­nant. Il ma­nie son 5010 (son bike pré­fé­ré pour pé­da­ler ici en An­gle­terre) à mer­veille : les ma­nuals et trans­ferts s'en­chaînent. Tout a l’air si fa­cile. Il sait conser­ver sa vi­tesse, pom­per au bon mo­ment. Il m'avoue ne pas tou­cher aux freins. Nous réa­li­sons pas mal d'images et je tente une GoP­ro en es­sayant de le suivre. Mal­gré ses ef­forts pour rou­ler moins vite, je reste lar­gué ! On en ri­gole, Steve ne se prend pas la tête, je pense sin­cè­re­ment qu'il est ca­pable de rou­ler avec tous les types de ri­ders, il aime trop le vé­lo.

Nous bou­clons notre sor­tie vers 14h30, nous sommes af­fa­més. Nous des­cen­dons dans Shef­field pour trou­ver un pub lunch so bri­tish. L'ac­cueil est tou­jours ex­cellent, nous dé­jeu­nons en tête à tête, il me semble qu'on a dû boire 1,5 litre de bière cha­cun, mais mes sou­ve­nirs sont flous… Nous ré­cu­pé­rons le plus jeune à la sor­tie de l'école, fi­lons ache­ter un lot de feux d'ar­ti­fice, car ce soir c'est Bon­fire ici, une fête qui marque l'ar­res­ta­tion d'un mal­frat qui avait dé­ci­dé de faire sau­ter le par­le­ment il y a bien long­temps. A notre re­tour, je suis tel­le­ment à l'ouest que je file faire une sieste.

Au ré­veil, toute la pe­tite com­mu­nau­té lo­cale s’ac­tive dans la cour et file dans le grand champ des Peat. C’est là qu’on ins­talle les feux d’ar­ti­fices. Le spec­tacle est im­pa­tiem­ment at­ten­du par les en­fants qui al­lument non-stop des feux de Ben­gale. Après ce dé­luge de cou­leur, nous ter­mi­nons chez les voi­sins à si­ro­ter deux Guin­ness. Je pen­sais que ce se­rait les der­nières bières de la soi­rée… mais lors de notre dî­ner en tête à tête, Steve me pro­pose d’ac­com­pa­gner ses suc­cu­lentes pâtes bo­lo avec une bonne pinte! Pour mon der­nier jour, le ven­dre­di, Steve est ab­sent la jour­née, il a un long ren­dez-vous à l’ex­té­rieur avec un fa­bri­cant de mo­tos. Le ma­tin, avant de quit­ter la mai­son, il m’in­vite à par­ti­ci­per à une séance d’en­traî­ne­ment dans sa salle de gym. Un de ses voi­sins, bon com­pé­ti­teur en en­du­ro, est là. Ils ont un pro­gramme bien dé­fi­ni à base de rounds. De mon cô­té, j’avais ar­rê­té le cross­fit il y a un an, je dé­cide de re­prendre contact avec cette ac­ti­vi­té in­ten­sive. Ma séance d’une ving­taine de mi­nutes me laisse sec. Fi­na­le­ment Peat s’en va. Le temps de me chan­ger, la porte sonne.

C’est Mark, un pote de Steve pré­ve­nu la veille, il est là pour me gui­der sur les meilleurs trails du coin ce ma­tin. Sous un ciel me­na­çant et bou­ché, nous fi­lons à tra­vers la cam­pagne dé­trem­pée. Nous fai­sons le tour des bois et je dé­couvre com­bien de su­perbes trails ont été amé­na­gés. Les pistes sont nom­breuses, bien tra­vaillées. Dans ces ma­gni­fiques fo­rêts de feuillus, le dé­cor au­tom­nal est splen­dide. Même si l’am­biance est très humide, les tem­pé­ra­tures sont agréables. Fi­na­le­ment on roule avec uni­que­ment une seule couche. Les vi­rages s’en­chaînent : re­le­vés, jumps, tables, doubles…

C'est par­fait. Mark me mène un peu plus loin, on tra­verse un jo­li vil­lage de mai­sons en pierres grises sombres. Nous plon­geons à nou­veau dans une autre fo­rêt en­chan­te­resse. Nous at­ta­quons une des­cente bien tech­nique sur un ter­rain dé­trem­pé : pierres, dalles, ra­cines, dé­vers, le tout cou­vert de mousse et de feuilles. Bien chaus­sé, ça passe presque comme si le ter­rain était sec. On prend plai­sir à rou­ler ici. Les pas­sages s’en­chaînent. Même dans les dalles raides, le pneu avant ne bronche pas. Nous ter­mi­nons par une pe­tite re­mon­tée puis par une trace en plein coeur du « Mi­ni Whist­ler ». C’est le nom don­né par les lo­caux à cette fo­rêt où une mul­ti­tude de lignes ont été tra­vaillées avec soin pour le VTT. Moi qui pen­sais rou­ler sur de larges che­mins mo­no­tones, je suis scot­ché. C’est le pa­ra­dis ici ! L’heure tourne, et il temps de re­ga­gner la mai­son de Steve. Un coup de jet sur le Bron­son et vite fait bien fait tout est em­bal­lé dans les va­lises. Je quitte le York­shire sous un ciel tou­jours aus­si bou­ché, mais avec des images plein la tête. En­core un rêve de plus réa­li­sé. Fi­na­le­ment, tout est pos­sible...

Les trails de Park­wood sont shap­pés à la perfection. Ils sont 100% adap­tés au VTT !

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