Le trip VTT d’une vie

Un trip au Pé­rou n’est pas quelque chose qu’on or­ga­nise tous les jours. Sauf si on s’ap­pelle Ti­to To­ma­si ! Mais pour nous, chez VTOPO, on n’ira sans doute qu’une seule fois là-bas. Pas que le pays pré­sente peu d’in­té­rêt, mais le monde est tel­le­ment vaste

Vélo Tout Terrain - - Évasion - Par Cé­dric Tas­san/Vtopo

PEN­DANT NOTRE SÉ­JOUR, LE CLI­MAT FUT PAR­TI­CU­LIÈ­RE­MENT HU­MIDE AVEC BEAU­COUP DE BROUILLARD…

J0 : L’ar­ri­vée à Lima est un choc.

Après un long voyage de vingt heures de­puis la France, nous sommes fa­ti­gués et la ci­té est une des plus grandes d’Amé­rique du Sud : dix mil­lions d’ha­bi­tants. Lorsque l’on quitte l’aé­ro­port, notre taxi se fraie un che­min dans un flot in­ter­mi­nable de voi­tures au klaxon fré­né­tique. Les der­niers cou­pés à 80000€ cô­toient les tuk-tuk mi­teux. Mais dans ce grand ba­zar bruyant et pol­lué, le chauf­feur trace son che­min... À l’hô­tel, nous re­mon­tons nos bikes, ce­la nous per­met de ne pas som­brer. Après un bon res­to, nous tom­bons de som­meil vers 22h. Bien en­ten­du, la nuit est tou­jours agi­tée, ré­veillés plu­sieurs fois par ce jet­lag.

J1 : Fi­na­le­ment vers 5h nous émer­geons puis fi­lons au pe­tit dé­jeu­ner.

Notre guide, Guiller­mo, d’In­ti­bike, vient nous ré­cu­pé­rer à 6h30. C’est par­ti pour quatre heures de route. Lima, comme à notre ar­ri­vée, est tou­jours sous une chape de plomb hu­mide. Les nuages de l’At­lan­tique sont épais, le so­leil ne pointe son nez que quatre-vingt-dix jours par an ! Nous quit­tons la ca­pi­tale du Pé­rou par le Sud puis ra­pi­de­ment, nous lais­sons le gou­dron pour une piste qui monte dans le dé­sert. Le ter­rain est boueux. La zone a été ra­che­tée par la Ma­fia il y a peu. Elle a "lo­ti" les terres. Tout est bar­ri­ca­dé, avec mi­ra­dors et gardes ar­més. Elle loue alors des lo­pins de terre aux plus pauvres qui viennent s’ins­tal­ler ici dans des ba­raques crou­lantes. Nous pas­sons au-des­sus de la couche nua­geuse, un grand ciel bleu nous ac­cueille. Puis en­core 500m de dé­ni­ve­lé et nous ga­gnons le point de dé­part. A 3500 m, l’al­ti­tude se fait sen­tir sur les or­ga­nismes. Après une par­tie plate, nous at­ta­quons la des­cente dans un pay­sage ou­vert et aride. Ra­pi­de­ment nous tra­ver­sons le vil­lage d’Ol­le­ros, com­plè­te­ment dé­sert. Le sen­tier est par­fois ra­pide, par­fois tech­nique mais constam­ment glis­sant. Il fait très sec, la mon­tagne n’a pas vu la pluie de­puis long­temps. Plus bas, le sen­tier de­vient très tech­nique, des ro­chers et des pierres dans tous les sens. La suite est plus ty­pée XC, mais ma­gni­fique. Après avoir tra­ver­sé des plan­ta­tions de fi­guiers de bar­ba­rie (fa­mille des cac­tus) qui servent à la culture de la co­che­nille (pa­ra­site qui ap­porte la cou­leur rouge dans la tein­ture des vê­te­ments), nous en­trons dans une sorte de ca­nyon de sable que les pluies di­lu­viennes ont creu­sé. Puis, nous re­pas­sons dans le brouillard. L’am­biance est tout autre. Guiller­mo nous de­mande de res­ter grou­pés car nous al­lons tra­ver­ser un camp mi­li­taire : stu­pé­fac­tion du garde en fac­tion qui nous voit sor­tir par la piste prin­ci­pale. En­core quelques ki­lo­mètres de pé­da­lage et nous ar­ri­vons face à l’océan ! Su­perbe !

J2 : Cap sur un spot pri­sé des ha­bi­tants de Lima, Pa­cha­ma­mac.

D’ailleurs, à notre ar­ri­vée, les vé­los sont nom­breux. Le temps est tou­jours aus­si bou­ché, le sol est dé­trem­pé, boueux, je n’aime pas ça. Après une mon­tée en pick-up très ex­presse, nous ar­ri­vons au som­met de la mon­tagne. Le brouillard est à cou­per au cou­teau. Ici les trails ont été spé­cia­le­ment taillés pour le VTT. Par contre c’est très glis­sant. Je reste très pru­dent et as­sure mon pi­lo­tage. Plus bas, Fred fait une sor­tie de piste et tra­verse un champ de cailloux bien tran­chants. La sanc­tion est im­mé­diate : chute et frac­ture dé­pla­cée du bras... C’est la

merde, la grosse merde. En te­nant son bras, il des­cend la mon­tagne à pied en ser­rant les dents. Le pick-up nous at­tend, c’est par­ti pour une piste chao­tique... Guiller­mo nous trouve le meilleur hô­pi­tal. Du­rant le tra­jet mou­ve­men­té, la conduite pé­ru­vienne n’est pas de tout re­pos, Ro­main hyp­no­tise Fred. A son ar­ri­vée à la cli­nique, la dou­leur se ré­veille. Nous en­trons dans un bâ­ti­ment en verre ul­tra-mo­derne à la pro­pre­té exem­plaire. Fred passe des exa­mens, le chi­rur­gien confirme notre diag­nos­tic, il faut opé­rer le len­de­main. Le trip se ter­mine là pour Fred. La mort dans l’âme, nous plions ses ba­gages, ran­geons son vé­lo, Fred se­ra ra­pa­trié en France dans deux jours. De cette mésa­ven­ture, il faut gar­der à l’es­prit que pour tout trip à l’étran­ger, il faut par­tir avec une cou­ver­ture mé­di­cale ap­pro­priée, heu­reu­se­ment Fred avait sui­vi mes conseils…

J3 : Nous pre­nons l’avion pour Cus­co.

Avec Ro­main, nous sommes un peu or­phe­lins, tristes de lais­ser notre pote. Mais c’est la vie. Après un at­ter­ris­sage entre les mon­tagnes, nous dé­cou­vrons la ca­pi­tale des In­cas avec son centre-ville his­pa­nique. Ici vivent 300000 ha­bi­tants à plus de 3000m d’al­ti­tude. Nous re­mon­tons nos vé­los tran­quille­ment, puis nous em­bar­quons pour un nou­veau trail à plus de 4000m. L’am­biance est par­ti­cu­lière, la lu­mière est as­sez forte mais pai­sible. La pre­mière par­tie dé­am­bule à tra­vers les champs culti­vés et les pe­tites mai­sons en terre ac­cro­chées à la mon­tagne. Après avoir tra­ver­sé une jo­lie ruine inca, le sen­tier est bien mar­qué et large. Tous ces che­mins sont d’an­ciens ac­cès in­cas, tou­jours em­prun­tés par les vil­la­geois. La des­cente est su­perbe, ra­pide, mais glis­sante car c’est très sec. Le spec­tacle face à la val­lée est sai­sis­sant. En bas, nous tra­ver­sons un jo­li vil­lage pai­sible. Les en­fants rentrent de l’école, ils nous tapent dans les mains. Après avoir tra­ver­sé un pont sus­pen­du, nous re­trou­vons notre vé­hi­cule. Nous grim­pons en­suite à Mo­ray, un site ar­chéo­lo­gique ex­cep­tion­nel. Après l’en­trée tou­ris­tique, nous conti­nuons dans la mon­tagne jus­qu’à un ha­meau. Nous ter­mi­nons de grim­per sur nos vé­los quand deux ga­mins, sor­tis de nulle part, nous es­cortent. Ra­pi­de­ment, ils sai­sissent nos cintres et veulent mon­ter sur nos vé­los. Nous les lais­sons jouer un bon mo­ment, quel ré­gal de les voir s’amu­ser ! Alors que la lu­mière dé­cline, nous conti­nuons notre iti­né­raire, le sen­tier sur­plombe Mo­ray, ce la­bo­ra­toire agri­cole inca. Nous croi­sons des ber­gers qui ra­mènent les bêtes dans leurs abris. Après une courte tran­si­tion sur un pla­teau face aux mon­tagnes en­nei­gées, nous at­ta­quons une des­cente d’an­tho­lo­gie dans des sa­lines. Quel dé­cor et quel trail ! Sa par­tie basse est tout sim­ple­ment ma­gni­fique. Nous lâ­chons les freins, c’est rou­lant, un peu ex­po­sé, mais le sen­tier est propre. Les vi­rages sont par­faits. Nous ter­mi­nons notre jour­née dans cette eu­pho­rie !

QUEL BON­HEUR DE ROU­LER SUR DES SEN­TIERS DA­TANT DE L’ÉPOQUE INCA

J4 : Nou­velle jour­née, nou­veau pro­gramme mais tou­jours un dé­part haut : 4400 m !

Brouillard et vent se mêlent, il fait un froid ter­rible ! Nous ne traî­nons pas au som­met et dé­va­lons les pentes her­beuses où nous croi­sons des trou­peaux d’al­pa­ga. Cette val­lée as­sez ou­verte est ma­gni­fique. Même si c’est com­plè­te­ment bou­ché, l’am­biance est ma­gique ! Dans la des­cente, nous fai­sons une halte dans un vil­lage où l’on nous pro­pose un bon thé chaud, du maïs et des pommes de terre bouillies. Nous en­trons dans cette mo­deste de­meure, celle d’un cha­mane Que­chua. L’ac­cueil est ex­tra­or­di­naire, nous échan­geons quelques mots et beau­coup de sou­rires. Les en­fants viennent nous épier et c’est à nou­veau le ma­nège avec nos vé­los. Non loin du vil­lage, le cha­mane et son fils nous di­rigent vers un ma­gni­fique site inca. Il or­ga­nise une cé­ré­mo­nie car dans les pro­chains jours, nous de­vons pé­né­trer dans la mon­tagne sa­crée du Sal­kan­tay. Après des of­frandes et des in­can­ta­tions à la déesse Mère Pa­cha­ma­ma, comme par ma­gie, le vent se lève et chasse l’épaisse couche nua­geuse, le so­leil ap­pa­raît ! Dans cette am­biance mystique, nous di­sons au re­voir au cha­mane et pour­sui­vons notre des­cente jus­qu’à Ol­lan­tay­tam­bo.

J5 : Courte jour­née car l’après-mi­di nous avons un long tra­jet en voi­ture.

Le ma­tin est consa­cré à un trail ma­gni­fique, c’est un an­cien che­min royal qui dé­marre à Abra de Lares, à 4461 m. Le trail est très va­rié. Comme d’ha­bi­tude, en che­min, nous croi­sons de nom­breuses ruines in­cas. Plus on des­cend, plus il est tech­nique. Dans le bas, on tra­verse de jo­lies gorges bien étroites. De re­tour à l’hô­tel, nous pré­pa­rons nos af­faires pour la jour­née du len­de­main : le trek du Sal­kan­tay, un jo­li mor­ceau en al­ti­tude. En fin d’après-mi­di, nous met­trons quatre heures pour re­joindre notre lodge per­ché à 3900 m. En ar­ri­vant de nuit, nous n’avons pas droit au spec­tacle du pay­sage, ce se­ra pour demain. Il fait très froid. Après un bon re­pas chaud, je com­mande une bouilloire pour mettre dans mon lit, glisse tous mes ha­bits sous les draps et m’en­dors ra­pi­de­ment.

J6 : Ré­veil ma­ti­nal comme tous les jours. Nous sor­tons et le spec­tacle est fan­tas­tique.

Nous sommes au pied de mon­tagnes de plus de 6000 m. Nos mules ar­rivent, nous char­geons nos vé­los des­sus. Puis nous pre­nons la di­rec­tion du Sal­kan­tay. Nous ne sommes pas les seuls, les trek­kers sont nom­breux. Les mules prennent de l’avance, mais nous avan­çons à bon rythme, en­vi­ron 400 m/heure. Le point haut est at­teint au col du Sal­kan­tay, à plus de 4400m! Nous sommes pris dans un épais brouillard. Nous at­ta­quons la des­cente avec pru­dence, le ter­rain est dé­fon­cé par le pas­sage ré­pé­té des mules et des che­vaux. Le sol est dé­trem­pé, ro­cheux, tech­nique. Bref, je suis bien content d’être un peu à l’aise sur ce ter­rain. Le brouillard nous quitte après plus de 25km de des­cente, lorsque nous ar­ri­vons en pleine jungle ! Quel spec­tacle sai­sis­sant que cette fo­rêt, dense, ac­cro­chée presque ver­ti­ca­le­ment ! Le soir, lorsque nous ar­ri­vons à notre lodge, nous avons notre dose, mais les mous­tiques, eux, ne prennent pas de va­cances !

UNE FOIS N’EST PAS COU­TUME, NOUS NOUS OCTROYONS DEUX JOUR­NÉES SANS VÉ­LO POUR AL­LER À LA DÉ­COU­VERTE DU MACHU PICCHU ET DU RAINBOW MOUN­TAIN

J7 : Nous sommes im­pa­tients de vi­si­ter le Machu Picchu, c’est notre pre­mière jour­née sans vé­lo.

Et pour­tant c’est de loin la plus fa­ti­gante ! Après un ré­veil de nuit, nous ar­ri­vons dans le site vers 8h du ma­tin. Nous fi­lons, car nous sommes en re­tard, à l’en­trée du trek du Way­na Picchu. Cette ai­guille ro­cheuse sur­plombe le site de plus de 300m. Nous at­ta­quons la mon­tée in­ter­mi­nable sous un cra­chin très fin. Après des cen­taines de marches d’es­ca­lier in­cas, nous at­tei­gnons le som­met. D’autres per­sonnes sont là et at­tendent de­puis une heure une éclair­cie. Nous avons un coup de bol énorme, le brouillard se dé­chire et le Machu Picchu se dé­voile. Bien contents d’avoir pu ad­mi­rer la ci­té inca, nous par­tons pour le temple de la Lune et la Gran Ca­ver­na, deux ma­gni­fiques sites. Nous sommes seuls et nous com­pre­nons pour­quoi : es­ca­liers, es­ca­liers… Nous re­ve­nons dans le Machu Picchu fa­ti­gués, pour­tant la vi­site n’a pas com­men­cé ! Nous res­tons sur place à dé­am­bu­ler jus­qu’à 17h ! Après avoir pris bus, train et taxi, nous ar­ri­vons à notre hô­tel vers 23h !

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