Mi­nute de Vé­ri­té

par Ch­ris­tophe Vé­ri­té

Vélo Tout Terrain - - CONTENTS -

Il était une fois… Oh et puis non, je ne vais pas vous la

faire comme ça, ce se­rait vrai­ment trop en­fan­tin, et pour ci­ter Dan­ny Glover (« L’Arme fa­tale 1», pour les in­cultes), « j’ai pas­sé l’âge de ces conne­ries ». Re­pre­nons. Quand j’étais pe­tit (c’est mieux, hein?) et que je vou­lais al­ler me ba­la­der avec mon de­mi-course, puis mon BMX et en­fin mon VTT, j’avais un truc in­faillible pour sa­voir si la mé­téo al­lait être avec moi ou pas. Quand on a gran­di dans le Pas-de-Ca­lais, je peux vous as­su­rer que c’est un fac­teur à ne sur­tout pas né­gli­ger. Donc, puisque le Mi­ni­tel de l’époque en était en­core à ses bal­bu­tie­ments au ni­veau pres­ta­tions, j’avais un truc de dingue : j’ou­vrais la fe­nêtre pour voir un peu quelle gueule avait le ciel. Avec l’ha­bi­tude, je sa­vais, rien qu’en voyant la cou­leur des nuages, si j’al­lais me faire rin­cer ou pas. Et fran­che­ment, sans me je­ter de fleurs (c’est pas mon style !), je me trom­pais ra­re­ment. Des fois, dans le bois de la Ci­ta­delle où j’al­lais dé­gour­dir mes pneus, je croi­sais un pote ou deux, avec leur vé­lo. Et là, c’était par­ti pour quelques heures de bonnes conne­ries, en es­pé­rant ne pas ren­trer avec les fringues trop sales ou dé­chi­rées. C’était pas ga­gné mais il nous ar­ri­vait de ren­trer au ber­cail à peu près propres. Si­non, ben… tant pis, on met­tait ça sur le compte de la-faute-à-pas-de-chance. Avec un peu de convic­tion, ça pas­sait ! Quelques fois, aus­si, j’ai té­lé­pho­né chez les pa­rents de mes co­pains pour leur fi­ler ren­card ou sa­voir s’ils étaient chez eux avant de pas­ser pour rien. Ben ouais, on n’avait pas de por­table, donc il fal­lait un mi­ni­mum d’or­ga­ni­sa­tion si on vou­lait se re­trou­ver quelque part. Et quand je di­sais à mes pa­rents que je res­tais sa­ge­ment au bout de la rue où il y avait des champs, j’al­lais en fait à l’autre bout de la ville, dans ces fa­meux bois qui avaient, pour moi, un doux par­fum de mys­tère… Mais avant d’en ar­ri­ver là, je me suis bien pau­mé quelques fois dans cette ville pour­tant pas si grande, en cher­chant le tra­cé le plus di­rect ou la di­rec­tion que je vou­lais prendre. A part les plans de ville der­rière les pan­neaux pu­bli­ci­taires, il n’y avait pas grand-chose pour trou­ver son che­min ! Et comme je n’avais pas de sex­tant dans la poche, je cher­chais, me per­dais, re­brous­sais che­min, fai­sant des ki­lo­mètres avant d’ar­ri­ver à mes fins. Vous al­lez me dire (vous êtes pa­tients d’avoir lu jusque-là, bra­vo!) que vous ne voyez pas où je veux en ve­nir. En fai­sant une ra­pide com­pa­rai­son avec au­jourd’hui, je me rends compte du che­min par­cou­ru : pour sa­voir si la sor­tie pré­vue le di­manche avec les potes est fai­sable, on se jette sur nos por­tables et leurs ap­plis mé­téo, his­toire de che­cker (oui, je sais, ça fait « djeuns ») le temps pré­vu, la tem­pé­ra­ture, le vent et j’en passe. En cher­chant bien, on doit aus­si pou­voir trou­ver les cou­rants d’air, ma­rins et consorts, si le coeur vous en dit. C’est plus fiable que ma fe­nêtre de ga­min, c’est plus pra­tique et sur­tout, c’est plus ra­pide. En ce qui concerne mes potes de rou­lage, c’est en­core plus simple. On se bom­barde de SMS, on se re­groupe sur les ré­seaux so­ciaux. Pra­tique et ra­pide. Et puis, lors de nos ba­lades, nous avons le nez, les yeux et les oreilles ri­vés sur nos dif­fé­rents écrans pour sa­voir où al­ler sans se perdre. In­faillible ! On a même, en sup­plé­ment, nos per­for­mances en temps réel. Trop d’la balle : j’ai car­bo­ni­sé le meilleur temps d’un illustre in­con­nu. Put…, ch’suis fier comme un paon ! Ouais. Tout ce­la est bel et bon (à vos clas­siques pour trou­ver l’au­teur !) mais fran­che­ment, ça manque… d’im­pré­vu. Oui, moi, ce que j’ai­mais bien et que j’aime tou­jours, c’était, fi­na­le­ment, de me pau­mer dans un coin que je ne connaissai­s pas, juste pour le dé­cou­vrir. Et avec un peu de pré­pa­ra­tion, je ne rou­lais que ra­re­ment seul. Et si c’était le cas, je croi­sais tou­jours des pè­le­rins sur mon che­min pour par­ta­ger un bon mo­ment. Main­te­nant, tout est ul­tra-connec­té, pré­vu, an­ti­ci­pé et j’en passe. Je ne dis pas que c’est mal mais per­so, quand je vais rou­ler, j’ai mon GPS juste pour m’in­di­quer la dis­tance, l’heure et deux ou trois autres in­fos. Pas de connexion pour cla­quer un chro­no et en­core moins de tra­cé à suivre. J’aime me perdre pour trou­ver. Et ça ne rate ja­mais : à chaque sor­tie, je dé­couvre un nou­veau single qui me met la bave aux lèvres. J’aime par­tir sans me sou­cier de la mé­téo (bon, OK, j’ha­bite main­te­nant un coin as­sez en­so­leillé), quitte à me faire rin­cer. Merde, quoi, c’est du VTT, pas une danse de sa­lon ! Alors si, comme moi, vous ai­mez tout ça, qui sait, on se croi­se­ra peut-être par ha­sard sur un sen­tier loin de tout, per­dus comme des chèvres ? Ouais, trop d’la balle, comme je di­sais.

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