TES­TÉ EN CONDI­TIONS EX­TRÊMES.

Vélo Tout Terrain - - ÉVASION : LE NÉPAL -

fi­nir mon pé­riple, mais il me reste en­core quelques jours de mon­tagne. Mal­gré la fa­tigue, je re­pars vers les cols, pour des as­cen­sions sans fin ! La ré­gion que je vais ex­plo­rer est celle du camp de base des An­na­pur­nas et très peu de vé­té­tistes y vont. C’est une zone raide et connue pour ses sen­tiers de marche. Mais bon, j’y suis et je monte, me pré­pa­rant au pire comme au meilleur. Après Go­re­pa­ni, je re­joins un iti­né­raire al­ter­na­tif, ce­lui des ca­ra­vanes d’ânes, qui contourne les marches et les pentes trop raides. En ef­fet, ici il n’y a pas de route et tout doit tran­si­ter à dos d’ânes (nour­ri­ture, gaz, ma­té­riel...). Pour les ob­jets plus gros, c’est à dos de por­teurs qu’ils montent ! Ce sen­tier est vrai­ment sym­pa, dé­grin­go­lant dans une fo­rêt pro­fonde, aux sur­sauts des ra­cines et de la roche. A Ma­lamche un pay­sage gran­diose se dé­voile, les 7 000, la glace et l’im­mense val­lée du sanc­tuaire des An­na­pur­nas. Le vil­lage où je vais dor­mir est per­ché sur un pe­tit col en face du Ma­ch­ha­phu­ch­hare, la mon­tagne sa­crée en forme de queue de pois­son. Une de mes mon­tagnes pré­fé­rées par son au­ra et son es­thé­tisme unique au monde. La mon­tagne est ver­ti­gi­neuse, une des plus raides. C’est une de­meure des dieux, crainte et re­dou­tée des lo­caux. Mon pe­tit vil­lage a son stu­pa et ses ri­zières en contre­bas. Le ma­tin quand je m’élance dans la des­cente, les en­fants et les lo­caux se penchent pour me voir dé­va­ler ce sen­tier raide. Je me di­rige vers la « queue de pois­son », ral­liant le trek de Mar­di Hi­mal par la voie la plus raide. De­puis la ri­vière et en pas­sant par Lam­druk, c’est une mon­tée longue et ex­trê­me­ment raide. Des marches de pierres à n’en plus fi­nir, des ra­cines et une cha­leur forte car la ri­vière se tra­verse à 1100m. Pour­tant je vise le High Camp du trek, culmi­nant à 4000m! Je dors fi­na­le­ment à Low Camp, prêt pour faire ma der­nière as­cen­sion au pe­tit ma­tin. Le le­ver de so­leil ne m’a pas dé­çu ! Je file, le vé­lo sur le dos pour me rap­pro­cher un maxi­mum du Mar­di et du Ma­ch­ha­pu­ch­hare. Je veux être le plus proche des som­mets, ad­mi­rer le so­leil tour­ner au­tour, res­pi­rer l’air des mon­tagnes, sen­tir le vent et le calme. Il y a, dans toutes les mon­tagnes du monde, une grâce qui flotte dans l’air et l’âme ou­verte sau­ra l’ac­cueillir pour se rem­plir de bon­heur. C’est mon der­nier som­met. Mon mo­ment de grâce en Hi­ma­laya… Je prends mon temps, rem­plis­sant mes pou­mons et mon coeur de toute l’éner­gie que je capte. J’ai les yeux ri­vés sur des som­mets blancs où souffle un vent puis­sant, en­voyant des gerbes de neige sur des cen­taines de mètres. Mais l’heure tourne : je dois quit­ter ce pa­ra­dis et ral­lier la ci­vi­li­sa­tion. Plus je des­cends et plus le sen­tier de­vient sym­pa à rou­ler. Énor­mé­ment de ra­cines et beau­coup de marches, pour une des­cente de qua­si­ment 4000 m d’al­ti­tude jus­qu’à 800 m ! Les di­men­sions de l’Hi­ma­laya sont dé­mentes. A Po­kha­ra, je ne change pas mes ha­bi­tudes et cherche la meilleure bou­lan­ge­rie pour des rou­leaux à la can­nelle et au cho­co­lat que je mange au bord du lac. Le so­leil se couche sur la pa­gode de la paix au-des­sus de la ville et le lac s’en­flamme. Le spec­tacle est en­ivrant, je vois le re­flet de mon voyage dans les cou­leurs du lac. Les jours sui­vants, je rentre à Kat­man­dou pour me re­po­ser et re­par­tir dans les col­lines qui bordent la ca­pi­tale. Pour re­voir les som­mets en­core une fois. De­puis Na­gar­kot, quand le so­leil se lève, il éclaire les 8 000, les en­flamme alors que le reste du monde baigne dans une brume vio­lette. Un spec­tacle que seul l’Hi­ma­laya peut of­frir. Avant de ren­trer je pas­se­rais un peu de temps à Bak­tha­pur pour vivre la fo­lie et l’ex­ci­ta­tion du fes­ti­val des lu­mières Ti­har. Voi­là, il est temps de re­mettre mon Ro­cky Moun­tain Ins­tinct dans sa boîte et de fer­mer mon sac. Mon pé­riple est ter­mi­né, j’en garde un sou­ve­nir fort. Alors que je pars, je rêve dé­jà d’y re­ve­nir pour cô­toyer les som­mets et le si­lence.

IN­FOS PRA­TIQUES :680 km - 27 500 m de dé­ni­ve­lé po­si­tif -19 jours de vé­loVé­lo uti­li­sé : Ro­cky Moun­tain Ins­tinct BC Edi­tion. Mo­dèle 29 pouces, dé­bat­te­ment 160 mm avant, 155 mm ar­rière. Trans­mis­sion 12V 10-50, pla­teau de 32t. Pneus 2.5 Hut­chin­son Squale et Tai­pan.

Poids : 13,5 kgSac : Ca­mel­bak Ku­du Tran­salp 30 litres. 6 kg en­vi­ron. Ma­té­riel em­por­té pour le froid : gants hi­ver, dou­doune 800, veste Go­re­tex, pan­ta­lon pluie, pan­ta­lon chaud, jog­ging.

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