Ja­nas, cap de Bonne Es­pé­rance ?

Vélo Tout Terrain - - DÉCOUVERTE - Texte : Cé­dric Tas­san - Pho­tos : Gaé­tan Riou

N’y au­rait-il pas un goût d’Afrique du Sud dans le Var ? C’est ce qu’est ve­nu cher­cher Cé­dric Tas­san du crew VTOPO en par­cou­rant le ter­ri­toire du cap Si­cié et de la fo­rêt de Ja­nas.

En ce mois d’oc­tobre, c’est en­core l’été dans le Sud, mais pour pas long­temps ! Alors il faut en pro­fi­ter. De­puis quelques mois, VTOPO a dé­mé­na­gé et a quit­té Mar­seille pour s’ins­tal­ler dans la pe­tite ville bal­néaire de Saint-Cyr-sur-Mer. Comme me disent ré­gu­liè­re­ment les lo­caux, ici il y a un goût de Ca­li­for­nie. C’est vrai qu’en me ba­la­dant sur le front de mer, j’ai un peu l’im­pres­sion d’être à La­gu­na Beach, chez mon ami Hans Rey. Ici les gens pra­tiquent pas mal de sport, foo­ting, fit­ness, paddle, surf… Mais aus­si vé­lo de route et VTT. Les spots au­tour ne manquent pas et je me dé­cide à re­dé­cou­vrir la fo­rêt de Ja­nas. Ce­la fait bien quinze ans que je n’y suis plus re­ve­nu, au­tant dire que je n’ai plus au­cun sou­ve­nir ! Cette fo­rêt est comme un pou­mon vert, blo­qué au nord par l’ur­ba­ni­sa­tion de Six-Fours et la Seyne-sur-Mer, deux com­munes du lit­to­ral tou­lon­nais. Sur une carte, cette fo­rêt n’a pas l’air très grande, mais à la re­gar­der de plus près, on se rend vite compte que le re­lief est mar­qué, les val­lons nom­breux, et que son point culmi­nant trône à 352 m au­des­sus de la mer, au ni­veau de la cha­pelle de Notre-Dame-Du-Mai. J’adore rou­ler le ma­tin très tôt ou le soir au cou­cher du so­leil. Les lu­mières sont tel­le­ment plus belles et sur­tout ces temps sont mar­qués pas des tran­si­tions fortes où l’homme et la na­ture se com­portent dif­fé­rem­ment. Je mets le ré­veil tôt et je re­joins mon ami pho­to­graphe Gaé­tan Riou qui m’ac­com­pagne dans cette vi­rée tou­lon­naise. Au par­king, il fait nuit, nous grim­pons la pe­tite route du cô­té de la Seyne-

Chas­seurs, mi­li­taires… les ren­contres ne manquent pas de bon ma­tin du cô­té de Tou­lon

sur-Mer. Après avoir pas­sé la bar­rière, qui marque l’in­ter­dic­tion d’al­ler plus loin en voi­ture, le gou­dron se fait bien plus raide. C’est un bon mur, ar­ro­sé des cou­leurs de l’aube, qu’il faut af­fron­ter. Nous grim­pons ain­si jus­qu’à la cha­pelle, le point culmi­nant du mas­sif. Le so­leil com­mence à se le­ver et c’est un spec­tacle ma­gique qui se joue de­vant nous. De tout là­haut, nous avons une vue à 360 de­grés : plein sud, le grand bleu, la mer à perte de vue, au nord les col­lines va­roises, à l’ouest, la Cio­tat et les Ca­lanques de Mar­seille et à l’est la baie de Tou­lon. Seuls les tirs d’armes mi­li­taires viennent trou­bler notre tran­quilli­té… Car Tou­lon est la ville mi­li­taire par ex­cel­lence en France. Ici se concentren­t de nom­breuses ins­tal­la­tions stra­té­giques. Nous en­ten­dons toutes sortes d’armes au­to­ma­tiques, dont cer­taines font des bruits in­quié­tants presque élec­tro­niques tant la ca­dence de tirs est éle­vée. Nous croi­sons un chas­seur de pi­geon, as­sis tran­quille­ment sur un ro­cher, face à la mer. Son chien est at­ta­ché à un buis­son. Dans cette pé­riode de ten­sions avec tous les ac­ci­dents que nous su­bis­sons en France, il est im­por­tant de main­te­nir le dia­logue avec les pra­ti­quants. Même si la chasse consti­tue un réel pro­blème et pose des sou­cis ma­jeurs de co­ha­bi­ta­tion, loin de moi l’idée de ca­ta­lo­guer le chas­seur, le pra­ti­quant donc, comme un abru­ti fi­ni. Je pense, que comme de par­tout, il y a des gens in­tel­li­gents, d’autres pas. Le seul pro­blème c’est qu’une balle, elle, n’a pas trop d’états d’âme. Nous en­ga­geons le dia­logue car fi­na­le­ment nous sommes tous ici pour pro­fi­ter du même ins­tant, ce­lui du le­ver de so­leil. Je laisse tran­quille mon ami le chas­seur so­li­taire pour me concen­trer sur le reste du par­cours. Je re­père un sen­tier sur la crête. Juste avant de m’y en­ga­ger, je suis rat­tra­pé par deux gars à vé­lo. Un me re­con­naît, il suit les aven­tures de VTOPO sur Fa­ce­book. Nous en­ta­mons la dis­cus­sion, ce sont deux mi­li­taires tou­lon­nais, j’en pro­fite pour cap­ter un peu d’in­for­ma­tions afin d’ap­prendre le maxi­mum sur ce sec­teur. Il me confirme que le sen­tier sur la crête est très bon et que si je veux al­ler à l’an­cien sé­ma­phore, je dois tour­ner à droite une fois la piste at­teinte. Je les laisse par­tir de­vant, avec Gaé­tan, nous réa­li­sons quelques images.

Ce qui est sur­pre­nant ici, c’est le ter­rain. Il est ra­di­ca­le­ment dif­fé­rent de tous les mas­sifs aux alen­tours. C’est vrai­ment un mas­sif à part. Ha­bi­tuel­le­ment, dans la ré­gion, c’est le cal­caire qui do­mine. Mais ici, pas du tout. Il s’agit de Phyl­lade, une roche mé­ta­mor­phique de struc­ture stra­ti­fiée, proche de l’ar­doise.

J’ap­prends ra­pi­de­ment car cette roche est une vraie pa­ti­noire lors­qu’elle est hu­mide. Et ce ma­tin, comme le so­leil n’est pas as­sez haut, toutes les par­ties à l’ombre sont ul­tra glis­santes. In­croyable ! Même avec mon Rip­mo en 29”, qui d’ha­bi­tude ne bronche pas, là, je dois re­dou­bler de pru­dence. Le but est de sur­vo­ler les zones ro­cheuses sans trop tou­cher aux freins. Il faut alors an­ti­ci­per et re­pé­rer l’en­droit où l’on pour­ra at­tra­per les le­viers… J’y étais ve­nu la veille, en plein après-mi­di, avec des amis de Saint-Cyr, et le grip était juste par­fait, j’avais bien rou­lé de­vant avec, Bap­tiste, un jeune du coin. Là, c’est tout le contraire. J’ar­rive à l’an­cien sé­ma­phore, face à la mer. Une vieille bat­te­rie mi­li­taire en contre­bas dis­pa­raît pro­gres­si­ve­ment sous la vé­gé­ta­tion. Gaé­tan m’in­dique le lieu où Wade Sim­mons a été pho­to­gra­phié. Pe­tit clin d’oeil à la star du free­ride, nous réa­li­sons exac­te­ment la même image ! Je pour­suis un peu plus vers la mer et trouve un point de vue fan­tas­tique sur le cap Si­cié, si­tué tout en contre­bas. Le gris aus­tère des roches, les pentes abruptes qui mènent à la mer et l’écume blanche d’une Mé­di­ter­ra­née for­mée au large me font pen­ser au cap de Bonne Es­pé­rance. Comme en Afrique du Sud, on sent toute la vio­lence des élé­ments. J’ai­me­rais re­ve­nir ici par jour de grosse tem­pête ! J’at­taque la des­cente, le so­leil n’a pas en­core eu le temps de sé­cher les dalles, je roule avec pru­dence, le re­gard loin, sur­tout ne pas se fo­ca­li­ser sur les ro­chers trem­pés et lui­sants. Plus bas, je croise des pié­tons qui montent et qui ont du mal à mettre un pied de­vant l’autre tel­le­ment c’est glis­sant. En bas, je dé­cide de re­mon­ter une deuxième fois. Le temps que je re­tourne au som­met, le ter­rain au­ra sé­ché.

Alors que le cal­caire do­mine dans la ré­gion, ici on trouve de la Phyl­lage et ça glisse !

Du sen­tier du lit­to­ral jus­qu’à l’anse de Fa­bré­gas, le plai­sir de rou­ler est to­tal…

Le fo­rêt de Ja­nas est comme un pou­mon vert, blo­qué au nord par l’ur­ba­ni­sa­tion de Six-Fours et la Seyne-sur-Mer.

Le so­leil grimpe et il fait de plus en plus chaud. Je n’ai pris qu’un bi­don de 0,5 L et je com­mence à me ra­tion­ner. Nous sommes le 25 oc­tobre et il fait en­core très chaud. Ce­pen­dant, la mé­téo an­nonce l’ar­ri­vée de l’hi­ver dans 48 heures ! Une fois au som­met, j’at­taque une des des­centes dé­cou­vertes la veille grâce à mes potes. C’est tou­jours aus­si bon, le ter­rain a sé­ché, je peux lâ­cher les freins. Le sen­tier est joueur, par­fois raide, par­fois tech­nique. Les dalles s’en­chaînent, les ap­puis, les frei­nages confiants… Plus bas, je me jette dans les bois, dans cette fo­rêt peu­plée de chênes lièges et d’eu­ca­lyp­tus. Les odeurs me montent à la tête, je suis en­ivré par ces dons de la na­ture. Je dé­cide de pous­ser jusque sur le sen­tier du lit­to­ral. Plus qu’un sen­tier, c’est un che­min large mais très jo­li avec des vues très belles sur les ro­chers des Deux Frères, deux îlots qui ont dû don­ner quelques sueurs froides à de nom­breux ma­rins… Je pour­suis jus­qu’à l’anse de Fa­bré­gas et sa plage de sable noir. Si­tuée sur la com­mune de la Seyne-sur-Mer, ce lieu est très ap­pré­cié pour la bai­gnade, le cadre est une vraie carte pos­tale. J’y ar­rive par le cô­té est, ce qui me per­met de pro­fi­ter d’une vue plon­geante sur la plage. Quelques poin­tus sont re­mon­tés sur les ro­chers, la terre rouge contraste avec les roches grises du cap Si­cié. Nous sommes en pleines va­cances sco­laires, les gens se baignent. Il est mi­di, avec Gaé­tan, nous pre­nons place à une table en bord de mer, les pieds dans le sable. Sous un so­leil de plomb, nous sa­vou­rons notre dé­jeu­ner dans cette jo­lie paillote. Notre ma­ti­née de ride se ter­mine de la meilleure ma­nière pos­sible !

Sur le che­min du re­tour, il fait tou­jours aus­si chaud. Ar­ri­vé à la mai­son, je dé­charge ra­pi­de­ment mes af­faires et je file à la plage à vé­lo. En moins de cinq mi­nutes, je suis sur le sable, en maillot. Je pose mon Rip­mo et me jette à l’eau. Quel bon­heur de pou­voir pro­fi­ter en­core de ces der­niers ins­tants ma­giques !

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