Eva­sion : la Croa­tie

Vélo Tout Terrain - - SOMMAIRE - Texte : Da­vid Ca­chon - Pho­tos : Fer­nan­do Mar­mo­le­jo

Pro ri­der d’ori­gine es­pa­gnole, Da­vid Ca­chon n’en fi­nit pas d’ex­plo­rer le monde au gui­don de son VTT. Sa der­nière aven­ture en date, un voyage en Croa­tie, dans la ré­gion des îles.

Dans la vie, rares sont les choses qui se pro­duisent uni­que­ment par le biais du ha­sard ! Mon voyage en Croa­tie ne dé­roge pas à cette règle. Il y a quelques an­nées, j’ai em­bar­qué, avec ma femme, pour une croi­sière dans les îles grecques. En cours de route, nous avons ef­fec­tué une halte à Du­brov­nik, en Croa­tie, une ville qui nous a tout bon­ne­ment stu­pé­faits. Ma femme est tom­bée sous le charme des mo­nu­ments, de la mer et de l’at­mo­sphère qui ré­gnait dans cette ville. Moi aus­si… mais avec quelques nuances, plus axées sur le VTT. J’ai alors su que je re­vien­drai ici, avec mon vé­lo ! De re­tour à la mai­son, j’ai ins­crit la Croa­tie sur la longue liste de choses que je vou­lais en­tre­prendre dans les an­nées à ve­nir. Et puis, le des­tin a en­core son­né. Après avoir vi­sion­né une de mes vi­déos sur Youtube, les res­pon­sables de l’of­fice de tou­risme croate m’ont pro­po­sé de ve­nir dé­cou­vrir les sen­tiers de leur pays. Une telle offre ne pou­vait pas se re­fu­ser ! Je pre­nais donc l’avion, di­rec­tion la Croa­tie en com­pa­gnie de mon ami pho­to­graphe Fer­nan­do.

Di­rec­tion la ré­gion des îles

Ar­ri­vés à l’aé­ro­port de Za­greb, ca­pi­tale de la Croa­tie, Ma­rio nous at­tend. Il se­ra notre chauf­feur du­rant toute la du­rée de notre pé­riple croate. Après plu­sieurs heures de route au coeur de la Croa­tie, nous ar­ri­vons en­fin à Krk Ci­ty, un ma­gni­fique village de pê­cheurs, dans la ré­gion des îles. La faim se fait sen­tir. Avec Fer­nan­do, nous n’avons rien ava­lé de­puis notre dé­part d’Es­pagne. Il est 19h, et nous al­lons dî­ner ! C’est un peu tôt pour des Es­pa­gnols, on dîne gé­né­ra­le­ment plus vers 22 heures. Mais quand on a faim, une pe­tite ex­cep­tion s’im­pose ! Nous ar­ri­vons au des­sert lorsque Fer­nan­do m’an­nonce très sé­rieu­se­ment : « Da­vid, la lu­mière com­mence à tom­ber. Viens, on va prendre quelques cli­chés dans le port ! » Mince, après le ri­sot­to noir et le steak au poivre, j’avais en­core un peu de place pour une crêpe au cho­co­lat ! Mais le de­voir m’ap­pelle. Alors que nous nous di­ri­geons vers le port, je me lance dans la pré­vi­sion mé­téo­ro­lo­gique : « Ici, il ne pleu­vra pas. » Quel ta­lent ! Trente mi­nutes plus tard, j’ar­rive trem­pé à l’hô­tel. Pas sûr que quel­qu’un veuille un jour m’em­bau­cher comme mé­téo­ro­logue ! Je pro­fite de la fin de la soi­rée pour pré­pa­rer mon VTT pour que tout soit fin prêt de­main à la pre­mière heure.

Quand un front si­bé­rien s’in­vite à la fête…

Cette deuxième jour­née com­mence de ma­nière in­quié­tante… La pluie et le vent cognent sur la fe­nêtre. Ce­la nous laisse le temps de prendre un bon pe­tit dé­jeu­ner. Ma­rio, notre chauf­feur, ar­rive en com­pa­gnie de Di­mi­tri, notre guide. Mal­gré les condi­tions mé­téo­ro­lo­giques, nous dé­ci­dons de nous en te­nir au pro­gramme ini­tial et de re­joindre notre pre­mier sen­tier ap­pe­lé Ve­li VRH. Cet iti­né­raire est em­prun­té à l’oc­ca­sion de la 4Is­land, une course par étapes or­ga­ni­sée dans le coin. Avec la pluie, les pre­miers mètres me font prendre un vé­ri­table bain de boue. Heu­reu­se­ment la na­ture du ter­rain change ra­pi­de­ment et la boue dis­pa­raît… lais­sant place à un vent tem­pê­tueux qui s’at­té­nue heu­reu­se­ment au fil de la des­cente. Après un ride ver­ti­gi­neux, ra­pide et pier­reux, j’ar­rive en bas dans une zone de dé­part de nom­breux sen­tiers. La plu­part d’entre eux, al­ter­nant grosses côtes et des­centes ra­pides, sont ré­gu­liè­re­ment em­prun­tés à l’oc­ca­sion de la 4Is­land. J’ai pré­vu d’en dé­cou­vrir un maxi­mum, et je ne le re­grette pas. Au som­met des col­lines, les pay­sages qui se dé­voilent, sont tout sim­ple­ment ma­gni­fiques. On y dé­couvre la mer, la mon­tagne et la ville de Bas­ka. Après une ma­ti­née hu­mide et pleine d’émo­tions, il est grand temps de faire une pause pour se res­tau­rer. Il est 16 heures et je n’ai rien man­gé de­puis le pe­tit dé­jeu­ner, ayant ou­blié dans la ca­mion­nette le sa­chet de fruits secs et de noix que je glisse ha­bi­tuel­le­ment dans la poche de mon maillot ! Après un co­pieux re­pas dans un res­tau­rant lo­cal, le Ci­ci­be­la, nous em­bar­quons à bord d’un fer­ry pour re­joindre l’île de Lo­par. Cette nuit nous dor­mi­rons dans la ville de Rab. Après l’en­re­gis­tre­ment à l’hô­tel, nous ren­con­trons Lu­ka qui nous ser­vi­ra de guide pour la jour­née du len­de­main. Il nous em­mène dî­ner dans un res­tau­rant lo­cal pour nous faire dé­cou­vrir quelques spé­cia­li­tés du coin : ri­sot­to, pois­sons, sans ou­blier le des­sert tra­di­tion­nel, à s’en lé­cher les doigts. Plus tard, alors que la pluie et le vent conti­nuent à s’abattre sur le pays, nous dé­ci­dons d’al­ler dor­mir en croi­sant les doigts pour que la jour­née de de­main soit plus clé­mente.

Il pleut, il pleut…

Mal­heu­reu­se­ment, la troi­sième jour­née de mon pé­riple en Croa­tie ne s’an­nonce pas sous les meilleures aus­pices. Une dé­pres­sion tra­verse le pays, et un vent violent souffle sur les côtes. Qu’im­porte, on suit le pro­gramme ! Le pre­mier spot de la jour­née m’em­mène au som­met d’une des mon­tagnes près de Rab. La vue est in­croyable. Mal­heu­reu­se­ment, le vent souffle si fort que je ne peux pas en pro­fi­ter trop long­temps. Après une pe­tite por­tion de route, je re­joins un spot qui at­tire l’at­ten­tion de loin en rai­son de la cou­leur rou­geâtre de la terre. Mal­heu­reu­se­ment, l’iti­né­raire se ré­vèle im­pra­ti­cable. C’est un champ de boue. J’em­prunte un iti­né­raire bis, très free­ride, pour re­joindre l’iti­né­raire ini­tial un peu plus loin. Mais les dieux de la mé­téo ne sont vrai­ment pas de mon cô­té : la pluie et le vent for­cissent. Les pre­miers grê­lons re­bon­dissent sur mon casque. Je n’ai pas d’autre choix que de ral­lier au plus vite la ca­mion­nette pour me mettre à l’abri. Une fois dans le van, le chauf­fage pous­sé au maxi­mum, nous dé­ci­dons d’at­tendre un peu que la pluie cesse. Mais après 1h30 d’at­tente, il semble évident que ce­la risque de du­rer. Un ra­pide coup d’oeil sur les pré­vi­sions mé­téo­ro­lo­giques nous le confirme. La si­tua­tion pour­rait même se dé­gra­der en­core, obli­geant les fer­rys à stop­per leur ac­ti­vi­té. Je contacte alors les res­pon­sables de l’of­fice de tou­risme pour voir avec eux si un chan­ge­ment de pro­gramme est en­vi­sa­geable. Après quelques coups de té­lé­phone, c’est chose faite. Nous dé­ci­dons alors d’al­ler nous res­tau­rer dans le pe­tit res­tau­rant lo­cal Ana. Nous pen­sions faire lé­ger, c’est un re­pas co­pieux qui s’étale de­vant nous : une soupe de veau, un plat com­po­sé de viandes mul­tiples et un éton­nant muf­fin chaud au cho­co­lat ac­com­pa­gné de sa boule de glace. Pas de doute, non seule­ment il fait bon vivre en Croa­tie, mais en plus, la cui­sine pro­po­sée dans les res­tau­rants est riche, abon­dante, et les in­gré­dients uti­li­sés sont hau­te­ment qua­li­ta­tifs.

Après ce re­pas gar­gan­tuesque, nous pre­nons le fer­ry pour re­tour­ner à Krk avant d’em­bar­quer à des­ti­na­tion de Cres. Ici, le temps semble un peu plus calme. Es­pé­rons que ce­la se confirme de­main.

AU NORD DE L’ÎLE DE CRES, DEUXIÈME PLUS GRANDE ÎLE DE CROA­TIE APRÈS KRK, LES SEN­TIERS LONGENT DES FA­LAISES PLONGEANT DANS L’ADRIA­TIQUE.

En Croa­tie, les re­pas sont riches et de qualité

Pour cette qua­trième jour­née en Croa­tie, nous se­rons ac­com­pa­gnés par Ja­dran­ka et Ma­ria­na de l’of­fice de tou­risme de Cres. Elles ont pré­vu de nous em­me­ner à la dé­cou­verte de l’île. La pluie a ces­sé, mais la force du vent semble en­core avoir aug­men­té. Dif­fi­cile de rou­ler avec ai­sance dans ces condi­tions. Pas ques­tion pour au­tant de res­ter en­fer­més dans le van. Notre pre­mier ar­rêt s’ef­fec­tue dans un pe­tit village où on ne re­cense que… quatre ha­bi­tants ! Je dé­couvre un pe­tit sen­tier qui longe la fa­laise et des­cend en di­rec­tion d’une très belle place. A mon re­tour, nous re­par­tons en di­rec­tion de Cres, un en­droit très agréable et soi­gné. Avec mon VTT, je pars me ba­la­der dans ses rues. Après le dé­jeu­ner nous par­tons à la dé­cou­verte d’un sen­tier qui contourne la ville et dé­voile de temps à autres, de su­perbes vues sur sa baie. Néan­moins, pour moi, c’est un peu trop pé­père comme sor­tie. J’ai be­soin de quelque chose d'un peu plus cor­sé. Les filles nous re­com­mandent alors le nord de l’île, une ré­gion plus boi­sée. Ré­tros­pec­ti­ve­ment, c’est pour moi, la plus belle par­tie de l’île ! Nous par­tons donc, avec la ca­mion­nette, en di­rec­tion de Be­li. Nous em­prun­tons plu­sieurs pistes fo­res­tières pour ar­ri­ver fi­na­le­ment au som­met d’une mon­tagne, juste en face de la ville. De là, avec Fer­nan­do, nous fi­lons à VTT sur un che­min si­nueux qui tra­verse d’im­por­tantes zones fo­res­tières. A l’ar­ri­vée du sen­tier, la ca­mion­nette est là qui nous at­tend. La jour­née a été in­tense. Nous avons bien mé­ri­té un pe­tit dî­ner à base de mets tra­di­tion­nels et de bières croates. C’est notre der­nière soi­rée en Croa­tie. De­main nous ren­trons en Es­pagne, une jour­née qui s’an­nonce longue et épui­sante.

Une fois en­core, je quitte la Croa­tie avec un sen­ti­ment de bien-être mais aus­si un goût d’in­ache­vé. En rai­son d'une mé­téo peu clé­mente, je n’ai pas pu ti­rer pro­fit de tout le po­ten­tiel VTT que je pres­sens ici. Au­tant dire que ce n’est pas la der­nière fois que je pose mes cram­pons dans ce pays. A bien­tôt chère Croa­tie !

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