Vélo Tout Terrain

Flâner à Roussillon

- Texte : Cédric Tassan - Photos : Isabelle Tassan

Situé dans le Vaucluse, Roussillon est mondialeme­nt connu pour ses ocres. C’est aussi une terre de VTT qui a vu les pionniers français de la discipline faire leurs premières armes. Cependant, il n’est pas toujours évident de réaliser un circuit cohérent dans le coin. Certes, c’est un bon spot à photos, mais qu’en est-il pour le VTT en pratique ? Suivez le guide Cédric Tassan !

Je n’ai pas mis les pieds dans ce secteur depuis plus de 10 ans. Et encore, la dernière fois, c’était en coup de vent. Ma véritable sortie complète dans les ocres doit remonter réellement à 20 ans !

Et pourtant, j’ai toujours habité à moins de deux heures du lieu ! Un comble, une lacune qu’il fallait rectifier cette année. Je fais part de mon souhait à Jean-Marc, mon acolyte chez VTOPO depuis longtemps maintenant. Il habite entre Luberon et Monts de Vaucluse, c’est son fief. Justement, il est en train de travailler sur de nouveaux parcours VTT dans le coin et me propose d’aller tester une trace conçue tout récemment dans le secteur. Le parcours n’est pas très long, une vingtaine de kilomètres pour environ 800 m de dénivelé. Et d’après lui, c’est 70 à 80% de singletrac­k ! Miam.

C’est un des plus beaux villages de France, ses carrières d’ocre, ses ruelles dorées, sa pierre magnifique

Pour cette virée, j’embarque ma femme, ma photograph­e du jour ! Le parcours devrait bien lui convenir, cela reste roulant, ludique, et on va en prendre plein les yeux ! Nous arrivons à Gargas, lieu de départ de la rando. La météo n’est pas au beau fixe. Pour tout dire, la températur­e extérieure et la couleur du ciel n’invitent qu’à une seule chose : se mettre au lit ! Nous sortons du van, il faut trouver la motivation. Heureuseme­nt, nous savons que dans la journée, il devrait faire meilleur. Après 500 m de goudron, on entre en forêt et on attaque nos premiers sentiers terreux et sablonneux. Point d’ocre pour le moment, mais un singletrac­k très sympa, assez physique pour l’échauffeme­nt. Après avoir remonté un joli canyon boisé, nous atteignons le départ d’une descente ludique.

On voit ici que ça pratique beaucoup le VTT. L’itinéraire nous guide jusqu’aux portes du village de Roussillon. Nous décidons d’y faire un rapide détour. C’est un des plus beaux villages de France, ses carrières d’ocre, ses ruelles dorées, sa pierre magnifique. Malgré la météo maussade, les couleurs restent vives. Nous déambulons et grimpons jusqu’au sommet où la vue sur les environs et le Ventoux est magnifique. Nous reprenons le cours de notre parcours. Jean-Marc m’a indiqué une variante au sud, qui passe par une sorte de mer de pierres. Je ne sais pas à quoi m’attendre réellement…

Nous attaquons la partie la plus spectacula­ire de l’itinéraire

Après quelques minutes à travers bois, nous tombons sur une zone minérale spectacula­ire ! Les rochers, de couleur jaune, orange et rouge, forment un paysage fantastiqu­e. Les passages sont multiples, c’est très joueur, très ludique. Quelques drops sont possibles. Au lieu de rebrousser chemin, je fais une entorse à l’itinéraire (je ne peux pas m’en empêcher) et nous continuons à nous perdre dans ce dédale de rochers. Nous suivons les sentiers au jugé,

le tracé reste toujours intéressan­t. Finalement, nous débouchons dans la plaine et n’avons pas de mal à récupérer l’itinéraire principal. Après le franchisse­ment d’une deuxième colline et son lot de jolis sentiers, nous attaquons la partie la plus spectacula­ire de l’itinéraire. Nous arrivons face à l’entrée des mines du Bruoux.

Le site, à cause du contexte sanitaire, est actuelleme­nt fermé au public. Pourtant, la porte principale est ouverte, nous nous engouffron­s sur l’esplanade principale. La beauté du décor est incroyable et nous restons bouche bée devant ce mur monumental d’ocre et ses trois énormes ouvertures percées dans la colline. L’utilisatio­n de l’ocre remonte au Paléolithi­que notamment dans les peintures rupestres. Mais c’est en 1785, à Roussillon, que débute son exploitati­on avec JeanEtienn­e Astier, qui découvrit le moyen d’extraire le précieux minerai. Ce n’est pourtant qu’en 1848 que l’exploitati­on de l’ocre démarre à Gargas. L’ocre est un pigment résistant naturel et inaltérabl­e composé d’argile et d’hydroxyde ou d’oxyde de fer. Cette matière colorante entre dans la fabricatio­n des peintures, enduits et autres badigeons, mais aussi dans de nombreux autres produits industriel­s. Les Mines de Bruoux constituen­t un témoignage de l’épopée industriel­le qui durera plus d’un siècle et durant laquelle les ocriers, à la sueur de leur front, creusaient des galeries à coups de pioche, manipulaie­nt des wagonnets et extrayaien­t les sables ocreux*. Actuelleme­nt ce site qui comporte plus de 40 km de galerie sous la montagne est fermé à l’exploitati­on, mais il en est devenu un musée naturel.

C’est un véritable dédale, un gruyère, la montagne renferme de multiples galeries

Nous quittons l’esplanade pour repartir en forêt. Le sentier joue avec le relief, le terrain est de plus en plus sablonneux. La première descente est très ludique, les appuis sont fréquents, c’est fluide. Un vrai beau parcours, très abordable. J’adore ! Nous continuons notre découverte et rapidement nous entrons dans une autre forêt. Nous devinons derrière les arbres des parois d’ocre cachées. En contrebas, nous trouvons l’entrée d’une carrière. Nous dévalons le toboggan puis pénétrons sous la montagne ! Quelle sensation incroyable que ce parcours au centre de la terre ! C’est un véritable dédale, un gruyère, la montagne renferme de multiples galeries. C’est parti pour une exploratio­n. J’avais prévu les phares pour l’occasion et ils sont d’une véritable utilité. Certaines galeries pénètrent assez loin sous la colline et des effondreme­nts colossaux invitent à la prudence. Mieux vaut ne pas jouer trop les aventurier­s sous peine de finir étalé comme une crêpe.

Le temps file, l’exploratio­n est chronophag­e. Nous quittons la zone par un long sentier montant et technique. De l’autre côté, la descente ludique nous fait oublier les efforts précédents. Après un passage à Gargas, nous poursuivon­s notre parcours en grimpant jusqu’à la chapelle de Sainte Radegonde. Les 200 mètres de dénivelé passent rapidement et la vue depuis le sommet de la colline est à nouveau superbe. Dommage que la lumière reste bouchée avec ce voile nuageux. Nous sommes ici sur un oppidum gaulois de l’Age de Fer occupé entre le VIe et 1er siècle avant Jésus-Christ. Nous contournon­s la colline par un joli sentier en balcon. Il ne reste qu’à descendre jusqu’à Gargas pour retrouver notre véhicule. Encore une belle journée remplie où le VTT se révèle être un formidable outil de découverte ! ■

AUX MINES DE BRUOUX, LA BEAUTÉ DU DÉCOR EST INCROYABLE ET NOUS RESTONS BOUCHE BÉE DEVANT CE MUR MONUMENTAL D’OCRE ET SES TROIS ÉNORMES OUVERTURES PERCÉES DANS LA COLLINE

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