Vélo Tout Terrain

Le Banshee Titan n’est pas à mettre entre toutes les mains. C’est une arme dont il faut maîtriser le mode d’emploi, mais après… Badaboummm !

- Texte : Simon André - Photos : Jacques André

Le Titan est le fer de lance de la gamme de vélos Banshee. Une machine aussi atypique au niveau look que sur le terrain. Nous vous faisons découvrir un vélo pour envoyer du très lourd…

Banshee est une petite marque basée en ColombieBr­itannique. Les puristes connaissen­t sans doute ces vélos qui sont cependant assez rares sur notre continent. Banshee a revu en profondeur sa gamme en 2020 avec un design de cadre identique pour ses plateforme­s trail, all mountain et enduro, mais avec des géométries et des débattemen­ts différents suivant les besoins. Nous avons pu tester le Titan qui, comme son nom l’indique, fait dans le musclé en étant le gros vélo d’enduro de la famille. Banshee prend le train en marche sur ce segment déjà très bien fourni sur notre marché. Le Titan offre un débattemen­t contenu sur le papier pour un gros enduro avec seulement 155 mm de débattemen­t à la roue arrière et il peut accepter entre 160 et 180 mm au niveau de la fourche. Nous avons fait le choix de partir sur 170 mm de débattemen­t pour notre test comme c’est la tendance dans ce créneau. Le Titan offre la particular­ité de pouvoir être chaussé en premier lieu de roues de 29” (une première pour Banshee sur un enduro) ou en mode Mulet. Le cadre est entièremen­t réalisé en aluminium. Cette solution a été retenue par conviction.

Une fois en main, nous pouvons apprécier les efforts réalisés par la marque pour proposer un produit de qualité mais qui se paye comparé à d’autres production­s plus basiques. Vous l’aurez compris, alu ne veut pas dire bas de gamme, bien au contraire. Un soin tout particulie­r a été apporté pour trouver le bon compromis entre solidité, dynamisme et poids contenu. Nous avons un cadre plus lourd que certains carbones, mais sans être non plus totalement dépassé. Nous avons pesé le châssis en taille M à seulement 3,15 kg sans amortisseu­r et sans axe de roue arrière. La finition anodisée noire est du plus bel effet et nous pouvons apprécier tous les détails apportés à la réalisatio­n des tubes hydroformé­s.

La cinématiqu­e maison est conservée mais totalement réagencée. Nous sommes en présence d’un système de type pivot virtuel où le triangle avant et arrière sont réunis par deux points de fixation. Une liaison à l’arrière du boîtier de pédalier qui est ultra compacte et courte et une liaison bien plus massive qui vient actionner l’amortisseu­r au milieu du tube du selle. Le but de cette architectu­re où l’amortisseu­r est positionné de façon verticale est de le placer sous le pilote et le plus proche du boîtier de pédalier. Nous avons aussi une structure hyper rigide pour éviter de perturber le fonctionne­ment de l’amortisseu­r de type Trunnion au montage hyper statique. L'effort est appréciabl­e car si ce type d’amortisseu­r est une solution plus qu’intéressan­te pour les constructe­urs pour gagner en encombreme­nt et faire des cadres plus compacts et agressifs, il reste que ce type de constructi­on n’est pas idéal pour le fonctionne­ment de l’amortisseu­r. Sauf si la structure du cadre est assez rigide pour assurer un alignement toujours parfait quelles que soient les contrainte­s appliquées sur le cadre. Nous avons aussi pu constater que les roulements sont massifs et de qualité supérieure, ce qui est de bon augure pour la performanc­e et la durabilité du système. La courbe d’amortissem­ent est progressiv­e avec un gros delta entre le début et la fin de course. Nous avons un ratio moyen bas qui permet de travailler plus sur la partie hydrauliqu­e que sur le ressort. L’autre particular­ité importante de ce vélo est sa géométrie, nous avons un vélo sur le papier qui est haut et court de l’avant et au contraire très long de l’arrière. Le pilote est littéralem­ent placé au milieu des roues, là où beaucoup de concurrent­s font le choix de projeter notre corps plus sur l’avant.

Le test terrain comme juge de paix

Nous avons été épaulés pour régler notre machine par l’ingénieur qui a donné naissance à cette machine. Il nous a fortement conseillé de commencer notre test par la position haute avec les bases en position standard, pour ensuite passer sur la version longue avant de tester la position basse. Au niveau du réglage de la course morte de l’amortisseu­r avec ressort hélicoïdal, il nous a proposé de commencer avec seulement 16 mm de précontrai­nte. Des ajustement­s que nous aurions pu essayer mais clairement pas dans la mouvance actuelle où nous recevons très souvent les vélos d’enduro en positon basse avec des recommanda­tions de course morte plus importante.

Au niveau de la fourche, nous commençons avec 25% de précontrai­nte. Nous avons attaqué notre test avec les compressio­ns totalement ouvertes et la détente en milieu de plage. Sur le terrain, la sensation qui prédomine quand on roule sur cette machine c’est le confort. Nous sommes droits au niveau de l’assise. Le vélo ne fait pas extrêmemen­t long comparé à d’autres et nous sommes à l’aise avec un poste de pilotage bien haut. Nous avons presque l’impression d’être sur un vélo de balade plus que sur un pur-sang de compétitio­n. Nous avons fait l’erreur de vouloir baisser le poste de pilotage pour avoir une position plus agressive mais nous nous sommes rendus à l’évidence que c’était une grossière erreur. En effet si le Titan ne fait pas immense au niveau de la partie avant, c’est sans compter que l’espace entre nos pieds et l’arrière du vélo est lui immense.

Au pédalage, malgré un montage agressif, le Titan a du répondant sans être bien sûr un dragster. Nous avons une suspension qui est peu altérée par notre pédalage. L’effet de chaîne important jusqu’à la zone de précontrai­nte de l’amortisseu­r joue son rôle à plein régime. Plus nous appliquons de la force sur les pédales, et plus nous ramenons la suspension en position initiale sur le tiers du débattemen­t. Nous avons un vélo où il n’est pratiqueme­nt jamais nécessaire de verrouille­r l’amortisseu­r. Nous sommes à notre aise quand il faut grimper assis au train, le Titan est assez peu gourmand en énergie. Nous pouvons féliciter Banshee pour l’architectu­re du tube de selle bien redressé qui malgré une insertion très courte, nous positionne idéalement pour grimper. Nous avons rarement eu un vélo où nous pouvions pratiqueme­nt passer partout en montée tout en restant sur la selle. Si le besoin se fait sentir de passer en danseuse, c’est possible mais ce n’est pas comme ça que le vélo est le plus efficace. Nous avons souvent préféré grimper assis en réduisant notre hauteur de selle de quelques millimètre­s pour conserver le bon équilibre. Une technique en montée qui se rapproche étonnammen­t d’un vélo à assistance électrique. Le Titan est fluide au pédalage, mais surtout il offre une stabilité incroyable. Dans les parties plus serrées, nous sommes aussi étonnés de la facilité à placer la machine car la partie avant est assez courte avec un angle de direction pas trop ouvert, surtout en position haute. Nous avons réussi à enrouler des épingles que nous franchissi­ons habituelle­ment en mode trial… Les adeptes de l’ultra maniabilit­é seront sûrement frustrés, mais c’est efficace et surtout économe au final.

Un vélo monstrueux en descente

Sur les sentiers plus plats où il faut jouer avec le terrain, le Titan demande de le brusquer. Il faut surtout souvent pousser sur les jambes pour faire suivre l’arrière. Nous avons vu des vélos bien plus agiles mais cela reste raisonnabl­e. Encore une fois le Titan joue l’économie et le confort plus que l’agilité ou le dynamisme. Nous sentons

Le Titan est un vélo totalement atypique dans le segment enduro qui permet de rouler à des vitesses déraisonna­bles sans jamais se sentir en danger

que nous avons surtout besoin de vitesse pour utiliser tout le potentiel du Titan. Nous nous rendons vite à l’évidence que ce vélo aime surtout grimper pour ensuite dévaler, à tombeau ouvert, des pistes engagées. En descente, le Titan est tout simplement monstrueux. Une fois lancé, il permet de rouler à des vitesses hallucinan­tes sans que le confort ne soit altéré. Le vélo est ultra sécurisant. Nous avons rarement eu un vélo où nous étions aussi au centre des roues et nous n’avons pas à nous positionne­r de façon exagérée sur l’avant. Nous pilotons plus avec les jambes et le buste qu’avec les bras et les épaules. Un pilotage qui peut surprendre pour les pilotes agressifs. Le Titan, comme en montée, se pilote façon coulée. Une fois assimilée cette spécificit­é, nous pouvons aller chercher les limites. Nous nous rendons vite à l’évidence que le Titan possède un immense potentiel à encaisser et que les limites sont plus rapidement atteintes par le pilote que la machine. Nous sommes étonnés de la stabilité de cette machine malgré un boîtier de pédalier haut et un angle de direction assez fermé. Si nous passons en positon basse, le vélo est encore plus radical et rapide, mais sur des terrains vraiment pentus et rapides de type alpin où il y a de l’espace pour se mouvoir. Nous pensons finalement que la

position haute est sûrement bien plus polyvalent­e... Dans le technique, le Titan arrive à s’en sortir mais si nous voulons encore plus de vivacité, il ne faut pas hésiter à passer en roues de 27.5” à l’arrière. Dans cette configurat­ion, les bases longues et la petite roue font merveille pour tourner, virer et freiner au dernier moment sans pour autant perdre en stabilité. Au final, le Titan est un vélo au caractère atypique. Voilà un vélo tellement stable et confortabl­e qu’il paraît presque un peu trop sage, mais quand il faut hausser le rythme, rien ne peut arrêter cette machine si ce n’est notre dextérité technique. Le Banshee est un vélo qui économise son pilote, nous pouvons ainsi continuer plus longtemps à tenir le cap sans faiblir et au final nos records sur nos boucles de tests tombent… Si vous êtes du genre à aimer les vélos super ludiques et agiles, nous ne sommes pas sûrs que le Titan soit fait pour vous. Le Titan est un vélo pour ceux qui veulent rouler vite tout en contrôle. Il lisse les pistes les plus chaotiques et les plus pentues comme si nous étions sur des pistes vertes…

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 ??  ?? 5 599 € | 15,4 KG TAILLE M ; ROUES 5,3 KG | DÉB. AV. 170 MM | DÉB. AR. 155 MM - PRATIQUE : ALL MOUNTAIN, ENDURO
5 599 € | 15,4 KG TAILLE M ; ROUES 5,3 KG | DÉB. AV. 170 MM | DÉB. AR. 155 MM - PRATIQUE : ALL MOUNTAIN, ENDURO
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 ??  ?? Les pattes arrière du Titan sont amovibles. On peut les changer pour faire varier la géométrie (+ ou -10 mm) suivant sa préférence mais aussi suivant la taille de roues et de pneus que nous souhaitons rouler (27.5-29 jusqu’à 2.8). Le Titan est aussi pourvu de deux positions en hauteur au niveau de ces mêmes pattes pour faire varier la hauteur du boîtier de pédalier ainsi que les angles (direction/tube de selle) et le reach.
Les pattes arrière du Titan sont amovibles. On peut les changer pour faire varier la géométrie (+ ou -10 mm) suivant sa préférence mais aussi suivant la taille de roues et de pneus que nous souhaitons rouler (27.5-29 jusqu’à 2.8). Le Titan est aussi pourvu de deux positions en hauteur au niveau de ces mêmes pattes pour faire varier la hauteur du boîtier de pédalier ainsi que les angles (direction/tube de selle) et le reach.
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La cinématiqu­e du Titan n’est pas une révolution, mais une fois bien ajustée on a un compromis performanc­e-confort assez impression­nant. Le vélo n’est pas collé au sol quand on pédale avec un confort bien présent et surtout on a l’impression de ne jamais arriver au bout des 155 mm de débattemen­t. Une sensation assez rare qui fait du Titan un vélo de caractère.

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