Té­moi­gnage – Du ta­bleau aux champs, le sa­fran a chan­gé sa vie

Elle est pas­sée des bancs d’un collège de Se­dan, où elle en­sei­gnait l’his­toire-géo­gra­phie, à la cul­ture bio­lo­gique d’une épice pré­cieuse : le sa­fran. Ré­cit d’un chan­ge­ment de vie haut en cou­leur.

Vie Pratique Feminin - - SOMMAIRE - PAR YAS­MINE CHOUKAIRY

Del­phine est heu­reuse. Ins­tal­lée à Sailly, com­mune de 250 ha­bi­tants en­tou­rée de vastes terres agri­coles, l’ar­den­naise re­garde pous­ser ses fleurs de Cro­cus sa­ti­vus, dont elle ti­re­ra en­suite le sa­fran. Ac­tive sur les ré­seaux so­ciaux, où elle par­tage le quo­ti­dien de sa sa­fra­nière avec les in­ter­nautes, la jeune femme mène une vie apai­sée, entre ses trois en­fants, son ma­ri et son ex­ploi­ta­tion de 4 000 m2, dé­sor­mais la plus im­por­tante de la ré­gion dans ce do­maine. L’an­goisse d’ar­ri­ver en re­tard au tra­vail ? Elle ne connaît plus. Un en­fant ma­lade ? Pas de sou­ci, elle peut s’en oc­cu­per ; après tout, elle est sa propre pa­tronne. Mais la vie de Del­phine n’a pas tou­jours été ain­si. De 2009 à 2014, elle était pro­fes­seure d’his­toire-géo­gra­phie dans un collège de Se­dan.

INS­PI­RÉE PAR UN RE­POR­TAGE TÉ­LÉ

En 2008, alors qu’elle est en passe d’être ti­tu­la­ri­sée prof, Del­phine tombe sur un re­por­tage té­lé consa­cré à la cul­ture de la dé­li­cate épice rouge. Pour le plai­sir, elle plante alors une cen­taine de bulbes de Cro­cus sa­ti­vus dans son jar­din. La plu­vio­mé­trie de la ré­gion est idéale, les fleurs poussent ! Del­phine com­mence néan­moins à en­sei­gner. « In­cons­ciem­ment, je sa­vais dé­jà que je ne vou­lais pas exer­cer jus­qu’à ma re­traite », glisse-t-elle au­jourd’hui. Le vrai dé­clic se pro­duit en 2012, lors­qu’elle et son ma­ri ac­cueillent leur pre­mier en­fant. Deux an­nées de réflexion et l’ar­ri­vée d’un deuxième en­fant, en 2014, achè­ve­ront de la convaincre. C’est dans la cul­ture du sa­fran que Del­phine en­vi­sage son ave­nir. « J’ai pris un congé pa­ren­tal, le temps de com­men­cer dou­ce­ment à mettre en place mon ex­ploi­ta­tion. » Elle en­tame des dé­marches à Pôle em­ploi et bé­né­fi­cie d’une aide à la

créa­tion d’en­tre­prise. En pa­ral­lèle, elle re­prend des études pour ap­pro­fon­dir ses connais­sances et lé­gi­ti­mer sa nou­velle ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle. Si bien qu’en 2015, l’ex­ploi­ta­tion a dé­jà gran­di : grâce à une mé­ca­ni­sa­tion adap­tée, 80 000 bulbes ont été plan­tés sur un de­mi-hec­tare de terre.

RE­TOUR AUX SOURCES

Cette cul­ture de l’épice rouge signe un vé­ri­table re­tour à la terre pour Del­phine, fille, soeur et épouse d’agri­cul­teurs. Au dé­but, tout n’est pas rose. « C’est un peu l’an­goisse de quit­ter son mé­tier pour se lancer dans l’in­con­nu. On se de­mande si on va ar­ri­ver à vendre, et sur­tout à en vivre. D’au­tant que le sa­fran est une épice d’ex­cep­tion, que l’on ne s’offre qu’en pe­tite quan­ti­té », avoue-t-elle. Mais Del­phine ne manque ni d’idées ni d’en­thou­siasme ! Cul­ti­va­trice 2.0, la dy­na­mique jeune femme crée sa bou­tique en ligne et se met à la re­cherche de par­te­naires pour pou­voir dé­ployer tout le po­ten­tiel de son sa­fran de qua­li­té – ce­lui-ci est clas­sé ca­té­go­rie 1, par­mi les meilleurs du monde, par le la­bo­ra­toire in­dé­pen­dant Anas­can. Ses essais avec des res­tau­ra­teurs lo­caux sont concluants et, très ra­pi­de­ment, elle dé­niche un cho­co­la­tier belge, un pro­duc­teur de sel à Gué­rande et un api­cul­teur pro­duc­teur de miel voi­sin avec les­quels elle éla­bore une gamme de pro­duits ori­gi­naux. En plus de la vente de sa­fran en fi­la­ments, elle pro­pose donc du miel, de la mou­tarde, du vi­naigre, du cho­co­lat, des al­cools, du si­rop… Et vient de se lancer dans l’ex­port à l’in­ter­na­tio­nal.

DU NA­TU­REL AU BIO

En mai 2016, la sa­fra­nière de Del­phine, jus­qu’alors ex­ploi­tée de ma­nière na­tu­relle, passe à l’agri­cul­ture bio­lo­gique. Elle re­çoit la cer­ti­fi­ca­tion de l’or­ga­nisme de contrôle Eco­cert, pré­cieux la­bel ga­ran­tis­sant que le sa­fran a été culti­vé sans au­cun trai­te­ment. La ré­colte 2017 est donc la pre­mière à être ven­due avec la men­tion « pro­duit is­su d’une agri­cul­ture en conver­sion vers l’agri­cul­ture bio­lo­gique ». Quatre ans après s’être lan­cée, Del­phine est dé­sor­mais apai­sée : elle vit de son com­merce et a don­né nais­sance à son troi­sième en­fant. « Je suis beau­coup moins stres­sée. Entre mes champs de cro­cus et ma pe­tite fa­mille, j’ai en­fin l’im­pres­sion de pro­fi­ter de la vie ! »

le­sa­fran.fr

Dans sa bou­tique en ligne, Del­phine pro­pose à la vente du sa­fran en fi­la­ments, mais aus­si des pro­duits par­fu­més au sa­fran, comme du cho­co­lat blanc, de la mou­tarde, du miel…

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