Lu­mières

Vivre Côté Paris - - Savoir-faire -

Per­zel, voi­là la haute cou­ture du lu­mi­naire ! Une en­tre­prise ar­ti­sa­nale ap­par­te­nant à la même fa­mille de­puis sa créa­tion. Nous avons sui­vi, dans ses ate­liers, la fa­bri­ca­tion d’une lampe née à la fin des an­nées 1920. Mo­dèle in­dé­mo­dable qui conti­nue à sé­duire les ama­teurs éclai­rés.

Une rue calme, en bor­dure du parc Mont­sou­ris. Là, Jean Per­zel, créa­teur de lu­mi­naires aux lignes mo­der­nistes, se fit construire un im­meuble élé­gant par l’ar­chi­tecte Mi­chel Roux-Spitz en 1931. La so­cié­té s’y trouve tou­jours. À pré­sent, elle at­tire l’oeil par un vaste show- room où se dé­ploient, sur deux étages, deux mille pla­fon­niers, tables,

ap­pliques, lam­pa­daires, tous feux de­hors. Par­mi ces mo­dèles, sa­chez-le, il est un ob­jet phare : la lampe « 162 » . Une cé­lé­bri­té ! « La plus belle lampe du XXe siècle ! », af­firment les clients amé­ri­cains. Elle ani­mait les propres in­té­rieurs des en­sem­bliers Jacques-Émile Ruhl­mann ou Jules

Le­leu, c’est dire s’ils l’ap­pré­ciaient. Une ligne épu­rée, trois fûts de bronze chro­mé, quatre cy­lindres de verre émaillé sur­mon­tés d’une

cou­pelle de mé­tal. Cha­cune de ses pièces dé­ta­chées est fa­çon­née à la main, dans l’ate­lier, au sous-sol. « Nos ar­ti­sans sont po­ly­va­lents », pré­cise avec fier­té Oli­vier Raidt, troi­sième gé­né­ra­tion aux com­mandes. Ce sont des bron­ziers d’art, mais ils savent tout faire : abra­ser, po­lir, pa­ti­ner, sa­bler, ver­nir, tailler le verre. » Lui-même a gra­vi les éche­lons lors­qu’il a re­joint son père, le ne­veu de Jean Per­zel. « Bien que di­plô­mé en des­sin in­dus­triel, j’ai com­men­cé par ba­layer la cour ! », rap­pelle-t-il en bom­bant le torse.

Il y ap­prit la ri­gueur. « Lorsque j’étais ga­min, mon grand-oncle ne m’em­bras­sait ja­mais pour me sa­luer. Tu es un homme, di­sait-il, je te serre la main. » Une per­son­na­li­té, Per­zel, sé­duc­teur in­cor­ri­gible, l’ar­tiste en­tre­pre­neur pour­sui­vait un cre­do : « Éclai­rer sans éblouir ». Si la lampe « 162 » est bou­dée du­rant l’après-guerre, las­sée du style géo­mé­trique, elle brille à nou­veau dans les an­nées 1980 alors que l’Art dé­co connaît

un re­gain d’in­té­rêt. La fa­bri­ca­tion re­prend al­lé­gre­ment. No­tons, ce­pen­dant, une dif­fé­rence : « Sous son socle, au­tre­fois, on se conten­tait de pla­cer un mor­ceau de car­ton – pour­quoi faire beau ce qui ne se voit pas ? –, au­jourd’hui la base est en bronze. Le mo­dèle est in­tem­po­rel, s’en­thou­siasme en­core Oli­vier Raidt. Je le pose aus­si bien dans un loft des plus contem­po­rains que sur un bu­reau Em­pire, dans une ver­sion do­rée. » De fait, un dé­co­ra­teur vient de la com­man­der pour or­ner un yacht. Le client de­vra

pa­tien­ter deux mois, oui, deux mois. L’ar­ti­sa­nat sous-en­tend des dé­lais ; de plus, l’ate­lier est dé­bor­dé. Per­zel est oc­cu­pé à équi­per un pa­lais en­tier à Ba­kou. Chaque lu­mi­naire s’en­vo­lant vers l’Azer­baïd­jan part de cette rue calme du XIV ar­ron­dis­se­ment, c’est émou­vant. Jean Per­zel. 3, rue de la Ci­té-Uni­ver­si­taire, 75014. Tél. 01 45 88 77 24 et per­zel.fr

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