DÉ­TOUR­NER LA SEINE

Vivre Côté Paris - - Le Sommaire - PAR Vir­gi­nie Ber­trand P HOTOS Na­tha­lie Bae­tens LA CONCIER­GE­RIE 2, bou­le­vard du Pa­lais, 75001. Tél. 01 53 40 60 60. pa­ris-concier­ge­rie.fr

Au coeur de la Concier­ge­rie, le fleuve gui­dé par le plas­ti­cien Sté­phane Thi­det quitte son lit et de­vient ins­tal­la­tion ar­tis­tique.

LA NA­TURE COMME PUIS­SANCE, MÉ­DIUM ET VEC­TEUR DES INS­TAL­LA­TIONS DU PLAS­TI­CIEN STÉ­PHANE THI­DET. L'AR­TISTE LA MET EN SCÈNE, OU PLUS PRÉ­CI­SÉ­MENT À L'OEUVRE. AU COEUR DE LA CONCIER­GE­RIE, LE FLEUVE A QUIT­TÉ SON LIT ET SUBJUGUE, ÉTONNE. TEL UN PRE­MIER RE­GARD QUE L'ON PO­SE­RAIT SUR SA MA­JES­TÉ.

La glace, la pluie, le feu, mais aus­si les pierres, les ra­dia­tions du so­leil ou l’ani­mal… Dé­ran­ger l’ordre des choses, cha­hu­ter le réel, créer des zones d’in­quié­tude, Sté­phane Thi­det n’en est pas à son coup d’es­sai. Cet hi­ver, dans le parc de Ver­sailles, on s’in­ter­ro­geait face à un pia­no à queue et des chaises ren­ver­sées, comme pro­je­tés à l'ex­té­rieur du châ­teau et ins­tan­ta­né­ment ge­lés. Cette oeuvre, Bruit blanc, s’op­pose dans son si­lence à la meute de loups lâ­chée dans les douves du châ­teau de Nantes ou au bruit sur­di­men­sion­né de deux gongs ani­més par l’ac­ti­vi­té élec­trique du so­leil à l’ab­baye de Mau­buis­son. In­vi­té par le Centre des mo­nu­ments na­tio­naux à in­ves­tir un lieu, Sté­phane Thi­det choi­sit la Concier­ge­rie. Une marque sur une des co­lonnes in­té­rieures at­tire le re­gard, un simple trait, so­li­taire, in­dique le ni­veau de la crue de la Seine de 1910. Dans un entretien avec Del­phine Sam­soen, ad­mi­nis­tra­trice du mo­nu­ment, l'ar­tiste ex­plique son rap­port pre­mier avec le fleuve : « Je sou­hai­tais de­puis long­temps faire quelque chose avec la Seine. Quand je suis ar­ri­vé à Pa­ris, je suis très vite al­lé m’y bai­gner. J’avais une at­ti­rance pour ce flux d’éner­gie qui tra­ver­sait la ville. J’ai été alors ani­mé par l’idée qu’une par­tie de ce fleuve al­lait en­trer par la fe­nêtre d’une an­cienne pri­son, s’y pro­me­ner et en res­sor­tir ». Cet hi­ver, en pleine crue, il ima­gine dé­tour­ner le fleuve, l’in­vi­ter pour un ins­tant dans la salle des Gens d'armes de la Concier­ge­rie. Le dé­fi tech­nique le pas­sionne. Il ques­tionne cons­truc­teurs, in­gé­nieurs sur la ques­tion des forces, mais aus­si ébé­nistes, et même al­pi­nistes pour ins­tal­ler les tubes as­pi­rant la Seine. Il pré­fère un ma­té­riau brut, le bois de cof­frage non ra­bo­té. Les boucles blondes de la struc­ture dia­loguent avec les courbes des ogives. L’eau dis­tille son chant apai­sant mais à la quié­tude s’op­pose son vrom­bis­se­ment quand elle pé­nètre dans le bâ­ti­ment ou s’en échappe. « Je m’amuse à jouer avec les forces de la na­ture et elles se jouent de moi, l’eau que l’on craint et que l’on contemple, on peut sen­tir sa dou­ceur et cette éner­gie… la puis­sance d’un flux. » La clar­té de son eau offre à la Concier­ge­rie un pré­sent la­vé de toute noir­ceur. Le re­gard por­té au fleuve s’en trouve aug­men­té. « Dé­tour­ne­ment », jus­qu'au 31 août.

1, 5. La Seine dé­tour­née par l'ar­tiste Sté­phane Thi­det s'échappe de la Concier­ge­rie en une cascade vrom­bis­sante entre les tours Cé­sar et Ar­gent sur le quai de l’Hor­loge, après son en­trée non moins fra­cas­sante par une des fe­nêtres. 2, 3. Le che­min d’eau entre les co­lonnes de la salle des Gens d’armes rap­pelle les pre­mières mon­tagnes russes amé­ri­caines et les struc­tures ser­vant au trans­port des troncs d'arbres au Ca­na­da. 4 La cascade in­té­rieure ré­sonne sous les voûtes go­thiques. 3. 1. 2. 4. 5.

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