ÉPICERIE À MAN­GER

S’en­ga­ger pour une cui­sine simple et sa­vou­reuse, sous le signe du par­tage et res­pec­tueuse de la na­ture, c’est le cre­do de Pa­pa Sa­piens. Leur nou­velle adresse, en plus de l’épicerie, pro­pose de s’at­ta­bler et dé­gus­ter les créa­tions du jeune chef Clément Flu

Vivre Côté Paris - - Le Sommaire - PAR Mar­tine Duteil P HOTOS Va­lé­rie Lhomme

S’en­ga­ger pour une cui­sine simple et sa­vou­reuse, c’est le cre­do de Pa­pa Sa­piens et du jeune chef Clément Flu­mian.

Drôle d’époque, noyée dans ses contra­dic­tions. Il faut al­ler vite, man­ger vite… mais s’ins­crire dans des lo­giques du­rables, et prendre soin de soi. Pas fa­cile de faire des choix équi­li­brés. Il y a quelques an­nées, les Le­page, eux, font le choix de concré­ti­ser un rêve : réu­nir en un seul lieu le meilleur de l’artisanat de bouche. Ain­si naît Pa­pa Sa­piens, entre sa­voir et sa­pi­di­té. Après un tour de France riche de ren­contres et dé­gus­ta­tions, l’épicerie fan­tas­mée de­vient réa­li­té. Nous sommes en dé­cembre 2013, et la pre­mière bou­tique ouvre ses portes, au­tour des huiles d’olive de Cé­dric Ca­sa­no­va, des sau­cisses au cou­teau d’Em­ma­nuel Cha­vas­sieux, des cho­co­lats de Jacques Bel­lan­ger… Deux autres lieux ouvrent dans les cinq an­nées qui suivent. Une crois­sance ra­pide mais se­reine, au­tour d’une phi­lo­so­phie du par­tage. Plus qu’une épicerie, Pa­pa Sa­piens est, en ef­fet, une tri­bune des sa­voir-faire. Les pro­duits y sont tou­jours pré­sen­tés avec leur his­toire. Pas­seurs de goût, cette nou­velle gé­né­ra­tion d’épi­ciers se pré­oc­cupe de l’ave­nir des agri­cul­teurs. Com­ment s’en­ga­ger au­près d’eux, par­ta­ger les en­jeux de cette fi­lière ? En ne pre­nant pas de marge sur tel pro­duit, en fi­nan­çant tel en­tre­pôt… Alexan­dra Le­page joue un rôle es­sen­tiel dans cette chaîne so­li­daire. De la dé­cou­verte à la pres­crip­tion, elle sé­lec­tionne des pro­duits qu’elle dé­fen­dra avec pas­sion. Dans cha­cune des bou­tiques, on goûte, on ra­conte, on échange. À l’offre d’ori­gine, cette troi­sième adresse ajoute la pos­si­bi­li­té de s’at­ta­bler. Le chef Clément Flu­mian, for­mé par Bea­triz Gon­za­lez et Yan­nick Tran­chant, de Ne­va Cui­sine, tra­vaille les pro­duits du mar­ché et de l’épicerie avec une belle créa­ti­vi­té. À l’heure du dé­jeu­ner, le res­tau­rant ré­gale une clien­tèle d’af­faire dé­jà fi­dé­li­sée, tan­dis que les ha­bi­tués du soir ex­plorent plus vo­lon­tiers la carte des ta­pas.

Pour­quoi Xa­vier Niel, ac­teur ma­jeur du nu­mé­rique, a-t-il choi­si l’an­cienne Halle Freys­si­net pour y ins­tal­ler le plus grand in­cu­ba­teur de start-up au monde ? Il souffle dans ce 13e un nou­vel air. Per­cep­tible phy­si­que­ment, face à ses larges ave­nues aux lignes de fuite in­fi­nies, sur la vaste es­pla­nade de la Bi­blio­thèque na­tio­nale de France, du long des quais de la gare d’Aus­ter­litz au port de Tol­biac. Des ave­nues que l’on ar­pente et qui élar­gissent les pers­pec­tives. Ef­fer­ves­cence neu­ro­nale aus­si quand on se pique de par­ti­ci­per aux cycles de confé­rences du MK2, à fré­quen­ter les salles de lec­ture de la BnF, à fran­chir les portes de la Sta­tion F ou sim­ple­ment à pous­ser celles des ga­le­ries. Jé­rôme Cou­met, maire de l’ar­ron­dis­se­ment, ex­plique le choix du fon­da­teur de Free et ac­tion­naire du groupe Le Monde par la concen­tra­tion es­tu­dian­tine : l’ Uni­ver­si­té Pa­ris-Di­de­rot, l’école d’ar­chi­tec­ture Pa­ris-Val de Seine, l’an­tenne eu­ro­péenne de l’uni­ver­si­té de Chi­ca­go, l’Inal­co, ex-langues O… « Xa­vier Niel est aus­si ve­nu cher­cher ce fort ca­rac­tère uni­ver­si­taire, ce nou­veau quar­tier la­tin en train de se faire. » Il sou­ligne que cette friche in­dus­trielle de 130 km2, la plus vaste de Pa­ris, consti­tue une page blanche, et comme telle per­met tous les pos­sibles. « Une li­ber­té que l’on ne trouve pas ailleurs. His­to­ri­que­ment, le 13e as­su­rait le fonc­tion­ne­ment de la ca­pi­tale, ports, voies fer­rées, en­tre­pôts fri­go­ri­fiques, usines d’air com­pri­mé, grands mou­lins… au­jourd’hui il s’agit d’être le quar­tier de l’in­no­va­tion. La Ville de Pa­ris vient de nous re­con­naître comme tel. On ini­tie de nou­veaux mo­dèles de construc­tion, de vivre en­semble, d’in­tro­duc­tion de l’agri­cul­ture sur les toits, que l’on pour­ra trans­po­ser ailleurs. »

Le plus grand cam­pus nu­mé­rique au monde

La Sta­tion F a presque un an. Fon­dée par l’en­tre­pre­neur des en­tre­pre­neurs Xa­vier Niel et ma­na­gée par une tren­te­naire, Roxanne Var­za, l’ex-Halle Freys­si­net abrite un éco­sys­tème du cin­quième type, entre jeunes en­tre­pre­neurs du nu­mé­rique, so­cié­tés de ser­vices et ad­mi­nis­tra­tives pro­pices à leur crois­sance, in­cu­ba­teurs de grandes écoles et Ga­fa comme Ama­zon et Google comme ac­cé­lé­ra­teurs. 34 000 m2, 3 000 postes pour un mil­lier de start-up, des pro­grammes in­ter­na­tio­naux, un au­di­to­rium, un fab lab, des « bulles » de réu­nion, un an­ti­ca­fé et même La Poste, la BPI ou Pôle Em­ploi co­ha­bitent. Des oeuvres d’art scandent l’es­pace, Mu­ra­ka­mi par Mu­ra­ka­mi, en moine boud­dhiste au double vi­sage, im­mense amas de cou­leurs de Jeff Koons et Iron Tree Trunk d’Ai Wei­wei. Sur les ca­na­pés, lu­mière zé­ni­tale tom­bante, Har­ry et Kim, 27 et 24 ans, pré­sentent leur ap­pli­ca­tion Firs­ty, dé­jà té­lé­char­gée par 12 000 membres. Elle ré­fé­rence les bars de la ca­pi­tale sur des cri­tères de qua­li­té, d’ac­cueil et de prix et offre aux uti­li­sa­teurs le pre­mier verre, « on ne sait ja­mais où dé­gus­ter de bons pro­duits sans se rui­ner. » Plus loin, un ca­hier de co­lo­riage se trans­forme en des­sin ani­mé sur l’écran d’une ta­blette. Em­ma­nuel Ma­rin dé­montre le prin­cipe de la réa­li­té aug­men­tée et de son jeu Wa­ka­toon. « Sta­tion F m’a per­mis d’ac­cé­der sans at­tendre aux gens qui comptent, mes ca­hiers sont dé­jà en vente sur Ama­zon et je vais les dé­cli­ner pour un grand groupe de res­tau­ra­tion. »

Et le plus vaste res­tau­rant d’Eu­rope

L’im­men­si­té de l ’ es­pace agi­rait- elle sur l ’ i ma­gi­na­tion ? Cer­tai­ne­ment, peuvent ré­pondre en choeur le tan­dem à l’ita­lienne Vic­tor Lug­ger et Ti­grane Sey­doux de Big Mamma. Ils viennent d’inau­gu­rer le plus grand res­tau­rant d’Eu­rope, 4 500 m2 dont 1 000 m2 de ter­rasse, 1 400 cou­verts. Ti­grane ra­conte la ge­nèse du pro­jet. « Xa­vier Niel, dé­jà ac­tion­naire, est ve­nu dî­ner dans un de nos res­tau­rants, Ober Mamma, et nous a pro­po­sé de vi­si­ter la par­tie va­cante de la Sta­tion F. De­vant ce lieu in­croyable, de 14 mètres de hau­teur sous ver­rière, rails au sol, deux wa­gons à l’in­té­rieur, on a eu en­vie de tout prendre et d’in­ven­ter une sorte de food-mar­ket qui n’existe pas, en di­rect des pro­duc­teurs et 100 % fait mai­son. » Deux ans plus tard, avec l’aide de l’agence Jean-Mi­chel Wil­motte, au­teur dé­jà de la trans­for­ma­tion de la halle, s’ouvre un temple du plai­sir des pa­pilles et des autres sens. Tous sont sol­li­ci­tés : on mange le meilleur de l’Italie, des piz­zas bio à la na­po­li­taine, de la viande ma­tu­rée brai­sée et d’ex­quises sa­lades, ins­tal­lé sous une per­go­la, ou sur un tran­sat à l’ombre d’un arbre de 10 mètres. On danse au son de live or­ches­tré par Ra­dio No­va et le la­bel Su­per. On écar­quille les yeux face aux énormes bal­lons graf­fi­tés. On sou­rit à l’ac­cent ita­lien de tous les cui­si­niers. « 90 % du per­son­nel est ita­lien. Nous for­mons une grande fa­mille, on est pas­sé de deux à cinq cents per­sonnes en trois ans. Tous sont for­més, peuvent grimper, le plon­geur d’hier est au­jourd’hui le res­pon­sable de Fe­li­ci­tà, on a pris le contre-pied du ma­na­ge­ment exis­tant dans la res­tau­ra­tion. »

Em­blé­ma­tique, la Bi­blio­thèque na­tio­nale de France

1998-2018, la BnF a 20 ans. Elle re­flète dans ses tours, au-de­là des chan­ge­ments du ciel, le ca­rac­tère avant-gar­diste du 13e cô­té Seine. Lors de sa construc­tion, elle fut la pre­mière ma­ni­fes­ta­tion à une telle échelle de la ten­dance dite mi­ni­ma­liste de l’ar­chi­tec­ture contem­po­raine. Sa pré­si­dente Lau­rence En­gel rap­pelle que ce mo­nu­ment ré­pon­dait à l’am­bi­tion du pré­sident de la Ré­pu­blique Fran­çois Mit­ter­rand de créer une bi­blio­thèque d’un genre « en­tiè­re­ment nou­veau ». Son ar­chi­tecte Do­mi­nique Per­rault des­sine pour ce pro­jet quatre struc­tures an­gu­laires de presque 100 mètres de hau­teur, comme des livres ou­verts, abri­tant en leur sein une fo­rêt vierge de toute fré­quen­ta­tion hu­maine. Seuls éper­viers et autres es­pèces, dont quelques chèvres pour les ronces, y trouvent re­fuge. Les salles de lec­tures, dont il conçoit jus­qu’au mo­bi­lier avec Gaelle Lau­riot-Pré­vost, en­tourent ce pa­tio sau­vage de plus d’un hec­tare. La maille mé­tal­lique, in­no­va­tion tech­nique re­prise par la suite dans de nom­breux agen­ce­ments, at­té­nue les sons et filtre la lu­mière. Bois, mé­tal, bé­ton, verre forment aus­si un qua­tuor très ins­pi­rant. Un in­gé­nieux sys­tème de cir­cuit de cais­sons convoie les livres sé­lec­tion­nés par les lec­teurs par­mi les 15 mil­lions sto­ckés dans les dix-huit étages. Ce temple de la culture, pro­pice à la ré­flexion, presque au re­cueille­ment, face à ces pins des Landes et autres feuillus, s’anime aux rythmes des confé­rences, des lec­tures, des ex­po­si­tions. Chaque jour sont dé­po­sés, comme le veut la loi, tout ce qui est im­pri­mé pour dif­fu­sion, des quo­ti­diens au moindre fan­zine. Elle est une mé­moire vive, ou­verte à tous.

Terre d’ex­pé­ri­men­ta­tion des ar­chi­tectes

« L’Est est un de­ve­nir… Une aube… Une pro­messe… L’est de Pa­ris pe­tit à pe­tit se pré­cise, se fa­brique et ap­pa­raît. Il com­plète et mo­di­fie une si­tua­tion in­ache­vée. Il s’agit ici d’y construire son som­met, son point culmi­nant pour ce dé­but de siècle. D’y af­fir­mer un ca­rac­tère et une sin­gu­la­ri­té en re­la­tion avec la réa­li­té du site, avec cet ob­jec­tif : ré­vé­ler sa par­ti­cu­lière beau­té, s’ap­puyer sur elle pour in­ven­ter et ren­for­cer l’at­trac­ti­vi­té du lieu. » Jean Nou­vel pré­cède de ces mots l’in­tro­duc­tion à ses fu­tures tours Duo qui se dres­se­ront, ou plu­tôt se pen­che­ront, sur ce 13e en voie d’achè­ve­ment. Au bout de l’ave­nue de France, les deux bâ­ti­ments se dé­hanchent afin de cap­ter leur en­vi­ron­ne­ment « un jeu de reflets du pay­sage fer­ro­viaire » . Jé­rôme Cou­met, maire du 13e, rap­pelle que c’est « le quar­tier d’ex­pres­sion des ar­chi­tectes : Ru­dy Ric­ciot­ti, Jean-Mi­chel Wil­motte, Ch­ris­tian de Port­zam­parc… » Glo­ba­le­ment, la ré­flexion or­ches­trée par la Se­ma­pa est l’in­verse de celle du ba­ron Hauss­mann. Les construc­tions ne se jouxtent pas, la com­po­si­tion ur­baine est aé­rée et frac­tion­née. Elles se struc­turent par îlots, s’ouvrent sur des places, des squares, des jar­dins, dé­gagent la vue souvent jus­qu’à la Seine, fa­vo­risent les zones pié­ton­nières. Avec vue sur la bi­blio­thèque, l’im­meuble des ar­chi­tectes Jean et Aline Ha­ra­ni se couvre de plaques de cuivre sur bois. Son rez-de-chaus­sée ac­cueille­ra Tem­pu­ro nou­velle ver­sion. La chef bré­si­lienne joux­te­ra la place Jean-Mi­chel Bas­quiat bor­dée dé­jà par la « guin­guette cultu­relle nu­mé­rique » EP7, face au MK2, et bien­tôt la Fon­da­tion Agnès b. Son toit se culti­ve­ra col­lec­ti­ve­ment en po­ta­ger. Plus loin, sor­ti­ra Au­rore des ar­chi­tectes Ken­go Ku­ma, Ni­co­la et Adé­laïde Mar­chi, un en­semble hô­te­lier mixte entre hô­tel 4 étoiles et au­berge de jeu­nesse, spa de 1 000 m2, un ca­ba­ret et une pas­se­relle vé­gé­ta­li­sée de 28 mètres de hau­teur sur la­quelle on pour­ra as­sis­ter aux pro­jec­tions sur le toit de la Sta­tion F. Sans ou­blier le fu­tur siège du groupe Le Monde de l’ar­chi­tecte Snø­het­ta.

Pion­nières, les ga­le­ries d’art et de de­si­gn

Pa­ral­lè­le­ment à l’édi­fi­ca­tion de la BnF dans les an­nées 1990, des ga­le­ries d’art in­ves­tissent la rue Louise-Weiss sous l’im­pul­sion d’un de ses ha­bi­tants, le ga­le­riste Praz De­la­val­lade. Jen­ni­fer Flay, au­jourd’hui di­rec­trice de la FIAC, Em­ma­nuel Per­ro­tin… tous optent pour les larges es­paces à loyers mo­dé­rés vou­lus par la Ville de Pa­ris afin de lan­cer un 13e cultu­rel. Flo­rence Bon­ne­fous et Edouard Me­ri­no d’Air de Pa­ris

montent de Nice à la ca­pi­tale. Au­jourd’hui leur « White Cube » s’est dé­mul­ti­plié et draine à chaque ver­nis­sage col­lec­tion­neurs et ama­teurs in­ter­na­tio­naux. « Nous sommes plus cen­trés sur le mé­tier des ex­po­si­tions que de la vente, nous tra­vaillons avant tout avec les ar­tistes et nous avons une pa­lette plus grande que la moyenne. » Ils font par­tie des quelques ga­le­ries fran­çaises in­fluentes ad­mises à Art Ba­sel. Il règne tou­jours dans leur antre une am­biance convi­viale. À la cha­leur de leur pas­sion, l’art se fait ac­ces­sible, ques­tionne, pousse à la ré­flexion. Le ga­le­riste en­chante. Laurent Go­din af­fiche aus­si cette dé­con­trac­tion ar­tis­tique qui n’oc­culte en rien l’oeil dé­fri­cheur. Les deux ga­le­ries s’échappent des par­cours conve­nus Ma­rais, Saint-Ger­main… et dé­cé­lèrent le temps fré­né­tique de l’art contem­po­rain. Les ver­nis­sages se dé­roulent le di­manche au­tour d’un brunch en pré­sence des ar­tistes chez Laurent Go­din. Des es­paces qui fa­çonnent d’autres modes de créa­tion « Pour in­no­ver, on a be­soin d’es­pace. » Li­tho­graphe de père en fils, Franck Bor­das est de la troi­sième gé­né­ra­tion. Fin des an­nées 1990, il quitte son ate­lier de la rue Se­daine pour le 13e et un lo­cal haut de pla­fond, aux larges murs qui semblent ap­pe­ler les grands for­mats. Li­mi­té par les di­men­sions des pierres à gra­ver et des an­ces­trales ma­chines, il est un des pre­miers à oser les ou­tils du nu­mé­rique. « Le lieu m’a per­mis de chan­ger d’échelle. Nous re­ce­vons des peintres, des pho­to­graphes et nous fai­sons du cou­su main sans li­mites. Les au­teurs réa­lisent des pièces im­pri­mées uniques. » L’ar­tiste Philippe Bau­de­locque a été in­vi­té en ré­si­dence à tes­ter toutes les ma­chines. « Mon tra­vail mixe l’in­fi­ni­ment grand et l’in­fi­ni­ment pe­tit. Avec Franck, j’ai in­ven­té une trans­crip­tion, un autre ori­gi­nal à un for­mat que je n’au­rais pu des­si­ner. Je viens col­ler des des­sins sur la ver­sion im­pri­mée. Bos­ser avec d’autres tech­niques vous ouvre d’autres ho­ri­zons. » Franck Bor­das ren­ché­rit : « On a la chance d’être à une époque ré­vo­lu­tion­naire, celle d’un pas­sage à l’autre. Le mul­tiple casse le fé­ti­chisme du col­lec­tion­neur, l’art cir­cule. » Même ou­ver­ture des pos­sibles pour Mare-Lyn Sa­lan­çon, fon­da­trice, en fa­mille, avec ma­ri et fils, de MY De­si­gn. Elle choi­sit le 13e il y a quinze ans et agence son sho­wroom-ma­ga­sin comme un ap­par­te­ment, « Il y a l’ou­ver­ture sur le ciel, c’est le quar­tier in­trin­sè­que­ment le plus de­si­gn de Pa­ris ». Elle ins­truit de­puis un dia­logue entre art et de­si­gn, dans un es­prit ga­le­rie qui mé­lange oeuvres d’ar­tistes contem­po­rains, meubles vin­tage (Charles Eames, Oli­vier Mourgue…) pro­to­types et pièces uniques, rares ou nu­mé­ro­tées (Sal­va­dor Dalí…). Op­por­tu­ni­té créa­tive – et hu­maine – aus­si pour la chef bré­si­lienne Ales­san­dra Mon­tagne qui peut

ima­gi­ner son Tem­pe­ro, mi­nus­cule re­père gas­tro­no­mique, en grand. Elle concré­ti­se­ra sa vo­lon­té de ré­ser­ver des jours au don, dans l’es­prit de son men­tor Mas­si­mo Bot­tu­ra et ses ref­fe­to­rio. « Au­jourd’hui on ne peut plus fer­mer les yeux, la gas­tro­no­mie aus­si se par­tage. » Son fu­tur voi­sin, non loin de la Sta­tion F, Yu­man, ré­éduque les goûts en mode bio, et agite les consciences pour un en­ga­ge­ment en­vi­ron­ne­men­tal. Gilles Tes­sier, son ins­ti­ga­teur, col­la­bore avec la Chambre du com­merce et de l’in­dus­trie et l’Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie pour agir sur les flux : eau, élec­tri­ci­té, dé­chets. « Si on ne change pas notre consom­ma­tion, on ne chan­ge­ra pas notre désordre éco­lo­gique et il y a ur­gence. » De la fu­ture école de mode à échelle in­ter­na­tio­nale L’Ins­ti­tut fran­çais de la mode s’en­vi­sage aus­si en plus grand et sur un nou­veau mo­dèle, dif­fé­rent des écoles d’art re­con­nues comme Cen­tral Saint Mar­tins à Londres, La Cambre à Bruxelles ou la Royal Aca­de­my à An­vers. Syl­vie Ebel, sa di­rec­trice, pointe les in­no­va­tions nées de l’union avec l’École de la chambre syn­di­cale de la cou­ture. « Ces deux écoles sont très pro­fes­sion­nelles, elles ont été fon­dées par des gens de la pro­fes­sion. Nous réuni­rons sur le même cam­pus des gens qui créent, qui font, qui vendent. L’ob­jec­tif est le pre­mier rang mon­dial. » La Ci­té de la mode et du de­si­gn, hé­ber­geur de l’IFM, si­gnée par les ar­chi­tectes suisses Ja­kob+MacFar­lane, par­ti­cipe aus­si à la re­con­nais­sance in­ter­na­tio­nale de l’éta­blis­se­ment : « Une école est un lieu. » À contre-cou­rant la li­ber­té de la fête Les courbes de Si­mone-de-Beau­voir in­vitent à la tra­ver­sée. La pas­se­relle en­jambe la Seine. L’éner­gie coule à flots. De barges en pé­niches, on gri­gnote, on danse, on pa­pote. On dort même sur l’eau au OFF hô­tel. Les pro­gram­ma­tions peuvent être poin­tues comme Au Pe­tit Bain, avec plus de 240 concerts dont un tiers en pro­duc­tion propre « nous al­lons cher­cher des es­thé­tiques ori­gi­nales, pop, rock et nou­velles ten­dances. Nous sommes en veille per­pé­tuelle. Les pre­miers concerts pa­ri­siens de Grand Blanc, de Lo­me­pal… et aus­si des légendes du punk comme The Dam­ned… » Conçu par le ca­bi­net d’ar­chi­tectes En­core heu­reux, cet ob­jet flot­tant iden­ti­fié par sa cou­leur jaune tilleul, conjugue les dif­fé­rentes gé­né­ra­tions, com­mu­nau­tés. Par­mi les autres em­bar­ca­tions qui piquent la cu­rio­si­té, la barge du CROUS pour une bron­zette sur le pont al­lon­gé dans les tran­sats ou la pé­niche Les Jar­dins sus­pen­dus avec la ten­ta­tion d’une trem­pette cock­tail à la main. Mieux qu’une pro­me­nade à l’Est, le 13e vous met la tête à l’ouest, face au cou­cher du so­leil. Alors, on danse ?

Soupe gla­cée de concombre et cour­gettes

CI- DES­SUS Vue sur l’en­trée prin­ci­pale de la Sta­tion F avec son An­ti­ca­fé, ou­vert à tous. PAGE DE DROITE An­cienne halle fer­ro­viaire, les 34 000 m2 de la Sta­tion F sont dé­diés aux en­tre­pre­neurs du nu­mé­rique, qu’ils soient por­teurs de pro­jet et in­dé­pen­dants, tout juste sor­tis de l’école, ac­teurs ma­jeurs comme les Ga­fa ou gé­né­ra­teurs de ser­vices as­so­ciés. Elle consti­tue le plus grand in­cu­ba­teur au monde de start-up, pla­çant la France aux pre­miers rangs de la nou­velle éco­no­mie nu­mé­rique. Ses jeunes pousses ont le­vé 250 mil­lions d’eu­ros la pre­mière an­née. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, la ruche 3.0 in­vente de­main.

CI- DES­SUS Fe­li­ci­tà, le nou­veau res­tau­rant Big Mamma, se met à la dé­me­sure de Sta­tion F. Même ini­tiale, même es­prit d’in­no­va­tion, pour un « food mar­ket » de 4 500 m2 dont une ter­rasse de 1 000 m2. L’im­men­si­té du lieu, 13 mètres de hau­teur sous ver­rière, rails au sol et deux wa­gons en­core pré­sents, offre une dé­am­bu­la­tion gus­ta­tive et fes­tive au­tour de mille et une pro­po­si­tions ita­liennes faites mai­son, à par­tir de pro­duits d’ex­cel­lence de cent quatre-vingts pe­tits pro­duc­teurs. Le soir on mange et on danse. PAGE DE DROITE Am­biance bo­hème, meubles chi­nés et bal­lons peints par des street ar­tistes. En mez­za­nine, une bi­blio­thèque. À cha­cun son coin de pré­di­lec­tion.

CI- CONTRE ET CI- DES­SUS L’hô­tel flot­tant 4 étoiles, OFF, unique à Pa­ris, est amar­ré à deux pas de la Ci­té de la mode et du de­si­gn. De 75 mètres de long, le bâ­ti­ment en bois, cuivre, zinc et verre de l’ar­chi­tecte Gé­rard Ron­zat­ti abrite une pro­me­nade in­té­rieure sous ver­rière avec cou­loir de nage à dé­bor­de­ment. Les docks pa­ri­siens se ré­vèlent des hu­blots des 54 chambres, dé­co­rées par Mau­ri­zio Ga­lante et Tal Lanc­man. À quai, la ter­rasse de 400 m2 et les tran­sats de l’an­nexe La Mer à boire, pour des ta­pas bre­tonnes avec les pro­duits de la mai­son Groix et Na­ture et des huîtres sau­vages « L’Is­trenn » de l’os­tréi­cul­teur Er­wan Frick.

1. À GAUCHE À la place de la Tour 13, haut lieu du street art jus­qu’en 2014, un im­meuble iri­des­cent af­fiche sui­vant le temps des reflets chan­geants. 2. OEuvre des ar­chi­tectes Büh­ler, père et fille, les bal­cons et ter­rasses se pa­rent de verre di­chroïque, ma­tière coû­teuse peu uti­li­sée. Deux créa­tions d’étu­diants de l’IFM, robe et che­mise sur pan­ta­lon d’Alix Hig­gins (© IFM de­si­gner 2017, pro­to­type réa­li­sé par So­co­vet Sis­tem et GLM Fa­shion, grain de cou­leur 3. 4. et in­ter­li­ning Freu­den­berg.) Hans de Foer, di­rec­teur du pro­gramme Post­gra­duate de créa­tion de l’IFM. La Barge de la salle de concert Le Pe­tit 5. Bain, roof­top et grande ter­rasse sur le quai. L’in­té­rieur de la pé­niche bar-res­tau­rant Le Jar­din sau­vage, au pied de la Ci­té de la mode et du de­si­gn.

1. À DROITE La Ga­le­rie Air de Pa­ris, une des pre­mières ins­tal­lées dans la rue Louise-Weiss, vue de l’ex­po­si­tion « 1998 », ré­ac­ti­vée en 2018. De gauche à droite : In­grid Luche Sans titre (Charles Bron­son & Karl La­ger­feld), 1998, Bru­no Ser­ra­longue KRS One on Stage (Wa­shing­ton DC), 1998, et Fran­çois Cur­let 2. 3, 5. Clo­ck­work, 1998. Les Fri­gos, an­ciens en­tre­pôts fri­go­ri­fiques trans­for­més en ate­liers d’ar­tistes. L’ate­lier-stu­dio de Franck Bor­das, im­pri­meur et édi­teur d’art, pas sé de la pierre au nu­mé­rique et tou­jours en col­la­bo­ra­tion avec les plus grands ar­tistes, de Du­buf­fet hier à Mar­tin Parr, Georges Rousse, Pierre 4. Bu­ra­glio, Na­li­ni Ma­la­ni, Tim Ma­guire, Jean- Charles Blais, Eduar­do Ar­royo… L’ar­tiste Philippe Bau­de­locque dans l’ate­lier de Franck Bor­das.

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