CHOI­SIR LA TERRE

Ca­ro­line Pe­tit a su s’af­fran­chir des règles de la cé­ra­mique en in­ven­tant sa propre tech­nique. Sem­blable dé­marche li­bé­ra­trice, hors cadre et hors ten­dance, pour son nou­vel ap­par­te­ment pa­ri­sien, dont elle mo­dèle le ca­rac­tère clas­sique avec une au­dace créa­ti

Vivre Côté Paris - - Le Sommaire - PAR Vir­gi­nie Ber­trand P HOTOS Na­tha­lie Bae­tens

La cé­ra­miste Ca­ro­line Pe­tit choi­sit de mo­de­ler le ca­rac­tère clas­sique de son ap­par­te­ment pa­ri­sien d’une au­dace créa­tive et poé­tique.

Une porte d’en­trée qui en dit dé­jà long, dans le sens de la hau­teur ! 7 mètres sous pla­fond, il fal­lait ce vo­lume, cette am­pleur, cette res­pi­ra­tion pour ce couple ha­bi­tué aux grands es­paces amé­ri­cains. Dès l’âge de 21 ans, Ca­ro­line Pe­tit s’en­vole pour New York où elle com­mence à tra­vailler au plan­ning stra­té­gique d’une im­por­tante agence de pu­bli­ci­té, TBWA, avant de ren­con­trer Jo­nas Ma­son, man­ne­quin et pho­to­graphe. En­semble, ils par­courent une par­tie des États-Unis, du Ver­mont aux som­mets du Co­lo­ra­do en pas­sant par les grandes fermes du Mid­west, et com­mencent à chi­ner de vieux jouets, des livres aux cou­ver­tures pas­sées, des fau­teuils à bas­cule. Ils en viennent à dé­mon­ter les vieilles granges pour ré­cu­pé­rer les planches, à amon­ce­ler les règles de bois, à cu­mu­ler les ti­roirs dé­pa­reillés. De ces mor­ceaux d’his­toires de l’Amé­rique des pay­sans et des ar­ti­sans, ils in­ventent des tables, des com­modes, des éta­gères qu’ils vendent ex­clu­si­ve­ment en France. « C’était très phy­sique. Puis on s’est las­sé de l’in­dus­triel, on en voyait par­tout. Nous avons par­ti­ci­pé au sa­lon Mai­son & Ob­jet avec quelques as­siettes en cé­ra­mique réa­li­sées pen­dant l’été dans notre ate­lier du New Jer­sey. On pen­sait en vendre 300 et 3 000 ont été com­man­dées par le Bon Mar­ché, le BHV et des bou­tiques à Londres, en Italie, par­tout. Nous ne sommes plus ja­mais re­par­tis à New York. » Moult ob­jets hé­té- ro­clites ra­content leurs échap­pées sur les éta­gères blanches de leur nou­velle de­meure. Les vo­lumes illus­trés, les ca­mions de pompier, les écri­teaux écaillés té­moignent des tra­ver­sées outre-At­lan­tique. Mais le blanc des murs ou des meubles que Ca­ro­line sou­haite la­qué pour ces der­niers, pré­do­mine et ouvre une nou­velle page sur d’autres aven­tures créa­tives. L’heure est à la cé­ra­mique, qu’elle aborde dif­fé­rem­ment, en au­to­di­dacte, s’af­fran­chis­sant des conven­tions. Ses as­siettes, ca­rafes et bols ont l’épais­seur d’une co­quille d’oeuf, la dou­ceur et la teinte, sans la fra­gi­li­té. « Quand on me di­sait que c’était im­pos­sible à réa­li­ser, j’ai fon­cé, tes­té, mis ma mé­thode au point. » Elle se re­mé­more la phrase dite par son père : « Quand tu l’as dé­ci­dé, tu peux dé­pla­cer les mon­tagnes. » Elle ose cas­ser les règles à l’image de cet ap­par­te­ment où la cui­sine mute dans l’en­trée, les mou­lures se sou­lignent de guir­landes lu­mi­neuses, les bou­quets gagnent en beau­té, fa­née. L’en­semble ex­prime une li­ber­té sty­lis­tique hors mode, ten­dance et dik­tat : un ca­na­pé qui se froisse, des tables basses qui s’as­semblent, un ta­pis qui joue le rose… Ni icônes du de­si­gn ni pièces em­blé­ma­tiques, du Ikea, un vieux fau­teuil club, des tables hautes sur me­sure épou­sant les murs, sur rou­lettes pour s’en dé­col­ler et ac­cueillir une dou­zaine d’amis, agencent cet es­pace que l’on pour­rait qua­li­fier de bien­fai­sant. Une convi­via­li­té somme toute très contem­po­raine.

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