L’ART DU BAM­BOU

Vivre Côté Paris - - LE SOMMAIRE - PAR Vir­gi­nie Ber­trand

Le mu­sée du quai Bran­ly inau­gure une ex­po­si­tion in­édite sur l’art de la van­ne­rie ja­po­naise.

LE MU­SÉE DU QUAI BRAN­LY-JACQUES CHI­RAC INAU­GURE UNE EX­PO­SI­TION IN­ÉDITE SUR L’ART DE LA VAN­NE­RIE JA­PO­NAISE, DU PA­NIER USUEL DES­TI­NÉ AUX AR­RAN­GE­MENTS FLO­RAUX LORS DE LA CÉ­RÉ­MO­NIE DU THÉ SOUS L’ÈRE MEI­JI À LA SCULP­TURE CONTEM­PO­RAINE. DÉCRYPTAGE AVEC STÉPHANE MAR­TIN, PRÉ­SIDENT DU MU­SÉE ET COM­MIS­SAIRE DE L’EX­PO­SI­TION.

“Fendre l’air”… Quel est le sens du titre don­né à cette ex­po­si­tion in­édite à Pa­ris ? Ce titre évoque pour moi des images liées à la cam­pagne, à la clar­té du ma­tin, au bon­heur. Les pa­niers que nous pré­sen­tons sont des ob­jets faits de peu de ma­tière et de beau­coup d’air. Très lé­gers, ils pèsent par­fois moins de 50 grammes. En quoi cette ex­po­si­tion ins­crite dans l’An­née du ja­po­nisme est-elle ori­gi­nale ? Le ja­po­nisme ap­pa­raît dans le der­nier quart du XIXe siècle avec un en­goue­ment pour les arts ja­po­nais. Les ama­teurs col­lec­tion­naient les por­ce­laines, les sabres… Les pa­niers sont pas­sés au tra­vers. L’ex­po­si­tion re­late ce mou­ve­ment ori­gi­nal, et le ca­ta­logue est le pre­mier ou­vrage en fran­çais trai­tant de cet art. Cer­tains des 144 pa­niers d’ar­tistes ex­po­sés pro­viennent en outre de col­lec­tions pri­vées. Comment le pa­nier est-il pas­sé de l’ar­ti­sa­nat d’art à la sculp­ture contem­po­raine ? Au XIXe siècle, l’aris­to­cra­tie ja­po­naise, qui pra­ti­quait la cé­ré­mo­nie du thé, in­ci­ta les van­niers à conce­voir des pa­niers pour les or­ne­ments flo­raux. Quelques grands col­lec­tion­neurs sol­li­ci­tèrent des ar­tistes. Les Amé­ri­cains, ren­trés aux États-Unis après la Se­conde Guerre mon­diale, per­pé­tuèrent les com­mandes au­près d’ar­ti­sans, dont Ii­zu­ka Rô­kan­sai, pion­nier de l’art mo­derne du bam­bou. Li­bé­rés de la contrainte d’usage, ceux-ci tres­sèrent de vé­ri­tables sculp­tures. Pour l’ex­po­si­tion, six com­mandes ont été pas­sées à des ar­tistes. Cer­taines ont de­man­dé une an­née de tra­vail. Seul l’un des ar­tistes, Ta­na­bé Chi­kuun­sai IV, des­cen­dant d’une grande li­gnée de van­niers, pos­sède un ate­lier. Le tra­vail du bam­bou reste un art humble.

1. Rit­su­do (Rythme), oki­mo­no (sculp­ture) en bam­bou de Su­giu­ra No­riyo­shi. 2. Vi­gor (Vi­gueur), oki­mo­no (sculp­ture) en bam­bou du même Su­giu­ra No­riyo­shi. Né en 1964, cet ar­tiste dé­cide en 1997 de se for­mer aux arts du bam­bou et s’ins­talle à Bep­pu où il y étu­die pen­dant deux ans avant d’ou­vrir son stu­dio. Lors du fes­ti­val na­tio­nal des sports d’Oi­ta, en 2006, l’une de ses van­ne­ries, nom­mée Su­go­mo­ri, avait été pré­sen­tée à l’em­pe­reur du Japon. Expo à vi­si­ter jus­qu’au 7 avril.

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