218 L’arme à l’oeil

VOGUE Hommes International - - SOMMAIRE - Par jER­Ry S tAffORd

Por­trait de Da­vid Gul­den, pho­to­graphe épris de na­ture, digne hé­ri­tier de Pe­ter Beard.

—À Nai­ro­bi, le quar­tier de Ka­ren doit son nom à l’écri­vain Ka­ren Blixen, dont la cé­lèbre « Ferme afri­caine » se dres­sait sur cette même terre fer­tile, au bout d’une piste luxu­riante en­tou­rée de buis­sons fleu­ris où ré­son­naient chants d’oi­seaux et cri– cri d’in­sectes. Au coeur de ce quar­tier, un ga­rage aménagé en stu­dio offre une oa­sis de calme et de con­cen­tra­tion au pho­to­graphe amé­ri­cain Da­vid Gul­den, dont les ma­gni­fiques études en noir et blanc de la faune ke­nyane sont pa­rues l’an­née der­nière dans le livre The Centre Can­not Hold.

Né à New York, Da­vid Gul­den est al­lé pour la pre­mière fois au Ke­nya avec son père. Il avait quinze ans. Si, pour ce pre­mier voyage, il n’avait pas em­por­té d’ap­pa­reil pho­to, cette ex­pé­rience n’en a pas moins chan­gé à ja­mais le cours de sa vie. En­ve­lop­pé d’un « ki­koi » swa­hi­li tra­di­tion­nel, che­veux bruns en ba­taille et peau tan­née, il a les yeux qui pé­tillent dans le de­mi–jour de son stu­dio lors­qu’il se sou­vient : « Le mo­ment le plus puis­sant du voyage, ça a été quand, en me le­vant après un dî­ner sous une tente de sa­fa­ri, j’ai fait quelques pas vers l’orée d’une clai­rière et que j’ai vu une troupe de lions se ba­la­der tran­quille­ment sous le rayon de ma torche élec­trique. Ça a été l’ex­pé­rience la plus in­croyable de toute ma vie. » Le père de Da­vid Gul­den était ami avec le pho­to­graphe star, ar­tiste et aven­tu­rier Pe­ter Beard, dont un des fa­meux col­lages pho­to­gra­phiques bar­bouillés de sang trône d’ailleurs au mur du stu­dio. Il avait pré­sen­té son fils à Pe­ter Beard juste avant un deuxième voyage au Ke­nya trois ans plus tard. « En plein hiver, nous étions al­lés à Mon­tauk, à la pointe est de Long Is­land, pour dé­jeu­ner avec un homme qui s’est ré­vé­lé être l’in­di­vi­du le plus in­té­res­sant que j’aie ja­mais ren­con­tré. » Da­vid Gul­den s’est alors ren­du au Ke­nya où il a ha­bi­té chez Pe­ter Beard, un cam­pe­ment de tentes bap­ti­sé Hog Ranch juste à cô­té de la ferme de Ka­ren Blixen, et non loin de son stu­dio ac­tuel à Ka­ren. Il a dé­bar­qué là « à l’im­pro­viste » et s’est « in­crus­té huit ans ». « J’étais un in­vi­té épou­van­table! C’était un lieu, rus­tique, dé­ca­dent, très li­bé­ra­teur. Des gi­rafes ve­naient tous les soirs au cou­cher de so­leil et on les nour­ris­sait à la main. »

Sa pas­sion pour la pho­to­gra­phie s’est dé­ve­lop­pée peu à peu, et il ne s’y est mis sé­rieu­se­ment qu’après plu­sieurs autres sé­jours en Afrique. « Ça a com­men­cé par des pho­tos ama­teurs, et tout dou­ce­ment, c’est de­ve­nu plus sé­rieux. Il m’a fal­lu beau­coup de temps pour ap­prendre à connaître les ani­maux, ap­prendre à les ap­pro­cher, et en­suite ap­prendre com­ment les prendre en pho­to. »

Pho­to­graphe dA­vId gul­dEn

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