UN HOMME, UN STYLE

Pos­ter boy du jeune poète mo­derne, il s’ex­prime par la mu­sique, mais conjugue ses amours au plu­riel, de la mode, à la pho­to ou la dé­co in­té­rieure. Après deux ans de car­rière, cet ar­tiste po­ly­pho­nique à la gueule de jeune pre­mier a dé­jà mis à genoux cri­tiq

VOGUE Hommes International - - SOMMAIRE - Par CA­ROLE SA­BAS Pho­to­graphe MAT­THEW KRIS­TALL

Dans le dres­sing de Black At­lass, la ré­vé­la­tion ro­man­tique de l’an­née.

—Alex Fle­ming, 20 ans, Ca­na­dien de l’On­ta­rio, est un autre de ces pe­tits sur­doués de la scène élec­tro–RnB ro­man­tique inau­gu­rée par les Frank Ocean et autres Weeknd. Ar­tiste mul­ti­pistes et croo­ner té­né­breux, il se spé­cia­lise dans les chocs mé­lo­diques entre per­cus hip– hop, loops hyp­no­tiques et pa­roles ins­pi­rées par ses amours de ba­che­lier. Nour­ri par son père à la mu­sique ex­pé­ri­men­tale vin­tage ou contem­po­raine ( Lou Reed, Prince, Ra­dio­head … ), il ex­trait sa ma­tière pre­mière de ses propres ins­tru­ments ( pia­no, gui­tare, per­cus­sions ), avant de la plon­ger dans une né­bu­leuse oni­rique de filtres et samples. Son pre­mier al­bum au­to­pro­duit, Black At­lass a été sui­vi en fé­vrier de Young Bloods, sor­ti sur Fool’s Gold, le la­bel culte de Brook­lyn. Les lea­ders du mens­wear de luxe se sont éna­mou­rés illi­co de son vi­sage d’an­ge­lot de l’ère Jus­tin Bie­ber. Son nou­vel ami Kris van Assche, de­si­gner de Dior Homme, l’a as­sis au pre­mier rang de son show prin­temps– été 2014. Le titre “Pa­ris” a ser­vi de fond so­nore à une vi­déo de Louis Vuit­ton, puis au par­fum L’Homme d’Yves Saint Laurent. Sa ré­pu­ta­tion de phé­no­mène

La mode, phé­no­mène cen­tral : « Il est FRONT ROW évident que c’est une ex­pres­sion de soi pour tout ar­tiste d’au­jourd’hui. J’ai eu la chance d’être ini­tié très tôt par mon ar­rière–grand–tante, qui était ache­teuse au grand ma­ga­sin ca­na­dien Ogil­vy’s. Elle est morte à 98 ans, elle a eu le temps de m’in­cul­quer la no­tion de qua­li­té, de luxe, les belles ma­tières. J’ai ap­pris à re­gar­der les marques avec son sens du style. Elle a sû­re­ment in­fluen­cé aus­si ma soeur Me­gan, 15 ans, 1,82 m, qui se lance dans le man­ne­qui­nat avec une agence de To­ron­to. » Com­ment se tient–il au cou­rant des ten­dances ? « J’adore faire du shop­ping — au Do­ver Street Mar­ket de New York pas plus tard qu’hier. Je re­garde Vogue Hommes, Fan­tas­tic Man ou Port. Et puis, j’ai main­te­nant la chance d’as­sis­ter aux dé­fi­lés. Être as­sis en face de Karl La­ger­feld au show Dior Homme res­te­ra un grand sou­ve­nir. »

Ses plus grandes in­fluences ICÔNES sont Ka­nye West, pour son cô­té plu­ri­ar­tis­tique et son sens du style, et Wood­kid, pour sa po­ly­va­lence et son im­pli­ca­tion dans le mi­lieu de la mode à Pa­ris. Idem pour Phar­rell Williams. Il admire aus­si, cô­té femmes, La­na Del Rey et Ri­han­na, « tou­jours au top dans ce jeu de mixage de la mu­sique et du style per­son­nel ». Pour leur élé­gance in­tem­po­relle, il cite aus­si Ryan Gos­ling, John­ny Depp. Et Mar­lon Bran­do ( « J’ai en­vie de dire bien sûr » ). a pris une nouvelle am­pleur après une ré­cente tour­née avec Wood­kid. Cet au­tomne, il pré­voit de re­tour­ner sillon­ner les scènes d’Eu­rope, en so­lo pour la pre­mière fois. En chair et en os, Alex est un gar­çon dé­ta­ché, qui mâche du che­wing– gum et éco­no­mise ses mots. Il semble néan­moins ra­vi de par­ler de style.

Ses ba­siques au quo­ti­dien. Il les aime avec JEANS des trous et des la­vages « sym­pas », tou­jours dans les tons bleus plu­tôt blan­chis ( « Ja­mais dark, ou alors car­ré­ment noirs » ). Il les pioche chez Le­vi’s, APC, H& M ou au ma­ga­sin vin­tage du coin. « Le plus im­por­tant, c’est qu’ils soient fit­tés, confor­tables, et qu’ils aient l’air très très usés. » Il les re­hausse sou­vent de che­mises, choi­sies sans trop se grat­ter la tête, à car­reaux bû­che­ron, en de­nim ou blanches, chez H& M, Uni­q­lo ou Va­lue Vil­lage, l’Ar­mée du Sa­lut amé­ri­caine.

Longs, blancs, mais tou­jours cor­sés T– SHIRTS d’un dé­tail in­té­res­sant, une poche sur la poi­trine, de jo­lies manches, un our­let cou­pé à cru. Si­non, « c’est moi qui leur en­lève les cou­tures de l’our­let, ou qui leur fais une en­co­lure plus pro­fonde avec des ci­seaux. J’aime bien leur ajou­ter un petit trou par–ci par–là, ou rou­lot­ter les manches. » Une marque fé­tiche ? « Euh … Ame­ri­can Ap­pa­rel ? »

Pri­mor­dial, il trouve que ça fait VESTES toute la classe d’une sil­houette. Les ac­teurs sont plus forts que les mu­si­ciens dans ce do­maine — « Re­gar­dez John­ny Depp, il est le roi de la veste par­faite. » Il aime les bom­bers, ceux de Dior Homme sur­tout, « ma­gni­fiques, comme toutes leurs pièces en cuir ». Il est at­ten­tif à la tex­ture, la qua­li­té de la ma­tière, la cou­leur et la qua­li­té de l’usure du jean pour ses vestes vin­tage. L’hiver, il opte pour des vestes longues « clas­siques ». Jus­qu’à pré­sent, il les ache­tait au ha­sard de ses shoppings mais, pour cet hiver, il vou­drait in­ves­tir dans une pièce pre­mium. Pro­ba­ble­ment Lon­don Fog ou Bur­ber­ry.

Sa tri­lo­gie de snea­kers : Vans, Converse, AUX PIEDS Com­mon Pro­jects. L’été : des es­pa­drilles ba­siques écrues. Les grands soirs : du Dior Homme.

En gar­çon conscien­cieux, il prend CÔ­TÉ SOINS soin de sa peau avec la crème hy­dra­tante de drug­store, Va­se­line Men « au beurre de co­co qui sent super bon ». À terme, il a l’in­ten­tion d’al­ler re­gar­der du cô­té des marques haut de gamme pour trou­ver un équi­valent plus qua­li, peut–être chez Kiehl’s ou Ae­sop dont il ap­pré­cie l’ap­proche « tout na­tu­rel ».

De­puis l’ado­les­cence, il go­mine ses CHE­VEUX mèches au gel Dove Men, un geste si na­tu­rel qu’il ré­pond par un re­gard in­ter­lo­qué quand on lui de­mande d’où sort ce look ré­tro. Ce ma­tin, il ar­bore une nouvelle coupe, ra­sée sur les cô­tés, l’oeuvre de son ami Ja­son Kre­j­berg du Hel­met Salon à Mon­tréal ( 163 Mont Royal, sa­lon­hel­met.ca ) .

« Le plus im­por­tant, pour un jean, c’est qu’il soit fit­té et ait l’air très très usé. »

Il de­mande po­li­ment à ce qu’on cite un autre de ses coif­feurs pré­fé­rés : Dan, du salon Blue Dog Bar­ber Shop ( 3858 Bou­le­vard Saint–Laurent,

bd bar­ber­shop. re­sur­va.com ) . Ses yeux s’éclairent, et il se

PAR­FUMS met à ré­ci­ter les fla­cons sur sa ta­blette de salle de bains : Ama­zin­green de Comme des Gar­çons, 1 Mil­lion de Pa­co Ra­banne, To­bac­co Va­nille de Tom Ford … « Si j’ai quelques heures de shop­ping de­vant moi à New York, je fonce chez Comme des Gar­çons pour cher­cher une nouvelle eau de toi­lette. »

Pas de montres, ni d’or, son

BI­JOUX truc c’est l’ar­gent. Il consi­dère ses rares bi­joux comme des gri­gris à por­ter au quo­ti­dien : deux bagues ache­tées chez Ibi­ki et Sa­voie Fils, un bra­ce­let re­çu en ca­deau et un autre en cris­taux de Swa­rovs­ki. Il porte aus­si un mé­daillon au bout d’une chaîne. « Je suis très poin­tilleux sur l’épais­seur de la chaîne que je re­cherche. J’en vou­drais une comme Ryan Gos­ling. Il est très fort en chaînes, Ryan Gos­ling. » Ses amis lui ont dit qu’un mi­ni–dia­mant à l’oreille lui irait bien, alors il y songe.

Il a dé­mé­na­gé de Lon­don,

MON­TRÉAL la ville où il a gran­di dans l’On­ta­rio, il y a un an et s’est ba­sé dans le quar­tier bran­ché du Plateau, pas loin de down­town, le coin des étu­diants, « très vi­vant, tout le monde s’in­té­resse aux bou­tique, à Los An­geles, ça me don­ne­ra une oc­ca­sion de tra­ver­ser les États–Unis pour la ra­me­ner à Mon­tréal. » Il est aus­si at­ti­ré par les voi­tures ré­tro amé­ri­caines ty­piques ( « Ame­ri­can Muscle Cars » ). Sur Ins­ta­gram, il dé­di­cace les pho­tos qu’il en fait « au sep­tua­gé­naire qui dort en moi ».

Il est ac­cro à son Ins­ta­gram

HEURES PER­DUES ( @ Bla­ckAt­lass ) qui lui per­met de mon­trer à son fan–club l’éten­due de ses autres champs d’ac­ti­vi­té, no­tam­ment la pho­to. Il a deux ap­pa­reils : un Ya­shi­ca MG–2, et un re­flex Olym­pus pour films tra­di­tion­nels. S’il prend toutes ses notes sur son té­lé­phone, il jette ses pen­sées et ré­dige les pa­roles de ses chan­sons sur ses car­nets de la marque de luxe ita­lienne Oga­mi, en pa­pier ul­tra– blanc wa­ter­proof fabriqué à par­tir de mi­né­raux

( oga­mi­col­lec­tion.com ) . Il as­sume par­fai­te­ment ses soi­rées té­lé spé­ciales « co­mé­dies ro­man­tiques », ci­tant Cra­zy, Stu­pid, Love ou

Échange stan­dard. Il a dé­jà sug­gé­ré qu’il ser­vi­rait vo­lon­tiers d’am­bas­sa­deur– man­ne­quin pour une marque de luxe, mais en­vi­sa­ge­rait–il aus­si une car­rière pa­ral­lèle d’ac­teur ? « Très sû­re­ment une voie à ex­plo­rer, oui. »

VH pro­jets ar­tis­tiques de l’autre, c’est ins­pi­rant ». Un de ses grands plai­sirs, ce sont les ba­lades sur les col­lines, les échap­pées du week– end dans les ranchs des en­vi­rons. On lui de­mande un best– of de ses adresses. Il cite son res­tau­rant pré­fé­ré : l’ita­lien de luxe No­ra Grey

( 1391 rue Saint–Jacques ) . Et ses bou­tiques de mode : Ssense, pour les marques de luxe type Gi­ven­chy, Alexan­der Wang, Rick Owens ( 90 rue Saint–Paul

Ouest, ssense.com ) . Ibi­ki, plus ed­gy, pour Comme des Gar­çons, Com­mon Pro­jects et « du bon ca­sual

wear » ( 4357 Bou­le­vard Saint–Laurent, ibi­ki.com ) . Sa­voie Fils ( 251 rue Saint–Via­teur, sa­voie­fils.com ) « pour des ac­ces­soires in­té­res­sants, et de l’out­door clas­sique. Il y a aus­si un ca­fé sym­pa te­nu par un ami ». Pour le street­wear, il vous en­voie chez Off The Hook

( 1021 Ste– Catherine Ouest, off­the­hook.ca ) . C’est un des do­maines qui DÉ­CO­RA­TION IN­TÉ­RIEURE l’oc­cu­pe­ra un jour en pa­ral­lèle avec la mu­sique. Il col­lec­tionne dé­jà en ma­niaque les bou­gies, les boîtes à bi­joux, les im­menses mi­roirs, les cof­fee

table books. Il aime quand le contem­po­rain clashe avec le clas­sique, « quand le vieux bois cô­toie des meubles ul­tra­mo­dernes ». Autre ma­rotte : « J’en­cadre tout. Les pho­tos que je prends, les des­sins de mes amis … »

Un autre de ses pro­jets, c’est de ré­cu

ROUES pé­rer une mo­to Deus ( Ex Ma­chi­na ), la marque aus­tra­lienne qui se spé­cia­lise dans les ré­pliques de vin­tage ( deus­cus­toms.com ) . « Ils n’ont qu’une

Pull en laine et jean en de­nim

Dior Homme

Ci– des­sous : T– shirt en co­ton et jean

en de­nim Acne

À droite: « Jade » ta­toué à l’in­té­rieur de

son bras si­gni­fie « paix, équi­libre, pou­voir, amour » en chi­nois. La rose est un clin d’oeil à sa mère, Ro­sie. Le dé­but

d’une longue sé­rie ...

BLACK AT­LASS

Ci– contre : Veste de smo­king en laine et soie Dior Homme T– shirt en co­ton Ame­ri­can Ap­pa­rel Jean en de­nim

Le­vi’s

En bas : Bom­bers et jean AMI Alexandre

Mat­tius­si

À droite: Bra­ce­lets et bagues

fé­tiches, en ar­gent tou­jours.

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