LET IT SHAÏN

À 22 ans, Shaïn Bou­me­dine est la nou­velle pé­pite dé­ni­chée par Ab­del­la­tif Ke­chiche. Ré­vé­lé par le pre­mier vo­let de Mek­toub my love, il ir­ra­die l’écran de sa pré­sence trou­blante. Fan de foot et pas dupe du star–sys­tem, ce jeune homme de son temps s’af­fiche

VOGUE Hommes International - - SOMMAIRE TENDANCES - Sa­bri­na CHAM­PE­NOIS PAR PHO­TO­GRAPHE Ethan James GREEN Anas­ta­sia BAR­BIE­RI RÉA­LI­SA­TION

Ré­vé­lé par Ab­del­la­tif Ke­chiche, l’in­can­des­cent Shaïn Bou­me­dine est le jeune acteur à suivre. PAR Sa­bri­na Cham­pe­nois PHO­TO­GRAPHE Ethan James Green RÉA­LI­SA­TION Anas­ta­sia Bar­bie­ri

« Shaïn bright like a dia­mond. » Ri­han­na, le joyau de la Bar­bade, nous par­don­ne­ra. Par­fois, la contre­fa­çon s’im­pose. Shaïn Bou­me­dine a tout du dia­mant, brille des mille feux de la jeu­nesse et des pos­sibles in­en­ta­més. Cet éclat, cette au­ra, a sai­si les spec­ta­teurs de Mek­toub my love : can­to uno, le sixième long–mé­trage d’ab­del­la­tif Ke­chiche, sor­ti sur les écrans en mars. Shaïn Bou­me­dine y tient le pre­mier rôle, qui est aus­si son tout pre­mier rôle au cinéma. Il joue Amin, un as­pi­rant scé­na­riste qui re­vient pour les va­cances dans sa ville d’ori­gine, Sète, où ses pa­rents tiennent un res­tau­rant. Fa­mille, co­pains, char­mantes va­can­cières : sous le so­leil exac­te­ment, le jeune homme ex­pé­ri­mente émois, jeux, en­jeux, di­lemmes. Des va­ria­tions que Shaïn Bou­me­dine, 22 ans, tra­verse so­laire de bout en bout, cap­teur de lu­mière pas­sa­ble­ment trou­blant. Ai­mant à coups de coeur au­tant fé­mi­nins que mas­cu­lins. On le lui de­mande as­sez vite : ça fait quoi d’être ain­si dé­si­ré, d’être le jeune pre­mier du mo­ment ? Lui, dans l’un de ses sou­rires ir­ra­diants, sans hé­si­ter, alors que la ques­tion im­plique un cô­té pin–up et éphé­mère : « Ça fait plai­sir, c’est flat­teur. » Tout de même, toute cette at­ten­tion, ex ni­hi­lo, tous ces com­pli­ments, no­tam­ment sur sa beau­té, ça n’est pas em­bar­ras­sant ? « Non, parce que c’est fait gen­ti­ment. Et parce que je sais que ce n’est rien. Et que tout ça peut aus­si s’ar­rê­ter dès de­main. » On se dit qu’il a bien in­té­gré la le­çon que « tout ça », la mé­dia­ti­sa­tion, le show–bu­si­ness, le suc­cès, peut vite tour­ner au mi­roir aux alouettes. Si bien in­té­gré que la phrase n’a dans sa bouche rien de té­lé­pho­né. —›

L’adap­ta­bi­li­té, la plas­ti­ci­té, font clai­re­ment par­tie des atouts du beau page du sei­gneur Ke­chiche. On dé­barque au mi­lieu de son dé­jeu­ner, dans un bis­trot du 8e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, on pro­pose de pa­tien­ter. « Non, non, ça ne me gêne pas, on peut com­men­cer. » Au­cune ner­vo­si­té, re­gard at­ten­tif, qui sou­tient ce­lui qui le scrute. C’est lui qui re­marque qu’on n’a pas ac­ti­vé l’en­re­gis­treur. « J’ob­serve beau­coup » — on confirme. Quand il ne sait pas, il dit « je ne sais pas ». Le page est po­sé, le page capte, le page ne pré­tend pas.

Il est si charmant, si fondant, si évident, que ça semble al­ler de soi. Mais Shaïn Bou­me­dine dit qu’il s’est de­man­dé, pour­quoi lui. Pour­quoi Ab­del­la­tif Ke­chiche lui a don­né ce pre­mier rôle, après (comme tou­jours) des tas d’es­sais où, d’abord, il n’a gui­gné que de la fi­gu­ra­tion. « Je ne lui ai pas po­sé la ques­tion. Mais j’ai fi­ni par dé­duire que c’est parce que j’avais été moi–même, et je me suis ef­for­cé de gar­der ce na­tu­rel. » Être na­tu­rel, « vrai », jouer sans que ce­la ne se sente : équa­tion exis­ten­tielle, consub­stan­tielle, de l’acteur. Lui, au mo­ment où la cas­teuse de Ke­chiche l’a con­tac­té, était dans un autre cal­cul, bien plus concret. Fi­nan­cer sa deuxième an­née de BTS de tra­vaux pu­blics en fai­sant le ser­veur pla­giste. Ça se pas­sait près de Fa­brègues, le village hé­raul­tais à une quin­zaine de ki­lo­mètres de Mont­pel­lier où vivent ses pa­rents et où il a gran­di, en­fant du mi­lieu, entre deux frères. Son père est ré­gu­la­teur à la TAM (la ré­gie des trans­ports de Mont­pel­lier), sa mère di­rec­trice ad­jointe de centre aé­ré. Ab­del­la­tif Ke­chiche a une ré­pu­ta­tion à double tran­chant. Dé­miurge dé­ni­cheur de ta­lents (Sa­ra Fo­res­tier, Haf­sia Her­zi, Adèle Exar­cho­pou­los) mais d’une exi­gence folle,

«Si ça ne du­rait pas dans le cinéma, je n’au­rais au­cun re­gret, je n’ai pas peur de l’échec. »

qui le pousse à faire et re­faire les prises, à pous­ser les ac­teurs dans leurs re­tran­che­ments. Au point que la Palme d’or dé­cro­chée en 2013 par La Vie d’adèle a été en­ta­chée d’échanges d’ai­greurs bien sau­mâtres entre Léa Sey­doux et le réa­li­sa­teur. Shaïn Bou­me­dine dit qu’on l’avait aver­ti, lors des es­sais, « mais j’aime bien me faire une opi­nion par moi–même ». Et donc ? « Oui, Ab­del­la­tif est très exi­geant, mais d’abord par rap­port à lui–même. Tant qu’il n’a pas trou­vé, il cherche. Et je com­prends ça. » Au dé­but, « cu­rieux des autres », l’im­pé­trant a vou­lu son­der le men­tor, en sa­voir plus, le faire par­ler. Il ri­gole : « Mais Ab­del­la­tif, lui, vou­lait ça de moi… » Alors le per­dreau s’est fait pâte à mo­de­ler pour le pa­tron. Mais avec voix au cha­pitre : « Il nous pousse à ré­flé­chir à nos per­son­nages. L’in­té­rêt d’amin pour la pho­to­gra­phie, c’est ve­nu de moi. Je n’y connais­sais rien mais j’ai pen­sé que ça lui irait bien et Ab­del­la­tif a été d’ac­cord. » Ke­chiche l’a aus­si fait lire. Sid­dhar­ta d’her­mann Hesse, par exemple, ro­man d’ap­pren­tis­sage phi­lo­so­phique sur la sa­gesse et l’éman­ci­pa­tion spi­ri­tuelle. « Ab­del­la­tif et moi, on se parle peu mais on se dit beau­coup de choses », dit le page qui a des for­mules de vieux sage. Force tran­quille aux traits en­core pou­pins. Shaïn Bou­me­dine est aus­si un gar­çon com­plè­te­ment de son âge. Il ne sait pas s’il a dé­jà été amou­reux, « vrai­ment ». Son t–shirt blanc dit « Take risks. Be bold » (Prends des risques, sois cou­ra­geux), il est fan au foot de Lu­cas Her­nan­dez et de Ben­ja­min Pa­vard (« Des jeunes qui ont la hargne »). Si Mek­toub, dont il a tour­né le deuxième vo­let fin 2017 («J’ai pris en­core plus de plai­sir parce que j’avais plus conscience de ce que je fai­sais. »), l’a dé­ci­dé à se lan­cer pour de bon dans le cinéma, il n’a « pas vrai­ment de plan ». Dit en sou­riant qu’il ira « où le vent le por­te­ra ». Sans doute à Pa­ris d’ici la fin de l’an­née, pour « pas­ser des cas­tings, es­sayer des choses qui pour­raient me faire pro­gres­ser , des pe­tites for­ma­tions ». Le théâtre l’in­té­resse, pas­ser à la réa­li­sa­tion aus­si, il tra­vaille à l’écri­ture d’une « his­toire qui lui tient à coeur ». L’époque est dure ? « Oui mais j’ai l’im­pres­sion qu’elle l’est tou­jours un peu, non ? » Il ajoute : « Même si ça ne du­rait pas pour moi dans le cinéma, je n’au­rais au­cun re­gret, je n’ai ab­so­lu­ment pas peur de l’échec. Et même si je réus­sis à conti­nuer dans le cinéma, si ça se trouve, un jour, je trou­ve­rai quelque chose qui m’in­té­resse en­core plus, et je par­ti­rai vers autre chose. » C’est dit en dou­ceur, sans fan­fa­ron­nade, comme un ser­ment fait à soi–même de ne pas se lais­ser en­fer­mer.

Pull en ca­che­mire VA­LEN­TI­NO Pan­ta­lon en laine et ca­che­mire HER­MÈS

Che­mise et cra­vate en soie et pan­ta­lon en ve­lours cô­te­lé FEN­DI As­sis­tant réa­li­sa­tion RO­BER­TO PIU Coif­fure RU­DY LE­WIS Ma­quillage KA­RIM RAHMAN

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