INTERVIEW

VOGUE Paris - - Contents - Par Anne Diat­kine

Ses amis, ses amours, les croche-pieds de la vie... Bir­kin, qui vient de pu­blier un Jane livre re­pre­nant ses jour­naux in­times («Mun­key Dia­ries», édi­tions Fayard) ouvre sa boîte à tré­sors pour se confier sans filtre. Nos­tal­gique, voire mé­lan­co­lique, elle est une «grande re­gret­teuse» qui s’en­thou­siasme quand elle ra­conte ses «lu­mières» : Kate, Char­lotte et Lou.

on as­siste à un pe­tit drame. Jane Bir­kin est dans sa cui­sine, et Dol­ly ne veut pas rendre la balle qu’elle tient ser­rée dans sa gueule. Jane lui tend un bout de crois­sant, mime le dé­lice que pour­rait être sa dé­gus­ta­tion. La chienne ne se laisse pas prendre au piège. Elle est ja­louse d’une autre chienne, elle ne veut pas prê­ter son jouet. Jane dit : «Elle est comme les en­fants, ça pas­se­ra… Est-ce que la ja­lou­sie passe? Est-ce que les émo­tions sont des états tran­si­toires? Y a-t-il un terme à l’amour ? Peut-on s’échap­per de sa mé­moire ? C’est la fin d’une ma­ti­née au­tom­nale, on est dans cette mai­son cha­leu­reuse, bour­rés d’ob­jets qui tous sont riches d’une his­toire qu’on ai­me­rait connaître, et dont les pièces, bor­dées de ten­tures des murs au pla­fond, sont des co­cons. On se croi­rait dans une boîte à tré­sors. Jane dé­mé­nage dans un mois. Elle avait be­soin d’une nou­velle res­pi­ra­tion, avait pré­vu de se dé­bar­ras­ser aus­si de sa mai­son dans le Fi­nis­tère Nord. Mais voi­là que le dé­sir de res­ter et de ne rien aban­don­ner la sub­merge. On l’at­trape au saut du lit, elle avait ou­blié l’interview. Pas ma­quillée, pas coif­fée, elle est sim­ple­ment belle à cou­per le souffle. Elle parle, sa pa­role s’em­balle, tour­billonne, cir­cule, ri­coche. Jane semble pas­ser du coq à l’âne, puis re­tombe sur ses pieds avec la dé­li­ca­tesse d’une vol­ti­geuse étoile. Elle est ani­mée par une pa­role libre, at­ten­tive, sin­cère, pro­fonde. Un nou­veau souffle?

n sait la place de l’amour dans votre vie. On connais­sait moins celle de l’ami­tié avant la pa­ru­tion de vos jour­naux in­times Mun­key Dia­ries… L’ami­tié sauve de tout et re­donne une gaie­té à la vie. Le week-end der­nier, je suis par­tie dans ma mai­son en Bre­tagne, avec Mi­chel, un cher co­pain, et son ami, et tout d’un coup, tout était gai parce qu’ils étaient là, même s’il pleu­vait… On se connaît de­puis si long­temps qu’on peut mar­cher sur la plage de Sainte-Mar­gue­rite pen­dant des heures ou choi­sir de ne faire rien du tout et de res­ter dans la cui­sine pour ba­var­der. C’est égal, il n’y a au­cune gêne, au­cun stress. Ils prennent des ini­tia­tives, ils ont en­vie de bou­ger, et comme moi je ne veux pas faire grand-chose, quand je suis avec eux, je suis sti­mu­lée. Et j’ai ma co­pine Ga­brielle, mon amie de­puis que je suis toute pe­tite, grâce à qui j’ai fait pa­raître mes jour­naux in­times, c’est elle qui les a triés quand j’étais si ma­lade. Elle et moi, on se casse dès qu’on peut. Je ne l’ai pas vue de­puis deux mois. Elle me manque comme un ma­ri. Je suis tel­le­ment ha­bi­tuée à elle. Il y a aus­si Jac­que­line, la soeur de Serge, et les en­fants que je vois les di­manches soir. On a l’im­pres­sion que vous êtes prise d’un nou­vel élan ? J’ai eu un coup de fo­lie, j’ai ven­du cette mai­son où je vis de­puis six ans pour al­ler ha­bi­ter dans un ap­par­te­ment à Saint-Ger­main. Ça m’a pris comme ça. Il y avait beau­coup de mé­lan­co­lie ici. Mais c’est une illu­sion de pen­ser que la mai­son était triste ! C’est moi qui suis in­con­so­lable… L’idée d’avoir des gens au-des­sus et en des­sous, d’être en sand­wich me plai­sait bien… Il a dû se pas­ser quelque chose dans les astres en juin, car ce dé­sir d’être lé­gère me pous­sait à croire que j’étais ca­pable de me dé­les­ter de mon pas­sé.

J’ai même vou­lu vendre ma mai­son en Bre­tagne, et puis je me suis aper­çue que c’était im­pos­sible : l’île de mon père en face, les sou­ve­nirs de Kate et cette mai­son si long­temps bour­rée d’en­fants, les gens qui ha­bitent au­tour, les plages dé­sertes du Fi­nis­tère Nord. Il n’y a pas d’autre en­droit en France où je me sens lé­gi­time. Si on m’aime là-bas, c’est pour mon père et la Ré­sis­tance, ce qu’il a fait avec les Bre­tons pen­dant la guerre quand, les nuits sans lune, il al­lait cher­cher les gens en dan­ger de mort que des ré­sis­tants avaient dis­si­mu­lés sous les algues. Si je suis à l’aise là-bas, comme di­rait la ma­man d’Yvan At­tal, c’est que je suis dans le sou­ve­nir de mon père. Quand j’ai ache­té cette mai­son, ma vie pri­vée avait ca­po­té mais j’ai pu re­dé­mar­rer car j’avais Lou et Ro­man, le fils de Kate, qui étaient à cet âge où tout est ex­ci­tant, Lou avait 10 ans et Ro­man, 5. Je les ai em­bar­qués, on n’avait même pas de meubles, on dor­mait dans des vê­te­ments que j’avais em­por­tés dans un froid de ca­nard, on ache­tait deux as­siettes au su­per­mar­ché. Les en­fants étaient pre­neurs d’aven­tures et ils trou­vaient ça drôle de se coin­cer dans la boue et de se bar­bouiller de noir… Vous aus­si, vous ai­mez l’aven­ture… Pas for­cé­ment l’aven­ture, mais je suis par­fois ca­pable d’al­ler vers les gens en grande dif­fi­cul­té, plu­tôt que de les re­gar­der à la té­lé. C’est ce qui s’est pas­sé quand je suis par­tie à Sa­ra­je­vo avec Fran­cis Bueb, in­croyable per­son­nage qui avait fon­dé le centre An­dréMal­raux, avec une li­brai­rie, dans la ville en pleine guerre. Grâce à Pa­trice Ché­reau, j’ai su qu’on pou­vait al­ler dans un vé­hi­cule blin­dé à Sa­ra­je­vo, et j’avais l’im­pres­sion de faire comme mon père. J’avais de­man­dé à ma­man: «Qu’as-tu em­me­né avec toi quand les bombes tom­baient sur ton ap­par­te­ment pen­dant la Deuxième Guerre mon­diale?» Après une longue ré­flexion, elle m’a ré­pon­du : «Schia­pa­rel­li rose Sho­cking per­fume». Quand il n’y a plus rien, de­meure le su­per­flu. Lou et moi, on a ca­va­lé rue de Pas­sy, et j’ai ache­té les plus doux sous-vê­te­ments en soie très lé­gers, une tren­taine de li­quettes pour jeunes filles, des rouges à lèvres Guer­lain et des graines pour plan­ter des fleurs sur les bal­cons. On avait aus­si pris de la nour­ri­ture pour bé­bé, et du lait en poudre. Mais quand on a ou­vert la va­lise et sor­ti les pe­tits vê­te­ments en soie, les cris de joie! Ma mère avait mille fois rai­son! Les femmes étaient aus­si so­phis­ti­quées que nous avant la guerre, d’ailleurs quand elles sor­taient des abris, elles se com­por­taient comme si elles mar­chaient bou­le­vard Saint-Ger­main. C’était une le­çon pour moi de voir la di­gni­té de ces per­sonnes qui mon­traient aux sni­pers em­bus­qués qu’elles ne chan­ge­raient pas leur fa­çon de vivre. C’était le com­men­ce­ment d’une grande his­toire d’amour… Oui. Une mer­veilleuse his­toire d’amour avec Oli­vier Ro­lin. Ja­mais je n’au­rais cru qu’il était pos­sible pour moi de tom­ber sur ce type, avec ces pe­tites lu­nettes en mé­tal, si réel­le­ment hé­roïque. J’ai com­pris qu’il avait fait pas mal de zones de guerre, qu’il connais­sait le com­man­dant Mas­soud, comme moi-même j’au­rais sou­hai­té le connaître. Mais je n’avais pas ima­gi­né qu’il était aus­si ro­man­cier. Quand j’étais en train de fil­mer comme une idiote un en­ter­re­ment mu­sul­man la nuit, avec les Serbes juste dans le ci­me­tière en face, Oli­vier m’a chu­cho­té à l’oreille : «La lu­mière de votre ca­mé­ra va nous at­ti­rer des en­nuis.» Je ne sa­vais même pas com­ment éteindre la ca­mé­ra. J’étais tel­le­ment en pa­nique que je l’ai mise dans ma bouche et j’ai sup­po­sé que mes yeux s’éclai­raient en rouge ! Et j’ai fi­lé pour ai­der les mu­sul­mans à en­ter­rer leurs morts. Per­sonne ne m’a re­pous­sée. Moi, je pen­sais que c’était un rituel de faire les fu­né­railles la nuit. Évi­dem­ment que non : c’était parce qu’ils étaient bom­bar­dés dans la jour­née. Plus tard, Oli­vier m’a dit : «Tu as fait ce qu’on avait tous en­vie de faire.» Donc j’ai vu dans ses yeux que je n’avais pas été trop nulle. Tout était urgent là-bas. La seule chose qui comp­tait était de res­ter en vie. Les gens étaient d’une gé­né­ro­si­té folle, on se sen­tait utile car je pou­vais chan­ter un peu dans les sous-sols et Oli­vier pou­vait lire ses textes. Quand on est re­ve­nus en France, je vou­lais me ma­rier avec lui. Ma mère m’a dit : «Oui, tout de suite. Fonce.» Elle m’a tou­jours sui­vie dans mes en­thou­siasmes. Et elle aus­si, elle était quel­qu’un qui se chan­geait trois fois par jour et qui ne se plai­gnait ja­mais. J’ad­mire beau­coup les gens qui ne font pas une his­toire de tout. Il faut que j’ap­prenne d’eux. Ce n’est pas trop tard pour chan­ger. Tom­ber amou­reuse : est-ce en­core pos­sible ? Ça me met dans un tel état d’an­xié­té que je ne sais même pas si c’est sou­hai­table. C’est la pa­nique pure. La trouille qui va avec. Mi­sère.

Ai­mez-vous être seule ? Je ne suis pas for­mi­dable avec la so­li­tude. J’adore ça quelques heures, après être ren­trée du ci­né­ma ou du théâtre avec un ami, sou­vent avec Jean-Marc, qui est de bon conseil, ou An­dy, un très proche ami ci­néaste, avec qui je vais au res­tau ja­po­nais. J’aime bien être seule après mi­nuit, me faire un chocolat chaud dans la cui­sine. J’aime beau­coup la nuit et j’ef­face le ma­tin, je me lève le plus tard pos­sible. Mais ma joie, ce sont vrai­ment mes filles. Char­lotte vit à New York de­puis cinq ans. Elle vient de tour­ner un film à Biar­ritz, ce qui me ré­jouit beau­coup parce que j’ai pu la voir plus sou­vent. Et Lou­lou vit juste en face de chez moi, dans le 11e, donc on peut se ta­per les dé­jeu­ners le di­manche. J’ai aus­si la soeur de Serge, et j’adore la ma­man d’Yvan.De quoi êtes-vous la plus fière dans votre vie ? Vous avez fait des choses tel­le­ment dif­fé­rentes…

Rien n’était pro­gram­mé. J’étais plu­tôt jo­lie, sans être belle. Une An­glaise dans la norme. Si j’étais res­tée en An­gle­terre, rien ne me se­rait ar­ri­vé. Donc c’était vrai­ment Serge qui a été le dé­clen­cheur. Et puis la chance que Jacques De­ray cher­chait une jeune fille pour La Pis­cine. Pen­dant ces pre­miers temps en France, je fai­sais par­fois quatre ou cinq films par an. Mais si je suis lu­cide, et je le suis, avec un mi­ni­mum de… ta­lent. Quand j’écoute ma voix, avec le ter­rible ac­cent, se­lon moi, j’étais presque bonne à rien, sauf peut-être dans le film de Serge, Je t’aime moi non plus. Jus­qu’au mo­ment où j’ai ren­con­tré Jacques Doillon qui m’a fait par­ler plus bas, tra­vailler mes textes, et dé­fendre des mer­veilles comme La Fille pro­digue et La Pi­rate. Quand je re­vois des films où je pen­sais que j’étais pas mal, comme dans Le Mou­ton en­ra­gé ou les Zi­di: la voix… Ce n’est pas pos­sible. Jus­qu’à la ren­contre avec Jacques, vo­ca­le­ment, je n’avais fait au­cun ef­fort. Peut-être ex­près. Car je pen­sais que les gens me trou­ve­raient moins mar­rante si je pro­gres­sais… Le vrai chan­ge­ment, en­suite, ça a été la ren­contre avec Pa­trice Ché­reau et de jouer pour la pre­mière fois au théâtre un texte du ré­per­toire, La Fausse Sui­vante de Ma­ri­vaux, et d’avoir dé­ci­dé de faire des «r» fran­çais. J’étais en for­mi­dable com­pa­gnie avec Pic­co­li et tous les autres. J’étais avec des gens qui me por­taient. Et cu­rieu­se­ment, après la rup­ture avec Serge, les chan­sons qu’il m’a écrites étaient les plus belles que l’on puisse avoir, comme Fuir le bon­heur, Les Des­sous chics. C’est du­rant cette pé­riode vrai­ment bou­le­ver­sante que j’ai osé chan­ter pour la pre­mière fois sur scène au Ba­ta­clan, ai­dée comme je le suis tou­jours par Phi­lippe Le­ri­chomme. Il est bre­ton, il ne paie pas de mine, les gens ignorent lors­qu’ils le voient la pré­cio­si­té de ses conseils. Il était le seul di­rec­teur ar­tis­tique que Serge écou­tait. C’est aus­si le mo­ment où j’ai tour­né les deux films de Var­da ( Jane B. par Agnès V. et Kung-Fu Mas­ter).

J’étais de­ve­nue quel­qu’un de plus ré­sis­tant, j’ai cou­pé mes che­veux tout courts, je ne vou­lais pas de ma­quillage. Au­pa­ra­vant, j’étais très res­treinte dans mes pos­si­bi­li­tés. Les histoires de tra­vail sont des histoires d’ami­tié et d’amour quand elles sont in­tenses… Quand c’est bien, le tra­vail est une vraie pas­sion. Mais j’en parle à peine dans mon livre. Quand je suis avec Char­lotte et Lou, on ne parle pas pro­fes­sion. Du tout. À moins que ce soit ca­tas­tro­phique, dans ce cas-là c’est ri­go­lo. Je sais à peine ce qu’elles font, elles ne savent pas ce que je fais. Ce dont je suis la plus fière, c’est vrai­ment Kate, Char­lotte et Lou. Sans au­cun doute. Ah, le manque de Kate… C’est cu­rieux parce que ce­la fait cinq ans dé­jà et que le manque d’elle m’at­trape constam­ment, comme hier. Cette fan­tai­sie, cette drô­le­rie, cette lou­fo­que­rie qu’elle avait. Elle était hors norme. Et elle avait le temps pour les gens, mal­gré son mé­tier de pho­to­graphe. Dans le train de Brest, la se­maine der­nière, quand je suis al­lée au bar, j’ai trou­vé un mor­ceau de pa­pier. «Votre fille Kate m’a sau­vé.» Deux fois! De deux per­sonnes dif­fé­rentes. Je ne sais pas de qui ces mots pro­ve­naient. «Mer­ci pour votre fille Kate.» Donc, elle était tou­jours à l’écoute et elle a sau­vé des gens. Pas de ma­nière spas­mo­dique, comme j’ai pu faire. Kate, Char­lotte, Lou: ce sont mes lu­mières! Lou est si re­bon­dis­sante! Elle a vrai­ment été une rai­son de sur­vivre et de vivre. De se ré­veiller le ma­tin. Toute pe­tite dé­jà. Et main­te­nant, c’est pa­reil. Nous al­lons chez Lou pour se re­quin­quer le mo­ral, et parce que sa cu­rio­si­té est si at­trac­tive. Elle a tou­jours en­vie de faire connaître un livre, une pho­to, une mu­sique. On a tou­jours quelques cen­ti­mètres de plus lors­qu’on sort de chez elle. Je dois dire aus­si que Lou a édu­qué son fils Mar­lowe avec brillance. Char­lotte a bou­gé dans le sens où elle ose se dé­voi­ler plus. Et ce qu’elle montre est éton­nam­ment ori­gi­nal, comme son père. Elle est per­fec­tion­niste, se­crète, mys­té­rieuse. Elle ne sup­porte pas la mé­dio­cri­té. Et elle est une mère ex­cep­tion­nelle. Une mam­ma. Les gens ne s’en doutent pro­ba­ble­ment pas, mais elle a tou­jours un en­fant ac­cro­ché à un sein. Elle dort avec ses en­fants de­puis tou­jours, même quand elle tourne le ma­tin. Pe­tite Joe était avec elle pen­dant le tour­nage du film de Lars von Trier. Je ne l’ai ja­mais en­ten­due se plaindre parce qu’il fal­lait qu’elle se lève aux au­rores le len­de­main. Elle est vrai­ment comme de re­gar­der un lac lim­pide, qui grouille de pro­fon­deur et de dan­ge­ro­si­té. Elle veut se mettre en pé­ril, ça l’amuse de cho­quer. Elle a une his­toire d’amour si rare avec Yvan. C’est tel­le­ment ex­cep­tion­nel cette ab­sence de ri­va­li­té dans le mé­tier, cette com­plé­men­ta­ri­té dans le couple. Vous sem­blez être une grande re­gret­teuse par­fois… C’est exac­te­ment le mot : une grande re­gret­teuse. Avec un dé­faut de ca­rac­tère de pen­ser tou­jours que je se­rais mieux ailleurs. C’est d’une bê­tise !

Je n’ar­rive pas à m’échap­per de la mé­moire.

Par pe­tits spasmes, oui. Ce qui me li­bère, c’est de faire ces tours de chant par­tout en France, sur­tout si je peux em­me­ner Dol­ly dans le train. Il y a la joie d’être avec Ch­ris­tophe Al­my, et qu’on ar­rive dans une ville in­con­nue, il trouve tou­jours un truc à faire, vi­si­ter une ca­thé­drale… Puis, il y a le con­cert, très strict. Je pense juste à la voix et à faire du mieux que je peux. Les concerts, avec les mêmes mu­si­ciens fa­bu­leux, No­bu Na­ka­ji­ma, pia­niste com­po­si­teur, et Sté­phane au son, que je connais de­puis vingt ans, c’est très im­por­tant pour vivre main­te­nant… Avoir une ac­ti­vi­té avec soixante-cinq mu­si­ciens, ça me sauve. Car si­non je se­rais res­tée coin­cée dans cette mai­son à pen­ser et à ne ser­vir à rien. Il faut être un peu gaie quand je vois mes en­fants et mes pe­tits-en­fants, je ne peux pas être comme une taupe. Ro­man, Ben, Mar­lowe, Alice sont grands main­te­nant. Il me reste à vo­ler quelques après-mi­di avec pe­tite Joe.

Ce que j’aime, c’est tout de même le voyage, être dans le train, al­ler à la voi­ture-bar, ache­ter les jour­naux, par­tir... Ce sont des res­pi­ra­tions.

Des mo­ments où j’échappe à moi-même. Après le con­cert, pour les au­to­graphes, on me tend des pho­tos de moi à poil ou avec Serge, ou on me donne une grande sta­tue de Serge dont je ne sais que faire… C’est une chance folle, à 72 ans, d’être dé­si­rée ou du moins de­man­dée. Serge m’a fait un ca­deau im­mense avec ses chan­sons, que je chante tou­jours au­jourd’hui vingt-cinq ans après.

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