VOGUE Paris

THE NEW FACE

Son prénom signifie «reine» en arabe, son nom veut dire «lionne» en afar, l’une des langues de Djibouti. Avec un tel pedigree, était forcément prédestiné­e à briller. Cette cover de Parıs est sa toute première. Malika Louback Et ce n’est qu’un début… Vogue

- Par SIBYLLE GRANDCHAMP.

Son prénom signifie «reine» en arabe, son nom veut dire «lionne» en afar, l’une des langues de Djibouti.

Avec un tel pedigree, Malika Louback était forcément prédestiné­e à briller. Cette cover de Vogue est sa toute première. Par Sibylle Grandchamp

Une saison de mode a suffi à propulser cette beauté classique à l’aura magnétique au coeur du triangle Milan-Paris-New York. Difficile de croire qu’en février et mars 2019, elle goûtait pour la première fois à l’ambiance électrique des backstages et faisait ses tout premiers pas sur les catwalks. On la remarque notamment sur les défilés Jil Sander à Milan et Saint Laurent à Paris.

Une chose est certaine, celle qui a entamé un double parcours d’ingénieur et de mannequin, à 25 ans, a de l’ambition. Chez IMG, c’est le coup de coeur immédiat. «Malika est une exception», reconnaiss­ent ses agents Nicolas et Louise, qui vantent sa «beauté évidente, son élégance naturelle, sa maturité et sa volonté de bien faire». Fait rare: on lui attribue directemen­t le statut de mannequin «mainboard» sans passer par l’étape «scouting».

Taille 1,77 mètre, silhouette d’ondine, port de tête de vestale, regard issu de la profondeur des déserts de la Corne de l’Afrique… Son physique à l’équilibre parfait, entre force et douceur, lui a permis en très peu de temps d’emboîter le pas de talents telles qu’Adut Akech ou Anok Yai. Elle a désormais rejoint cette nouvelle vague de mannequins aux karmas puissants qui servent de voix aux mouvements pour l’égalité des genres et contre les discrimina­tions : l’Indienne Ashley Radjarame, la Sénégalais­e Maty Fall Diba ou encore Sharon Alexie…

Une nouvelle génération de filles inspirante­s et autonomes qui ne développen­t que ce qu’elles sont véritablem­ent, sans chercher «à plaire» au regard extérieur. «Au plus tu rayonnes, au plus tu émets, au plus tu deviens qui tu es», déclare celle qui fait ce mois-ci la couverture de Vogue Paris. Face à la caméra, Malika saisit la pureté de l’instant et aimante l’objectif dans ce suspens infinitési­mal qui fait la «bonne pause». Débutante attirée par la lumière, elle sait capturer les vibrations surgies des profondeur­s d’elle-même pour se hisser vers le statut de top.

Vous avez un diplôme d’ingénieur en poche et vous débutez une carrière de mannequin. Comment en êtes-vous venue à franchir la porte de l’agence IMG à Paris ? On m’a sollicitée à plusieurs reprises pour que j’intègre cet univers. De nombreux signes autour de moi me faisaient sentir que j’avais ma place dans ce milieu. C’est à la fin de mon cursus en école d’ingénieurs que j’ai pris la décision de tenter ma chance.

Ces deux parcours – mannequin et ingénieur –

sont-ils bien compatible­s ? Absolument, et je dirais même qu’ils se complètent.

Six ans d’études m’ont appris à développer une capacité d’analyse et d’observatio­n, à étudier le processus des choses dans le moindre détail. Lorsque l’on porte une attention particuliè­re aux situations, il est plus facile de comprendre les attentes et de s’adapter. C’est un état d’esprit que je mets en pratique tous les jours dans le mannequina­t, du casting jusqu’au défilé.

En venant d’un environnem­ent très porté vers la nature à Djibouti, intégrer cet univers de castings, de shootings et de défilés de mode a-t-il été un choc des cultures pour vous ? Non, car je savais dans quoi je m’embarquais et je me suis globalemen­t sentie accueillie et bienvenue.

Pour vos parents, cela a-t-il été facile d’accepter ce choix ? Oui, car ils ont confiance dans l’éducation et les valeurs qu’ils m’ont transmises. Ils sont mon plus grand soutien, ce sont eux qui m’ont appris à garder la tête haute. Lorsque j’ai fait mes premiers pas sur les podiums, l’an dernier, j’étais très fière de le faire pour eux.

Quelle est votre règle de vie ? Transforme­r les énergies négatives en positif, rire, danser, partager l’amour que j’ai en moi. Je ne veux pas être un boulet émotionnel pour les gens. J’ai cette chance d’avoir grandi dans un univers très ressourçan­t, où il est possible de se recharger constammen­t grâce à la mer, à la nature. Il m’en est resté une manière de me tourner vers les autres, d’être bienveilla­nte à leur égard. Je trouve difficile de travailler dans une ambiance tendue, alors partout où je passe, j’essaye de mettre à l’aise les gens autour de moi.

Vos agents ont reconnu en vous une prestance et une compréhens­ion

du métier innée. Comment expliquez-vous cela ? L’expertise se gagne avec le temps, comme dans tous les métiers. Pour moi, l’allure, c’est la confiance en soi. Petite, j’étais un véritable garçon manqué. J’ai grandi dans un melting-pot aux racines multicultu­relles, avec un père qui m’a ouvert la porte du monde occidental. J’ai adoré être entourée de ces multiples facettes du monde. Avec mes soeurs, on inventait des langues qui n’existaient pas. J’ai passé mon enfance à incarner des personnage­s…

À quoi ressemblai­t votre univers d’enfant ? J’ai une connexion particuliè­re avec l’eau, la mer. Ma chambre était un véritable sanctuaire marin, rempli de coquillage­s et de coraux, avec un aquarium et des poissons colorés…

Entre les shootings et les shows, qu’est-ce qui vous provoque

les émotions les plus intenses ? Dans les deux cas, j’ai l’impression de rentrer dans l’arène, je suis transporté­e par l’idée de m’imprégner d’un environnem­ent et de donner le meilleur de moi. J’aime les défilés pour l’énergie, la mise en scène, le mouvement et le côté festif. Les prises de vues ont un côté plus statique, plus précis. Cela demande d’être hyper focus, très concentrée, de porter de l’attention aux moindres détails.

Vous ressemblez à Iman Bowie. A-t-elle été une source d’inspiratio­n

en particulie­r parmi vos aînées? C’est très flatteur et gratifiant d’être comparée à une top model comme Iman. Sa carrière et ses activités philanthro­piques sont très inspirante­s. Jusque-là, mes plus grandes inspiratio­ns ont toujours été les femmes de ma famille… Avant d’entamer ma carrière, j’étais d’ailleurs plus attirée par tout ce qui avait trait aux sciences, mais il est vrai qu’aujourd’hui, la carrière que j’admire le plus est celle d’Iman.

Devenir top model en 2020, est-ce différent d’hier ? J’ai toujours aimé l’idée qu’une personne qui a l’opportunit­é d’être dans la lumière puisse défendre certaines causes. Je représente la jeunesse djiboutien­ne et je suis sensible à l’écologie. Mon devoir en tant que mannequin est d’inspirer, de faire rêver et de promouvoir la diversité, quelles que soient les couleurs de peau, et les origines.

Votre définition de la beauté ? La beauté, c’est l’authentici­té, la pureté, c’est l’aspect brut de soimême qui donne de la profondeur et du caractère à quelqu’un. Au plus tu rayonnes, au plus tu émets, au plus tu deviens qui tu es.

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