VOGUE Paris

Le Mexique en toutes lettres

De la poésie au polar, d’une religieuse du xviie siècle aux narcos, voyage au coeur d’une littératur­e qui a toujours inspiré.

- En haut, le ranch Cuadra San Cristobal à Mexico, construit par les architecte­s Luis Barragán et Andrés Casillas. Ci-contre, dans l’État d’Aguas Calientes, en 1963, lors des festivités annuelles. Par Emmanuel Pierrat.

Le Mexique, son histoire, sa beauté et ses héros sont une source d’inspiratio­n inépuisabl­e pour les hommes et femmes de lettres du monde entier. Jack Kerouac, le pape de la Beat Generation, a célébré le Mexico City Blues, tandis que l’Anglais Malcolm Lowry a marqué l’histoire littéraire en signant Au-dessous du volcan.

D. H. Lawrence a fait l’éloge des forces de la nature et des croyances ancestrale­s dans Le Serpent à plumes. Antonin Artaud a traversé l’Atlantique en 1932 pour rencontrer les Tarahumara­s. Patrick Deville a livré un roman sur le bouillonne­ment révolution­naire intitulé Viva. Bertrand Delcour est l’auteur de Mezcal Terminal, un livre culte au titre explicite… Quant au Diego et Frida de JeanMarie Gustave Le Clézio – baptisé «le plus mexicain des auteurs français» –, il reste le plus savoureux portrait du mythique couple d’artistes que formaient Diego Rivera et Frida Kahlo… Mais, pour comprendre le Mexique, rien ne vaut la lecture de ses grands romanciers et de ses poétesses d’hier et d’aujourd’hui. Comme pour les boissons enivrantes proposées sur les côtes du pays maya, il y en a pour tous les goûts, des plus classiques aux plus épicés. Voici le «top ocho» des lettres mexicaines.

L’ouragan Fernanda Melchor

Fernanda Melchor, née en 1982, est sans doute la plus fascinante révélation littéraire de ces dernières années. La Saison des ouragans a été édité dans le monde entier. Inspiré d’un fait divers, le roman s’ouvre sur la découverte, par un groupe d’enfants d’un petit village, du cadavre d’une sorcière. La guérisseus­e s’occupait des maladies, du mauvais sort, mais aussi des avortement­s. S’ensuit une intrigue foisonnant­e sur le rôle des femmes dans la société mexicaine, comme sur ses démons.

La Saison des ouragans (éditions Grasset)

Les amours d’Enrique Serna

Les nouvelles qui forment le recueil Amours d’occasion sont le meilleur du genre. Enrique Serna y maîtrise l’art de la surprise et de la chute, ajoutant sa part de picaresque et de satire à ces saynètes d’amour. C’est donc à juste titre que l’immense Gabriel García Márquez (l’auteur de Cent ans de solitude est né en Colombie mais a vécu au Mexique de 1961 jusqu’à sa mort, en 2014) a désigné Enrique Serna comme «l’un des auteurs mexicains à lire». Amours d’occasion (éditions Atelier du Gué)

Octavio Paz, le Nobel inégalé

Impossible de ne pas faire figurer ici Octavio Paz dont la longue carrière littéraire a été couronnée, à 86 ans, par le prix Nobel de littératur­e en 1990. Ses OEuvres poétiques sont aujourd’hui dans La Pléiade, mais on peut aussi se familiaris­er avec ses vers grâce à Liberté sur parole (éditions Poésie/Gallimard) ou même sa prose en lisant son essai magistral sur l’identité mexicaine,

Le Labyrinthe de la solitude (Gallimard).

Les recettes de la politicien­ne Laura Esquivel

Un roman aux allures d’intrigue sentimenta­le mêlée de recettes de cuisine : voilà ce qui a fait le succès de Chocolat amer de Laura Esquivel. Mais ne vous y trompez pas, ce faux «roman à l’eau de rose» – dont l’auteure est par ailleurs scénariste et femme politique – s’inscrit aussi dans le meilleur de la tradition latino-américaine du réalisme magique. Chocolat amer (éditions Folio)

Les investigat­ions de Paco Ignacio Taibo II

Au pays de la fête des morts (et des narcos…), il serait inconcevab­le de ne pas saluer un grand auteur de romans policiers. Paco Ignacio Taibo II – qui a aussi cosigné un roman avec le célèbre sous-commandant Marcos – est le père de plusieurs séries de polars captivants. Jours de combat est la première enquête du savoureux détective privé Héctor Belascoará­n Shayne, que l’on décrira comme borgne, d’origine basque et irlandaise mais diplômé aux États-Unis. À l’image de son créateur car, bien que né en Espagne, Paco Ignacio Taibo II est arrivé au Mexique à 9 ans, avec sa famille qui fuyait la dictature de Franco… Jours de combat (éditions Rivages/Noir)

Carlos Fuentes et le bug du nouveau millénaire

Une des plus grandes voix de la littératur­e mexicaine du

XXe siècle. Carlos Fuentes a notamment imaginé l’époustoufl­ant Terra Nostra, un roman à la fois historique et fantastiqu­e qui commence et se termine à Paris en l’an 2000, mais revisite la «découverte» du nouveau monde par un empire espagnol finissant. Terra Nostra (éditions Folio)

Le thriller de Jorge Volpi

Né en 1968, Jorge Volpi revendique appartenir au courant dit de la «génération du crack», qui a émergé au milieu des années 90. Ce romancier éclectique a marqué avec

À la recherche de Klingsor, enquête sur un scientifiq­ue nazi dont on a perdu la trace. Un mélange de politiquef­iction et de mathématiq­ues qui a connu un immense succès. À la recherche de Klingsor (éditions Points)

Juana Inés de la Cruz, religieuse et femme de lettres

Remontons jusqu’à la seconde moitié du XVIIe siècle.

Car beaucoup d’hispanopho­nes continuent d’encenser les vers et les pièces de cette religieuse, soeur Juana Inés de la Cruz. Deux prix Nobel de littératur­e en sont les zélés promoteurs: Octavio Paz, qui lui a consacré un essai, tenait Le Divin Narcisse (éd. Gallimard) pour un chef-d’oeuvre et J.-M. G. Le Clézio la cite abondammen­t. Il faut dire que Juana Inés de la Cruz a été élevée à la cour du vice-roi de la Nouvelle Espagne, avant de choisir de rentrer dans les ordres à 16 ans. Ce qui ne l’a pas empêchée de rédiger une oeuvre prolifique et très diverse où se trouve même une réponse très moderne à un évêque qui lui reprochait son goût pour les lettres profanes.

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