Quelques bords à bord

JPK 11.80

Voile Magazine - - Sommaire - Texte : Paul Gu­ry. Pho­tos : F. Van Mal­le­ghem.

« LE BA­TEAU

à ne pas lou­per ! », me lance à la vo­lée mon ré­dac­teur en chef. Un peu dé­pi­té de ne pou­voir lui-même l’étren­ner, la faute à un contre­temps qui fait bien mes af­faires. C’est vrai qu’il est al­lé­chant le nou­veau JPK 11.80 mis à l’eau en fé­vrier der­nier. Jacques Va­ler, ar­chi­tecte in­sé­pa­rable du chan­tier JPK Com­po­sites, confirme une nou­velle fois son ap­ti­tude à pondre des ca­rènes très per­for­mantes en IRC. Dans le style course-croi­sière élé­gant, on frôle la per­fec­tion avec ce voi­lier taillé avant tout pour la course au large mais aus­si à l’aise dans le cadre d’une ré­gate au­tour de trois bouées. D’ailleurs, le pro­gramme pré­vu est sans équi­voque : Fast­net, Tour des îles bri­tan­niques et Middle Sea Race pour com­men­cer en dou­ceur avant de se lan­cer sur la Sid­ney-Ho­bart où son pro­prié­taire Ger­ry Tren­te­saux compte bien faire des étin­celles. Sans grande sur­prise, les bonnes re­cettes des pré­cé­dents JPK, 1010 et 10.80, sont au ren­dez-vous avec ce brion tout en dou­ceur – tou­jours la vi­tesse et la sta­bi­li­té au por­tant –, du vo­lume à l’avant pour fa­vo­ri­ser la por­tance, deux sa­frans avec re­tour sur une seule barre franche pour gar­der le contrôle même en équi­page ré­duit et un rouf en sif­flet. Ce der­nier est as­sez large au ni­veau des hau­bans pour dis­po­ser d’un rail trans­ver­sal pour le ré­glage du point de tire du foc et de larges pas­sa­vants. Le rouf a éga­le­ment été pen­sé pour fa­ci­li­ter l’ins­tal­la­tion d’un pia­no bien four­ni tan­dis qu’il se ter­mine en pente douce de­vant le mât pour conser­ver des lignes de pont har­mo­nieuse et de la place sur la plage avant. Pour un mi­ni­mum de traî­née dans l’eau, la coque en forme se voit pro­lon­gée d’un bou­chain vif qui re­monte en pente douce jus­qu’au ta­bleau ar­rière.

UN COCK­PIT IDEAL POUR MA­NOEU­VRER EN EQUI­PAGE

Avec un maître bau de 3,95 m, la place dans le cock­pit ne manque pas. Vu les di­zaines de ma­noeuvres dor­mantes qui y re­viennent, ce n’est pas plus mal ! Très large dans sa par­tie ar­rière, il af­fiche des di­men­sions idéales pour ma­noeu­vrer en équi­page, d’au­tant plus que la bat­te­rie de quatre winches de chaque bord (pia­no, écoute de voile d’avant, GV et pa­ta­ras) s’avère bien pra­tique pour des ma­noeuvres à plu­sieurs. C’était d’ailleurs l’un des ob­jec­tifs du JPK 11.80. Nous sommes seule­ment quatre à bord pour ce convoyage de La Tri­ni­té à Lo­rient : le cons­truc­teur en la per­sonne de Jean-Pierre Kel­bert, le pré­pa­ra­teur du ba­teau, Ar­naud Au­bry, grand connais­seur des pro­blé­ma­tiques IRC, amou­reux des JPK et ex­cellent ré­ga­tier, To­ny Gee ve­nu spé­cia­le­ment d’outre-Manche dans la pers­pec­tive d’un achat, et Voile Ma­ga­zine. C’est peu pour ce voi­lier qui dev­rait ré­ga­ter avec neuf équi­piers sur le pont. Amarres lar­guées, nous quit­tons le port à bonne vi­tesse, cap sur la Tei­gnouse. La des­cente du che­nal est l’oc­ca­sion d’en­voyer la GV de 52 m2 le long du mât car­bone Axxon fa­bri­qué en haut mo­dule (HS 40). Elle se borde via un re­tour en conti­nu sur deux winches, op­tion in­tel­li­gente pour en­com­brer au mi­ni­mum le cock­pit, en­core le sou­ci de l’er­go­no­mie… Quant au ré­glage du grée­ment (sa ten­sion et la quête), il s’ef­fec­tue via un mast jack et des cales : un jeu d’en­fant ! Dans cette pe­tite brise qui nous pousse vers le large, le spi sy­mé­trique ne tarde pas à faire son ap­pa­ri­tion. La ma­noeuvre de cette voile de 150 m2 me pa­raît d’une fa­ci­li­té dé­con­cer­tante. Il faut dire que l’ac­cas­tillage de pont, simple et bien po­si­tion­né, est lar­ge­ment op­ti­mi­sé. La Tei­gnouse dans le ta­bleau ar­rière, nous de­vons dé­jà af­fa­ler le pé­pin pour re­mon­ter le long de la côte Sau­vage de Qui­be­ron dans un flux de nord-est qui fraî­chit dans tous les sens du terme. Au bon plein, Cour­rier

re­com­man­dé lance sou­dai­ne­ment les che­vaux : 8 noeuds au spee­do dans un bon force 4 avant de ti­tiller les 9 noeuds dans un vent qui for­cit à plus de 20 noeuds. Tem­pé­ra­ture res­sen­tie : quelques de­grés sous zé­ro mais le froid s’ou­blie vite tel­le­ment les sen­sa­tions à la barre sont gri­santes... Sur­toi­lé dans les bouffes, le ba­teau de­meure pour­tant bien équi­li­bré, la barre tou­jours douce. On ac­com­pagne le JPK à chaque ri­sée ou sur chaque vague en pre­nant un maxi­mum de plai­sir, les bottes contre les cale-pieds ! Ces sen­sa­tions ré­sultent d’une équa­tion par­faite entre une ca­rène bien con­çue,

des pelles de sa­fran pro­fondes, une quille droite les­tée de 2 700 kg d’un mix plomb/ fonte et d’une construc­tion ri­gide. En ef­fet, celle-ci est en­tiè­re­ment réa­li­sée en in­fu­sion (va­rangues in­fu­sées avec la coque). Idem pour les meubles afin d’op­ti­mi­ser le rap­port poids-rai­deur. Sous le pont jus­te­ment, on re­trouve beau­coup de vo­lume avec une bonne fi­ni­tion des amé­na­ge­ments : grande ca­bine avant, quatre ban­nettes sur cadre dans chaque ca­bine ar­rière, un es­pace de tra­vail de chaque cô­té de la des­cente avec écran d’or­di­na­teur et des ran­ge­ments sous les plan­chers. Il est même pos­sible, grâce à un sys­tème de bout, d’ou­vrir les planches si­tuées au-des­sus du car­ré pour y dor­mir en mer… Après un mo­ment pas­sé à se ré­chauf­fer car il neige de­hors, le che­nal de Lo­rient se­ra l’oc­ca­sion de fi­nir notre convoyage ex­press en beau­té en mul­ti­pliant les vi­re­ments de bord à une vi­tesse as­sez hal­lu­ci­nante : plus de 7 noeuds à 25° du vent ap­pa­rent. Pour ceux qui doutent en­core, ce voi­lier est tout sim­ple­ment ébou­rif­fant !

Le grée­ment en 9/10 avec barres de flèche pous­santes fait la part belle à la grand-voile.

Les amé­na­ge­ments in­té­rieurs sont de bonne fac­ture et l’éclai­rage soi­gné (des fils de LED avec va­ria­teur).

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