Ul­times, mé­dias, aban­dons... la Route du Rhum en ques­tions

Pour cer­tains, c’est une course dé­ce­vante avec ces Ul­times qui ne tiennent pas le choc. Pour d’autres, une cu­vée du meilleur Rhum avec des ar­ri­vées à sus­pense et une mé­dia­ti­sa­tion ex­cep­tion­nelle. Qu’en est-il vrai­ment ? Notre en­quête…

Voile Magazine - - L’edito - Texte : Ber­nard Ru­bin­stein, F.-X. de Cré­cy et Paul Gu­ry.

< se font jour dans l’étude des Ul­times. « Au­jourd’hui, on ar­rive à si­mu­ler l’im­pact des vagues sur les pla­te­formes, mais on ne voit pas en­core les dé­for­ma­tions in­duites sur ces mêmes pla­te­formes. Il nous fau­dra peut-être en­core at­tendre cinq an­nées pour les dé­fi­nir. On n’est pas en­core ar­ri­vés au stade où l’on peut si­mu­ler ce qu’un ba­teau va ren­con­trer du­rant un tour du monde, quan­ti­fier le nombre de vagues qu’il va de­voir né­go­cier et quan­ti­fier les sol­li­ci­ta­tions sur la struc­ture. »

UNE CER­TAINE FORME D’EMPIRISME...

Constat d’échec ? Non, mais la li­mite des connais­sances dans l’étude de ces nou­veaux ba­teaux vo­lants dont les per­for­mances, la ca­pa­ci­té à vo­ler, à at­teindre des vi­tesses un peu folles – plus de 40 noeuds dans des vagues de plus de 5 mètres de haut –, semblent avoir été sous-es­ti­mées. Ce que me confir­me­ra plus tard l’ar­chi­tecte Guillaume Ver­dier, char­gé de l’étude du Maxi Ed­mond de Roth­schild dont l’ava­rie s’est pro­duite dans des condi­tions ex­cep­tion­nelles. Il n’em­pêche que Xa­vier Guil­baud ne cache pas « qu’il y a une cer­taine forme d’empirisme dans l’étude de ces Ul­times vo­lants et que la cause des ava­ries est dif­fi­cile à dé­ter­mi­ner. Prin­ci­pa­le­ment re­pro­duire le sché­ma de ce qui s’est vrai­ment pas­sé. Sous la pres­sion des équipes, on construit lé­ger, ça casse et on ren­force. Sou­vent, dans le doute on ajoute plus de ma­tière sans avoir la convic­tion que c’est la vraie rai­son de la casse. On ne le fait pas en­core mais il fau­dra pas­ser par le stade des jauges de contrainte, à l’image de ce qui se fait dans la Coupe de l’Ame­ri­ca pour connaître les charges et les ef­forts aux­quels sont sou­mis les pla­te­formes, les bras et les flot­teurs. » Pour l’ava­rie qui a frap­pé So­de­bo, les fis­sures sur le bras avant, une nou­velle fois Xa­vier se re­fuse à éta­blir un diag­nos­tic dé­fi­ni­tif, d’au­tant que la ré­pa­ra­tion me­née à La Co­rogne s’est faite en in­terne, par l’équipe de Tho­mas Co­ville. En re­vanche, il est im­por­tant de no­ter que les bras de So­de­bo sont ceux de Gé­ro­ni­mo et ont été réa­li­sés il y a dé­jà dix-huit ans. Si de nom­breuses zones d’ombre en­tourent les pro­blèmes ren­con­trés par Banque Po­pu­laire, on en sait un peu plus sur l’ava­rie ren­con­trée par le Maxi Ed­mond Roth­schild. Pour son ar­chi­tecte Guillaume Ver­dier lon­gue­ment in­ter­ro­gé, il s’agit d’une « sor­tie de route ». Ou, en d’autres termes, le tri, su­per­be­ment me­né par Sé­bas­tien Josse, a quit­té sa tra­jec­toire sans doute en rai­son d’un pro­blème de pi­lote, en­traî­nant le plan­tage des trois étraves. Un ra­len­tis­se­ment d’une bru­ta­li­té in­ouïe, équi­valent à une dé­cé­lé­ra­tion de l’ordre de 1,4 G. « C’est comme un ac­ci­dent de voi­ture, pré­cise Guillaume Ver­dier. Au mo­ment de l’ac­ci­dent, Ed­mond de Roth­schild mar­chait à 40/42 noeuds, né­go­ciant des vagues d’en­vi­ron 4,50 m de haut. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire plus cos­taud même si nous ne fe­rons ja­mais des ba­teaux in­cas­sables. Nous sommes peut-être en re­tard dans nos études à la lu­mière des per­for­mances in­soup­çon­nées de ces mul­tis et de la ca­pa­ci­té des ma­rins à les me­ner dans les pires condi­tions. » Fau­drait-il étu­dier le com­por­te­ment de ces monstres en bas­sin de ca­rène, les confron­ter à la houle, à ce type de dé­cé­lé­ra­tion ? Guillaume Ver­dier a dé­jà ten­té ce type d’es­sais. « Ils se sont ré­vé­lés un échec.

Les pla­te­formes ont été tes­tées à vi­tesse constante et leur mise en tra­vers s’est sol­dée par des dé­té­rio­ra­tions de la pla­te­forme de trac­tion. » Il reste qu’au­jourd’hui, rien ne pour­ra ja­mais rem­pla­cer des es­sais gran­deur na­ture dans le mau­vais temps. Mal­heu­reu­se­ment, ils n’ont pu être me­nés du­rant l’été en rai­son d’un manque de vent évident. Cer­tains es­prits cha­grins ne man­que­ront pas de rap­pe­ler que des ba­teaux comme Ma­cif, confron­té à la perte d’un foil, d’un sa­fran, ont dé­jà ac­com­pli des tours du monde, au même titre que So­de­bo. C’est ou­blier que dans cette Route du Rhum, ils ont été confron­tés à du près dans du vent fort, avec la mer de face. Condi­tions ra­re­ment ren­con­trées dans les mers du Sud. Quoi qu’il en soit, Guillaume Ver­dier, tout comme Xa­vier Guil­baud de chez VPLP, sont for­mels. Pour la sé­cu­ri­té des ma­rins, il de­vient urgent que les connais­sances scien­ti­fiques soient mises en com­mun comme ce­la avait dé­jà été fait après la Route du Rhum 2002, mar­quée par une ava­lanche de ca­tas­trophes.

Banque Po­pu­laire IX, le foi­ler géant qui nous a fait tant rêver, n’est plus.

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