Bas­set Hound

Le chas­seur An­glais

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La fa­mille brac­coïde

Le Bas­set Hound, comme tous les chas­seurs des 6è, 7è, 8è groupes, fait par­tie de la vaste fa­mille des brac­coïdes. Ce mor­pho­type uti­li­taire pro­cède d’une spé­cia­li­sa­tion de la fonc­tion cy­né­gé­tique du chien : la quête hors vue. Sa forme la plus pres­ti­gieuse et ri­tua­li­sée est la vé­ne­rie - le courre en meute. Avec leurs hautes ca­pa­ci­tés ol­fac­tives et ath­lé­tiques, les brac­coïdes ont contri­bué au pro­fond chan­ge­ment de na­ture de la chasse, de pour­voi ali­men­taire jus­qu’en loi­sir spor­tif; en­traî­ne­ment à la fois lu­dique et guer­rier, elle a joué sa part dans les mé­ca­nismes de re­pré­sen­ta­tion du cloi­son­ne­ment so­cial. Le brac­coïde n’ar­bore ni la ra­pi­di­té du lé­vrier, ni la force du mo­losse, mais un com­pro­mis de vi­tesse, d’en­du­rance et de puis­sance, in­dis­pen­sable pour col­ler lon­gue­ment à la voie du gi­bier et si né­ces­saire l’af­fron­ter. Le pis­tage d’un ani­mal sur une longue dis­tance re­quiert une im­por­tante dé­pense éner­gé­tique : la co­opé­ra­tion entre membres de la meute y pal­lie; en vé­ne­rie, un li­mier, choi­si pour ses qua­li­tés su­pé­rieures, est en outre char­gé de dé­bus­quer le gi­bier et gui­der la meute. La mor­pho­lo­gie brac­coïde est mé­dio­ligne, hor­mis chez les bas­sets où l’achon­dro­pla­sie, comme chez l’homme, est une mu­ta­tion af­fec­tant seule­ment la crois­sance des membres. Ap­pa­rue na­tu­relle- ment (elle est re­pé­rable dans l’ico­no­gra­phie de­puis l’an­ti­qui­té égyp­tienne), elle a été sé­lec­tion­née dès que lors­qu’en contexte cy­né­gé­tique, l’in­té­rêt d’avoir des chiens à la cor­pu­lence et au vo­lume cé­pha­liques nor­maux mais aux pattes courtes, s’est af­fir­mé : le bas­set peut se dé­pla­cer plus fa­ci­le­ment à cou­vert, voire sous terre, tout en conser­vant la ro­bus­tesse de pis­ter, pour­suivre, af­fron­ter le gi­bier. En tête, le type brac­coïde se ca­rac­té­rise par un crâne et un mu­seau for­mant deux pa­ral­lé­lo­grammes bien rec­tan­gu­laires, aux angles mar­qués, aux lignes ten­dant au pa­ral­lé­lisme. Par rap­port au crâne, le chan­frein est large, lais­sant

place à de grandes ca­vi­tés na­sales fa­vo­ri­sant la per­for­mance ol­fac­tive : l’aug­men­ta­tion de la sur­face de l’épi­thé­lium na­sal ac­croît la pro­ba­bi­li­té de con­tact entre une mo­lé­cule odo­rante et son ré­cep­teur. Outre ce­la, la ra­di­ca­li­sa­tion du mor­pho­type brac­coïde, qui s’ex­prime chez cer­tains cou­rants comme le Bas­set Hound par un al­lon­ge­ment re­mar­quable des lèvres et de pa­villons au­ri­cu­laires im­plan­tés très bas, pour­rait jouer un rôle fonc­tion­nel : en traî­nant à terre de part et d’autre du nez du chien lors­qu’il l’abaisse au sol, ils fe­raient tour­billon­ner les mo­lé­cules odo­rantes, op­ti­mi­sant la prise d’éma­na­tions.

L’émer­gence de la fonc­tion de pis­teur hors vue et du brac­coïde ne coïn­cident pas dans la même sphère tem­po­relle. Avant le dé­ve­lop­pe­ment des brac­coïdes, des chiens pri­mi­tifs ont tra­qué le gi­bier hors vue, aus­si som­maires aient pu être alors les pra­tiques, et ont conti­nué à le faire dans maintes contrées. C’est sous l’an­ti­qui­té gré­co­ro­maine que les sources livrent des pré­misses de l’ap­pa­ri­tion du brac­coïde, même si à ce stade le chas­seur hors vue semble ar­bo­rer le plus sou­vent une ap­pa­rence peu spé­cia­li­sée. L’ini­tia­tive de la fixa­tion de ce per­fec­tion­ne­ment du chien cou­rant que consti­tue le brac­coïde, pour­rait s’être pro­duit dans le monde cel­tique et plus par­ti­cu­liè­re­ment en Gaule, se pro­lon­geant en­suite au­près des con­qué­rants ger­ma­niques et des élites so­ciales de l’eu­rope oc­ci­den­tale mé­dié­vale.

Pour s’as­su­rer la pos­ses­sion de ter­ri­toires gi­boyeux les sou­ve­rains mé­ro­vin­giens puis ca­ro­lin­giens s’at­tri­buent pro­gres­si­ve­ment un do­maine fo­res­tier ré­ser­vé. A l’avè­ne­ment de la féo­da­li­té, l’émiet­te­ment du pou­voir ten­dra pro­gres­si­ve­ment à faire de la chasse un pri­vi­lège no­bi­liaire. Les grandes meutes sei­gneu­riales s’ap­pa­rentent à des uni­tés de re­pro­duc­tion, orien­tées vers une spé­cia­li­sa­tion ac­crue des mor­pho­types fonc­tion­nels. Le chien cou­rant se sub­di­vise en plu­sieurs for­mats et af­fec­ta­tions sur gi­biers dif­fé­rents, tan­dis que la vé­ne­rie adopte des règles de plus en plus pré­cises, consi­gnées dans des trai­tés.

Voyage Outre-manche

L'ico­no­gra­phie fran­çaise sug­gère que cer­tains chiens cou­rants pré­sentent au Moyen-age des pré­misses du for­mat bas­set ; c'est pro­ba­ble­ment d'abord pour la chasse au dé­ter­rage des re­nards et blai­reaux que des chiens à membres courts sont uti­li­sés ; ces chiens « de terre » sont ci­tés dans les trai­tés cy­né­gé­tiques. Puis le bas­set se fait plus po­ly­va­lent, comme l’ex­plique Jacques du Fouilloux (La Vé­ne­rie, 1573), qui évoque pour la pre­mière fois deux ver­sions ap­pe­lées à se pro­lon­ger : « il faut en­tendre pre­miè­re­ment que nous au­rons deux es­pèces de bas­sets, des­quels nous di­rons la race être ve­nue des pays de Flandres et d'ar­tois : dont les uns ont les jambes torses et sont com­mu­né­ment à court poil; les autres ont les jambes torses et sont com­mu­né­ment à gros poil comme Bar­bet ». Les pre­miers « coulent plus ai­sé­ment en la terre que les autres, et sont meilleurs pour les Blai­reaux, d'au­tant qu'ils y de­meurent plus lon­gue­ment, te­nant mieux sans sor­tir. » Les se­conds « servent à deux mé­tiers, parce qu'ils courent sur terre comme Chiens cou­rants, et entrent de plus grande fu­reur et har­diesse en terre que les autres, mais ils n'y de­meurent pas si lon­gue­ment. » Le roi Charles IX (La Vé­ne­rie royale, v. 1574) in­dique que les chiens ap­pe­lés alors Saint-hu­bert ont «les jambes courtes et basses » et sont sou­vent uti­li­sés comme li­miers.

A la Ré­vo­lu­tion Fran­çaise, les grandes meutes sei­gneu­riales sont dis­per­sées, mais la chasse se dé­mo­cra­tise et des meutes plus pe­tites sont re­cons­ti­tuées dans de nom­breuses pro­vinces. Tan­dis que le bas­set à membres tors, plus lent, reste plus sou­vent uti­li­sé au dé­ter­rage, le bas­set à membres droits se dé­ve­loppe, sous plu­sieurs va­rié­tés ré­gio­nales, comme une des ver­sions du chien cou­rant. Il est noir et feu, blanc et orange, tri­co­lore, par­fois à poil grif­fon­né; ses oreilles sont moins larges et moins longues que celle des autres cou­rants, avec un mu­seau par­fois plus fin, ex­plique Buf­fon. Dans la chasse à tir, qui se dé­ve­loppe for­te­ment au dé­but du XIXÈ siècle grâce aux pro­grès tech­niques des armes à feu, il est uti­li­sé pour chas­ser renard, lièvre, la­pin, en criant sur la voie. Cer­tains font aus­si de la re­cherche au sang. Mais le Trai­té gé­né­ral des Eaux et Fo­rêts (1834) in­dique que le bon bas­set reste fon­ciè­re­ment po­ly­va­lent, le même su­jet étant ca­pable de chas­ser sous terre et sur terre, à courre et à tir, et qu'il peut pis­ter tout gi­bier à poil, y com­pris loup ou san­glier.

Vers la fin du XIXÈ siècle, les bas­sets fran­çais sont sup­plan­tés au dé­ter­rage par des ter­riers bri­tan­niques. Mais ils res­tent très ap­pré­ciés du « chas­seur rus­tique » qui tire le lièvre et le la­pin : « les bas­sets, avec leur per­fide len­teur qui laisse le gi­bier en pleine sé­cu­ri­té jouer et mu­ser de­vant eux, sont les plus utiles auxi­liaires du chas­seur à tir » (Pierre Joi­gneaux, Le livre de la ferme et des mai­sons de cam­pagne, 1865). Ils ont donc le dé­faut d'être « mu­sards », mais ils sont très col­lés à la voie et pos­sèdent une belle gorge. Leur len­teur, due à leurs membres courts, est une qua­li­té : « c'est à cette cause qu'il faut at­tri­buer l'es­time dans la­quelle ils sont en France, par cette bonne rai­son qu'avec des bas­sets on tue énor­mé­ment de gi­bier, lièvres, la­pins ou che­vreuils. Les ani­maux n'étant pas ef­frayés trot­tinent de­vant les bas­sets, (...) et ar­rivent bien­tôt de­vant le chas­seur em­bus­qué », ajoute H. B. Ré­voil ( His­toire phy­sio­lo­gique et anec­do­tique des chiens de toutes races, 1857). A l'époque, les bas­sets fran­çais les plus re­nom­més viennent tou­jours de Flandre et d'ar­tois.

A la veille de la nais­sance de la cy­no­phi­lie, les meutes de bas­sets sont hé­té­ro­gènes en type, ces chiens étant ap­pré­ciés pour leur fonc­tion­na­li­té mais ne bé­né­fi­ciant d'au­cun pres­tige par­ti­cu­lier. La cy­no­phi­lie va fixer les dif­fé­rentes va­rié­tés ré­gio­nales. Chez les poils ras, bas­sets d'ar­tois et bas­sets nor­mands, un peu plus lourds, se­ront fon­dus dans

l'ac­tuel Bas­set Ar­té­sien Nor­mand. Le comte Le Cou­teulx de Can­te­leu élève des bas­sets dans son che­nil nor­mand de Saint-mar­tin à par­tir des an­nées 1870, sui­vi no­tam­ment par le duc de Plai­sance, Louis Lane, Jules Ma­chard, le mar­quis de Tour­non, et le che­nil du Jar­din d'ac­cli­ma­ta­tion.

Les Bri­tan­niques n'ont pas igno­ré les chiens de chasse aux membres courts, puisque cer­tains de leurs ter­riers ont été confor­més se­lon ce mo­dèle et que le Beagle, sans être vrai­ment bas­set, est as­sez près de terre. Mais ils vont for­te­ment s’in­té­res­ser aux bas­sets fran­çais : le pre­mier im­por­ta­teur connu est le co­lo­nel Tho­mas Thorn­ton, qui en 1802 ra­mène un su­jet à pattes torses, puis sans doute d’autres su­jets ; il fonde une li­gnée, tout comme le prince de Galles ( fu­tur George IV). D’autres im­por­ta­teurs, Eve­rett Millais, lord Gal­way, le comte d'ons­low, George Krehl, Mme El­lis, montrent leurs « french bas­sets » en ex­po­si­tions à la fin du XIXÈ siècle. La reine Alexan­dra (épouse d'edouard VII) élève des bas­sets, ain­si que Mme Tot­tie qui pos­sède aus­si des poils durs. Fi­no de Pa­ris, Mo­del, Bour­bon, Fo­res­ter, Pa­ris, Fi­nette, Ju­pi­ter, Pal­las, sont par­mi les fon­da­teurs du chep­tel an­glais. La race est re­con­nue en 1883 par le Ken­nel Club, un club créé. Millais, col­la­bo­ra­teur du Fan­cier's Ga­zette et Krehl, édi­teur du Sto­ckKee­per, font beau­coup pour pro­mou­voir ces chiens, qui comptent vers 1890 plus de su­jets en ex­po­si­tions qu'en France. Ils ré­orientent le type vers le Blood­hound, en ré­di­geant en 1887 un stan­dard qui s'ins­pire de ce­lui-ci et en ef­fec­tuant des croi­se­ments, créant le mo­dèle bri­tan­nique du Bas­set Hound. Outre le chep­tel d'ex­po­si­tion, quelques équi­pages

de chasse se forment, dont Wal­hamp­ton aux frères He­sel­tine. Le chep­tel pâ­tit des deux guerres mon­diales, mais se re­forme après 1918 grâce aux chiens de cet équi­page et après 1945 avec des ap­ports conti­nen­taux et grâce no­tam­ment à Mmes Grew, Elms, Kee­vil (Grims). Le club est ré­ac­ti­vé en 1954. Sa branche uti­li­sa­tion a long­temps en­tre­te­nu un équi­page de chasse au lièvre (Al­ba­ny Bas­sets). Mais en 2002, elle se sé­pare du Bas­set Hound Club, es­ti­mant que les su­jets mo­dernes ins­crits au Ken­nel Club sont trop lourds pour res­ter fonc­tion­nels, et en­tre­prend des croi­se­ments; l'ap­pa­rence fi­nale dif­fère si­gni­fi­ca­ti­ve­ment de celle du Bas­set Hound.

Ce que bas­set veut dire

La cy­no­phi­lie bri­tan­nique a donc pro­gres­si­ve­ment orien­té la race vers un mo­dèle dif­fé­rent de ses as­cen­dants fran­çais, plus vo­lu­mi­neux tout en res­tant ré­so­lu­ment bas­set. Il toise 33 à 38 cm, pour 25 à 35 kg ; ce n’est donc pas un pe­tit chien. Il est puis­sant, avec beau­coup de sub­stance. Le corps pa­raît long mais il ne l’est pas plus que ce­lui d’un chien aux membres nor­ma­le­ment al­lon­gés. La ligne de des­sous est plate, le ventre ne re­monte guère. Le dos est as­sez large, le rein et le gar­rot si­tués en­vi­ron à la même hau­teur. La poi­trine est large mais pas trop des­cen­due, le ster­num pro­émi­nent, les côtes bien ar­ron­dies. L'en­co­lure est in­cur­vée, mus­clée, de bonne lon­gueur, avec un fa­non pro­non­cé mais sans exa­gé­ra­tion.

Les membres sont courts, mus­clés, avec une forte os­sa­ture, gar­nis de plis de peau lâche. Les coudes sont bien pla­cés contre la poi­trine; les avant-bras ne sont en au­cun cas dé­for­més comme ceux des bas­sets aux pattes torses de ja­dis (ca­rac­té­ris­tique qui peut ac­com­pa­gner l'achon­dro­pla­sie); les membres ne doivent pas se tou­cher ni gê­ner le mou­ve­ment. Les poi­gnets ne sont pas af­fais­sés, la sta­tion de­bout doit être te­nue de fa­çon nor­male. Les membres pos­té­rieurs sont bien an­gu­lés, les jar­rets d'aplombs. Les pieds sont mas­sifs, les an­té­rieurs droits voire lé­gè­re­ment tour­nés vers l'ex­té­rieur. La queue, forte à la base, se porte en sabre, re­cour­bée vers le haut en ac­tion, sans s'en­rou­ler. Mal­gré le rayon ré­duit des membres, les al­lures doivent être nor­males, fa­ciles, avec bonne im­pul­sion de l'ar­rière et bonne ex­ten­sion vers l'avant, sans rai­deur ni doigts traî­nant au sol. La tête longue et bien pa­ral­lé­lé­pi­pé­dique pré­sente les traits ty­piques du chien cou­rant brac­coïde. Crâne et

chan­frein sont pla­cés sur des axes ten­dant au par­ral­lé­lisme. Le chan­frein bien rec­tan­gu­laire est très lé­gè­re­ment plus long que le crâne qui est en dôme, moyen­ne­ment large, avec oc­ci­put pro­émi­nent ; le stop est mo­dé­ré. Des plis gar­nissent la tête en quan­ti­té mo­dé­rée, plus mar­qués lorsque le chien baisse la tête. Les lèvres su­pé­rieures re­couvrent lar­ge­ment les in­fé­rieures. L'ar­ti­cu­lé den­taire est en ci­seaux, la truffe large, noire, éven­tuel­le­ment mar­ron pour les robes claires. Les yeux sont fon­cés ; l’ou­ver­ture pal­pé­brale est en forme de lo­sange, ce qui im­plique en sous-texte qu’une cer­taine laxi­té de la pau­pière in­fé­rieure reste per­mise. Les fines et longues oreilles, bien pa­pillo­tées, sont at­ta­chées sous de la ligne de l'oeil. L'en­semble forme une phy­sio­no­mie grave, mé­lan­co­lique, qui fait l’at­trait par­ti­cu­lier du Bas­set Hound, comme s’il sup­por­tait avec stoï­cisme tous les mal­heurs du monde... Son image a donc été fré­quem­ment uti­li­sée par le ci­né­ma, la té­lé­vi­sion, le des­sin ani­mé (Droo­py), la pu­bli­ci­té (de Hush Pup­pies à Té­lé Z).

Le poil est lisse, court, ser­ré sans être trop fin, non fran­gé. La robe est tri­co­lore (noir, feu, blanc) ou bi­co­lore (blanc et fauve clair, ap­pe­lé ci­tron), la pro­por­tion entre les cou­leurs étant peu im­por­tante : le noir peut être éten­du ou for­mer seule­ment une selle ou des tâches, le blanc peut être dis­cret ou plus en­va­his­sant. Les deux robes peuvent s'ap­pa­rier. Toute autre cou­leur usuelle chez les chiens cou­rants reste ad­mise.

Com­pa­gnon et chas­seur

Con­trai­re­ment à ce que peut sug­gé­rer sa mine éplo­rée, le Bas­set Hound s’avère un com­pa­gnon dé­mon­tra­tif, joyeux, tendre, proche de ses maîtres, calme et fort agréable à vivre. C’est un chien de fa­mille très fiable, doux avec les en­fants. Il peut s'adap­ter éven­tuel­le­ment à la vie en ap­par­te­ment, sous ré­serve qu'il bé­né­fi­cie de pré­sence et d'exer­cices suf­fi­sants; en bon chien de meute, il n’ap­pré­cie guère la so­li­tude. Son de­gré d'ac­ti­vi­té est en fonc­tion de son maître : il fait montre de dy­na­misme, et hors contexte de chasse, ap­pré­cie as­su­ré­ment les longues pro­me­nades.

Cô­té obéis­sance, on le dit opi­niâtre, pas très mal­léable. Mais en l’édu­quant avec tact, per­sé­vé­rance, la dose de fer­me­té né­ces­saire mais sans le bra­quer, on peut lui in­cul­quer les bons prin­cipes. « Plu­tôt que tê­tu, je di­rais que c’est un chien phi­lo­sophe », ex­plique plai­sam­ment l’éle­veur Fre­de­ri­co Isas­ca. « Il semble es­ti­mer qu’il ne sert à rien de se stres­ser, et qu’avant d’ob­tem­pé­rer, il a tout le temps de fi­nir ce qu’il était en train de faire »… « Il faut in­sis­ter, ins­tal­ler une bonne com­pli­ci­té, lui par­ler, et il obéit. Et à plu­sieurs, l’ef­fet meute fonc­tionne à plein : les jeunes ap­prennent au con­tact des adultes », note l’éle­veur Guy Pas­cal. Ai­mable avec tout le monde, très cor­dial avec les vi­si­teurs, la garde n’est pas du tout son af­faire, même s’il lance quelques aboie­ments de sa belle voix grave pour pré­ve­nir d’une ar­ri­vée. Au ni­veau de la co­ha­bi­ta­tion avec ses congé­nères, là en­core on re­con­naît le bon chien de meute : il s’en­tend très bien avec cha­cun, en ap­pli­quant les prin­cipes hié­rar­chiques. La meute, c'est d’ailleurs son en­vi­ron­ne­ment uti­li­taire na­tu­rel. En tant que cou­rant, il n’est pas fait pour chas­ser seul ; trois à quatre su­jets conviennent dé­jà bien.

Le Bas­set Hound est un cou­rant ro­buste, en­du­rant, au nez puis­sant et fin. Un peu froid au dé­but de la chasse, il s'échauffe au fur et à me­sure. Con­for­mé­ment à son ga­ba­rit il est as­sez lent mais pas lam­bin, me­nant un train ré­gu­lier. Il est sur­tout dé­ter­mi­né, très ap­pli­qué, col­lé à la voie. Il ne chasse pas bien loin du fu­sil, ce qui est com­mode pour le conduc­teur. Il peut me­ner plu­sieurs heures sans chan­ger d’ani­mal. C'est un chien de plaine, de moyenne mon­tagne, de fo­rêt ; il n’est pas brous­sailleur, mais peut ren­trer dans un four­ré si sa piste l’y mène. Il chasse le lièvre, mais ex­celle aus­si sur la­pin ou che­vreuil.

Mais une pe­tite mi­no­ri­té seule­ment du chep­tel chasse ré­gu­liè­re­ment, « et quant aux équi­pages, on n’en compte que cinq »,

note le pré­sident du club Jean-pierre Ar­naud. Néan­moins, la race reste en­core connec­tée à sa fonc­tion. Comme tous les cou­rants, dans la no­men­cla­ture FCI elle bé­né­fi­cie d’épreuves de tra­vail of­fi­cielles. En outre, le bre­vet de chasse est obli­ga­toire pour l’ho­mo­lo­ga­tion du titre de Cham­pion de France de Confor­mi­té au Stan­dard et le bre­vet fi­gure dans la grille de co­ta­tion du club à par­tir de l’éche­lon 3. L’éle­veur qui veut va­lo­ri­ser ain­si ses re­pro­duc­teurs leur fait donc pas­ser l’épreuve, qui se dé­roule le plus sou­vent sur lièvre ou la­pin. Par ailleurs, pour tout su­jet, le TAN per­met de vé­ri­fier si l’ata­visme reste pré­sent dans le chep­tel ;« 70% des chiens pré­sen­tés le réus­sissent », in­dique M. Ar­naud, « et à de nom­breux su­jets, il ne man­que­rait pas grand chose pour être très bons ». « Pour ceux qui le ratent, c’est prin­ci­pa­le­ment parce qu’ils ré­pugnent à s’éloi­gner de leur maître », note M. Pas­cal.

Evo­lu­tions

Le Bas­set Hound s’est in­tro­duit aux Etats-unis dans les an­nées 1920, un club étant créé en 1935. A par­tir des an­nées 1950, la race prend son es­sor en tant que chien de com­pa­gnie ; ci­né­ma, sé­ries té­lé, des­sins ani­més, pu­bli­ci­té uti­li­se­ront son image, lui confé­rant une grande po­pu­la­ri­té. La race at­tein­dra par la suite les 18 000 ins­crip­tions an­nuelles à L’AKC, puis ses ef­fec­tifs bais­se­ront ; elle se si­tuait en 2015 à la 39è place de la pro­duc­tion toutes races. La Fé­dé­ra­tion Cy­no­lo­gique In­ter­na­tio­nale suit d’abord le stan­dard amé­ri­cain, avant d’adop­ter le stan­dard an­glais en 1978. En Gran­deB­re­tagne, il y avait 580 ins­crip­tions en 2015 – avec des ef­fec­tifs en dé­clin. La race est as­sez dis­crète en Eu­rope oc­ci­den­tale : 368 ins­crip­tions en Ita­lie, 126 en Al­le­magne, 134 aux Pays-bas, 94 en Es­pagne, par exemple. Le Bas­set Hound est im­por­té en France dans les an­nées 1950. Le pre­mier su­jet ins­crit au LOF est Mas­cot von Her­zog­tum à M. Wal­terMa­cran, sui­vi par War­wick Fer­nan­do et Sa­bi­na Fair, couple amé­ri­cain à M. Tas­ker. L’éle­vage dé­marre dans les an­nées 1960, avec Ray­mond de Ké­gue­lin de Ro­zières (Gué Péan), puis no­tam­ment Paul Liot (de Dou­ci­gny), Thel­ma Pe­ress. Le Club du Bas­set Hound a été fon­dé en 1967. La race comp­tait 653 ins­crip­tions LOF en 2015, avec des ef­fec­tifs en lé­gère ré­ces­sion. En Grande-bre­tagne, le stan­dard du Bas­set Hound et ce­lui d’autres races a été re­vu, suite à la dif­fu­sion sur la BBC en 2008 du do­cu­men­taire « Pe­di­gree Dogs Ex­po­sed », qui a stig­ma­ti­sé l’ap­pa­rence des chiens de race pré­sen­tés en ex­po­si­tions, no­tam­ment celle du Bas­set hound. L’émis­sion a eu un fort re­ten­tis­se­ment; BBC et spon­sors se sont désen­ga­gés de l’ex­po­si­tion Cruft’s, les as­so­cia­tions de pro­tec­tion ani­male sont mon­tées au cré­neau. Le Ken­nel Club a ré­agi en mo­di­fiant de nom­breux stan­dards pour lut­ter contre les hy­per­types. La po­lé­mique n’est pas éteinte Ou­treManche ; en 2012, la BBC a re­fait un do­cu­men­taire sur le même su­jet, où Ken­nel Club et éle­veurs ont été à nou­veau cri­ti­qués.

Con­cer­nant le Bas­set Hound, la sé­lec­tion bri­tan­nique avait pro­gres­si­ve­ment ac­cen­tué la laxi­té cu­ta­née et la construc­tion bas­sette. C’est sur ces deux points que le stan­dard a été mo­di­fié, chan­ge­ments in­té­grés en­suite par la FCI. L’ac­cent est mis sur la fonc­tion­na­li­té de la mor­pho­lo­gie, qui doit per­mettre à tout su­jet de se dé­pla­cer avec l’en­du­rance et l’éner­gie re­quises. Le Bas­set Hound à la poi­trine ra­sant le sol n’est plus de mise. La dis­tance entre le ster­num et le sol doit être suf­fi­sante pour que le chien puisse s’ac­ti­ver nor­ma­le­ment sur tout type de ter­rain. Les rides en tête sont dé­si­rées lé­gères (non plus mo­dé­rées) et en pe­tite quan­ti­té ; les plis sur les membres ne doivent pas se pré­sen­ter en ex­cès; le fait qu’un cer­taine quan­ti­té de peau en trop soit dé­si­rable n’est plus sti­pu­lé. Les oreilles sont longues au point de dé­pas­ser lé­gè­re­ment le mu­seau (et non plus « bien dé­pas­ser »). La ca­rac­té­ris­tique de la conjonc­tive vi­sible a dis­pa­ru du do­cu­ment. No­tons que le stan­dard de tra­vail de la race, pour les su­jets des pays de la FCI, ca­rac­té­ri­sait dé­jà des su­jets dé­pour­vus des ex­cès ne per­met­trant pas au Bas­set Hound de res­ter fonc­tion­nel. Les ef­fec­tifs chas­seurs avaient donc gar­dé un type moins lourd.

« Le chep­tel fran­çais est glo­ba­le­ment très cor­rect », es­time le pré­sident du club Jean-pierre Ar­naud. « Les éle­veurs qui ont pi­gnon sur rue tra­vaillent très bien, d’autres non mais c’est le cas dans toutes les races. L’évo­lu­tion est sa­tis­fai­sante : on constate en ex­po­si­tions beau­coup moins de chiens hy­per­ty­pés. Un Bas­set Hound ne doit pas pe­ser 40 kg. On a donc un chep­tel plus ho­mo­gène, l’en­semble s’étant rap­pro­ché de l’ap­pa­rence des su­jets qui chassent ». « Il y a en­core des points à amé­lio­rer », es­time M. Isas­ca, « au ni­veau des aplombs, cer­tains chiens ayant les an­té­rieurs très pa­nards, des lignes de dos, pas as­sez fermes, et d’un manque de par­ral­lé­lisme entre crâne et chan­frein. Il faut aus­si veiller, en lut­tant contre l’hy­per­type, à ne pas perdre l’os­sa­ture ; le Bas­set Hound n’est pas le Bas­set Ar­té­sien Nor­mand. » « Il est bon que la race ait évo­lué », ap­prouve M. Pas­cal ; « on ne peut pas dire que le Bas­set Hound souf­frait de son stan­dard, mais un chien dont les yeux se ferment quand il met le nez au sol, ce n’est guère com­mode pour une race de chasse… Je pense que les juges de­vraient da­van­tage sanc­tion­ner l’hy­per­type, et da­van­tage d’éle­veurs faire d’ef­forts dans ce sens - et d’une ma­nière gé­né­rale, adop­ter une meilleure dé­marche sé­lec­tive. Je pos­sède en­core des chiens de l’an­cien type, mais je ne les ex­pose plus et je ne les fais plus re­pro­duire. La clien­tèle a ten­dance quant à elle à ap­pré­cier l’hy­per­type, il y a donc un ef­fort de pé­da­go­gie à faire au­près d’elle ». Clien­tèle qui est at­ti­rée en pre­mier lieu par le look ini­mi­table du Bas­set Hound, avant d’être ga­gnée par son ca­rac­tère dé­bon­naire et tran­quille. Et si on ne le fait pas chas­ser, on peut au moins lui of­frir de bonnes ba­lades cam­pa­gnardes où exer­cer un peu son nez, et prendre un exer­cice sa­lu­taire… mo­ti­va­tion sup­plé­men­taire pour bien s’en­tre­te­nir soi-même !

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