Epa­gneul du Ti­bet

Doux & com­plice

Vos Chiens - - La Une -

On ap­pré­cie au­jourd’hui l’epa­gneul du Ti­bet pour sa dou­ceur, sa com­pli­ci­té et son cô­té joueur. S’il est de­puis quelques dé­cen­nies dé­jà le pe­tit chien de com­pa­gnie idéal, ce­la n’a pas tou­jours été le cas. Les ori­gines an­ces­trales de l’es­pèce nous dé­voilent en ef­fet un chien pro­té­gé, rare et sa­cré. Bien qu’il ne soit pas tou­jours fa­cile de dé­ce­ler le vrai du faux au mi­lieu de ces lé­gendes, on de­vine l’im­por­tance qu’a pu avoir ce chien dans l’his­toire. His­toire qu’il conti­nue d’écrire au­jourd’hui en Oc­ci­dent, lui qui vient pour­tant des temples d’orient.

Un épa­gneul, vrai­ment ?

Mal­gré son ap­pel­la­tion d’épa­gneul, le Tib­by, comme aiment l’ap­pe­ler les an­glo­phones, est loin d’être un chien que l’on peut uti­li­ser pour la chasse. L’epa­gneul Ti­be­tain est pré­fé­ré pour son cô­té joueur et sa dou­ceur, qui font de lui un par­fait chien de com­pa­gnie. Mais pour­quoi donc lui avoir at­tri­bué l’ap­pel­la­tion d’épa­gneul alors ? Il sem­ble­rait qu’au mo­ment de la dé­cou­verte de toutes ces pe­tites races ex­trême-orien­tales, vers la fin du XIXE et le dé­but du XXE siècle, on ait at­tri­bué, se ré­fé­rant à leurs formes gé­né­rales, des ap­pel­la­tions cor­res­pon­dantes à des va­rié­tés ca­nines dé­jà connues à l’époque en Oc­ci­dent, eux qui n’avaient pour­tant, dans leur pays d’ori­gines, au­cune fonc­tion cy­né­gé­tique d’épa­gneul ou de ter­rier. Mais le temps fai­sant son tra­vail, ces qua­li­fi­ca­tions ont conti­nué de dé­si­gner cer­tains d’entre eux, à titre de conven­tion, et c’est no­tam­ment le cas de l’epa­gneul du Ti­bet ou du Ter­rier Ti­bé­tain.

Comme c’est le cas avec toutes les races d’ex­trême-orient dé­cou­vertes à la même époque, il est sou­vent dif­fi­cile de dé­ter­mi­ner la­quelle de ces races est an­té­rieure à l’autre, par rap­port à ses ho­mo­logues des pays voi­sins. Mais à en croire les échanges aus­si nom­breux que ré­gu­liers entre les dif­fé­rents pays que sont la Chine, le Ti­bet, la Co­rée, le Ja­pon ou en­core les ter­ri­toires de la bar­rière hi­ma­layenne, il sem­ble­rait que cette in­ter­ro­ga­tion soit sans im­por­tance ma­jeure, car toutes ces races ont très pro­ba­ble­ment une his­toire si­mi­laire. C’est d’ailleurs au Bhou­tan, à l’est de la chaîne de l’hi­ma­laya, que l’on trouve en­core au­jourd’hui des souches proches de l’epa­gneul du Ti­bet, ap­pe­lées « Dam­ci ». Il s’agi­rait d’un nom gé­né­rique pour ce genre de chiens. Du cô­té des Ti­bé­tains aus­si on re­trouve une souche si­mi­laire, qui por­te­rait cette fois le nom de « Jemtse Ap­so ». On pense qu’il pour­rait s’agir d’une ex­pres­sion com­po­sée sur les termes de « jem tse », si­gni­fiant « ci­seaux », et d’« ap­so » dé­ri­vé de « rap­so » , dé­si­gnant une es­pèce de chèvres à poil long. Comme leurs voi­sins du Bhou­tan, les Ti­bé­tains uti­li­se­raient ce terme comme gé­né­rique, pour dé­si­gner l’en­semble des chiens à poil court. On re­trouve ce terme d’ap­so dans une race ca­rac­té­ri­sée par ses poils très longs et connue au­jourd’hui sous le nom de Lhas­sa Ap­so, un chien éga­le­ment ori­gi­naire du Ti­bet.

L’his­toire du Tib­by...

Car si l’his­toire de l’epa­gneul du Ti­bet conti­nue de s’écrire au­jourd’hui en Oc­ci­dent, c’est bien en Orient qu’elle a com­men­cé et il y a de ce­la de très nom­breuses an­nées. Sans for­cé­ment leur at­tri­buer un hé­ri­tage com­mun et di­rect, on constate tout de même que les ves­tiges ca­nins, ex­hu­més de la pé­riode Néo­li­thique, montrent que les chiens d’asie sont gé­né­ra­le­ment plus pe­tits que ceux que l’on a pu trou­ver sur les autres con­ti­nents. Si l’on avance dans le temps, on peut éga­le­ment s’in­ter­ro­ger sur d’éven­tuels rap­ports de fi­lia­tion entre les pe­tits chiens de com­pa­gnie gré­co- ro­mains et leurs ho­mo­logues d’ex­trême-orient. Ces liens au­raient en ef­fet pu naître du com­merce par­ti­cu­liè­re­ment in­tense à cette époque entre les Ro­mains et l’em­pire du Mi­lieu, no­tam­ment via la Route de la soie. Mais outre leur rôle de fi­dèles com­pa­gnons, c’est aus­si une fonc­tion sa­crée qui a été at­tri­buée aux an­cêtres de l’epa­gneul Ti­bé­tain et à ses cou­sins.

... Entre mythes et réa­li­té

Il n’était pas rare non plus de les re­trou­ver aux cô­tés des moines du Ti­bet, en guise de com­pa­gnons bien sûr, mais éga­le­ment parce qu’ils étaient consi­dé­rés comme une re­pré­sen­ta­tion vi­vante du chien-lion. On re­trouve cette créa­ture chi­mé­rique dans de nom­breux textes fon­da­teurs du boud­dhisme. Son ori­gine dans l’ico­no­gra­phie chi­noise re­mon­te­rait au Ier siècle et vien­drait d’inde, le lion n’étant pas pré­sent en Chine. No­tons tout de même que l’on a éga­le­ment re­trou­vé de plus an­ciennes sta­tuettes de chiens, qui da­te­raient du IIE siècle avant Jé­sus-ch­rist, donc avant la dé­cou­verte du lion. Celles-ci re­pré­sentent des chiens de ma­nières beau­coup plus réa­listes.

Mais une fois le lion dé­cou­vert, il est de­ve­nu, comme dans de nom­breuses ci­vi­li­sa­tions, un sym­bole du pou­voir et de la force. En Chine à cette époque, on donne éga­le­ment au chien-lion des va­leurs de cou­rage, de fi­dé­li­té, de do­ci­li­té et en plus de por­ter bon­heur, il se­rait aus­si un très bon pro­tec­teur. En Chine et au Ti­bet, on place alors des sculp­tures plus ou moins im­po­santes de cette créa­ture fa­bu­leuse à l’en­trée des pa­lais, des temples, ou même des tombes. Par leurs res­sem­blances ex­trêmes, on at­tri­bue au chien-lion des liens étroits avec le lion des neiges, une autre créa­ture sa­crée, que l’on re­trouve no­tam­ment sur le dra­peau du Gou­ver­ne­ment ti­bé­tain en exil, com­mu­né­ment ap­pe­lé « dra­peau ti­bé­tain ». Et cette image sym­bo­lique du chien-lion

n’est pas prête de s’ar­rê­ter, loin de là. Au VIIE siècle, des don­nées ico­no­gra­phiques chi­noises re­pré­sentent des pe­tits chiens de com­pa­gnies, do­tés éga­le­ment de quelques traits léo­nins. Ont-ils été choi­sis pré­ci­sé­ment parce qu’ils af­fi­chaient quelques si­mi­li­tudes avec les re­pré­sen­ta­tions ar­tis­tiques tra­di­tion­nelles ? Ou bien sont-ils à l’ori­gine de ces re­pré­sen­ta­tions sty­li­sées ? Quant au rac­cour­cis­se­ment du chan­frein et à l’ar­ron­dis­se­ment du front ( très abou­tis au­jourd’hui chez les pe­tits chiens ori­gi­naires d’ex­trê­meO­rient), on es­time qu’ils consti­tuent un pro­ces­sus d’évo­lu­tion na­tu­rel, en­ta­mé dès l’émer­gence de l’es­pèce ca­nine. Seule­ment, on se­rait par­fois ten­ter de pen­ser, pour ali­men­ter le mythe sans doute, que ce pro­ces­sus a pu être ac­cen­tué par l’es­thé­tique chi­noise, qui au­rait dic­té ses propres lois à la na­ture elle-même. Pas fa­cile donc, de re­mon­ter le fil des ori­gines de notre pe­tit ami ti­bé­tain et c’est sans doute cette part de mys­tère qui fas­cine et in­trigue au­jourd’hui en­core les pro­prié­taires de races ex­trê­meo­rien­tales. Des chiens sa­crés et se­crets Autre cri­tère qui ali­mente tou­jours plus les lé­gendes au­tour de l’epa­gneul du Ti­bet est qu’on l’a long­temps trou­vé aux cô­tés de hautes classes so­ciales et/ ou re­li­gieuses. La croyance boud­dhiste ap­pro­prie à l’es­pèce ca­nine dans son en­semble, un pou­voir de trans­mi­gra­tion des âmes. On consi­dère même par­fois que les chiens éle­vés dans les la­ma­se­ries ti­bé­taines, c’est à dire les mo­nas­tères boud­dhistes, se­raient les dé­po­si­taires des âmes des moines dé­funts. Un rôle par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant qui élève l’es­pèce à une place de choix dans la so­cié­té. Leur haute va­leur sym­bo­lique per­met­tait à ces pe­tits chiens de bé­né­fi­cier de ca­deaux pres­ti­gieux, ayant pu contri­buer à la dis­per­sion et au mixage de leur pa­tri­moine gé­né­tique. Ain­si, ces es­pèces ori­gi­naires d’ex­trême- Orient ont ar­bo­ré des têtes plus ou moins plates, à l’image de l’epa­gneul du Ti­bet qui consti­tue un in­ter­mé­diaire entre les fa­ciès ca­mus du Pé­ki­nois, du Car­lin et du Shi Tzu et les chan­freins longs, du Lhas­so Ap­so et du Ter­rier du Ti­bet. Ca­chées dans les mo­nas­tères ou les mai­sons bour­geoises, ces es­pèces ti­bé­taines sont long­temps res­tées in­con­nues des Oc­ci­den­taux. C’est à l’his­toire mou­ve­men­tée du Ti­bet que l’on doit leur dé­cou­verte et no­tam­ment à un jour­na­liste bri­tan­nique, Per­ce­val Lan­don, qui ac­com­pa­gna en 1904, l’ex­pé­di­tion de la Gran­deB­re­tagne vers l’asie Orien­tale. Une ex­pé­di­tion qui in­ter­vient dans le cadre de la lutte d’in­fluence entre les Russes et l’ar­mée des Indes Bri­tan­niques et qui est res­tée gra­vée dans l’his­toire sous le nom de « Great Game ». C’est à cette époque que la Grande-bre­tagne s’est at­tri­buée des pri­vi­lèges com­mer­ciaux et di­plo­ma­tiques au Ti­bet, les­quels se­ront consi­gnés dans un trai­té si­gné à Pé­kin en 1906. Les troupes bri­tan­niques se re­ti­re­ront du Ti­bet en 1908, tout en conti­nuant d’exer­cer le droit de re­gard ins­crit au trai­té. Si l’on en re­vient à notre pe­tit Epa­gneul, c’est à ce mo­ment là qu’il semble bien faire par­ler de lui pour la pre­mière fois en Oc­ci­dent.

Une ar­ri­vée dis­crète en An­gle­terre

C’est donc en 1904 que le jour­na­liste Per­ce­val Lan­don prend la di­rec­tion du Ti­bet, ex­pé­di­tion qu’il couvre ini­tia­le­ment pour le Times. De son ex­pé­rience, il en ti­re­ra un livre : The Ope­ning of Ti­bet, dans le­quel il fait quelques ré­fé­rences aux chiens : « Peu de peine est prise par les Ti­bé­tains pour éle­ver leurs chiens, mais ces ani­maux sont très ap­pré­ciés par les gens. Mis à part les très nom­breux

bâ­tards, il est pos­sible de dis­tin­guer au moins quatre races bien ca­rac­té­ri­sées. » A ce pro­pos, le jour­na­liste dé­taille le Ti­be­tan Mas­tiff, le Lhas­sa Ter­rier, une va­rié­té ber­gère ain­si que « le Ti­be­tan Spa­niel. C’est un pe­tit chien noir, par­fois noir et blanc, plu­tôt un Epa­gneul Pé­ki­nois. Les bons spé­ci­mens de cette va­rié­té sont en­core plus rares que les bons Lhas­sa. » En­fin, il ajoute que « les chiens qui sont les plus pri­sés par la haute so­cié­té ti­bé­taine sont les pe­tits chiens de man­chon chi­nois, de dif­fé­rentes va­rié­tés, qui sont ap­por­tés de Pé­kins comme pré­sents par les mar­chands. » Cette re­marque prouve bien que les chiens ont pu cir­cu­ler sur les ba­teaux de mar­chan­dises entre la Chine et le Ti­bet, dans un sens comme dans l’autre. On com­prend éga­le­ment, à tra­vers l’ob­ser­va­tion de Per­ce­val Lan­don, que les plus pe­tits chiens ve­naient très pro­ba­ble­ment de Chine.

Mais avant de dé­cou­vrir le Ti­bet et ses chiens par les yeux et la plume du jour­na­liste du Times, les Bri­tan­niques avaient dé­jà ren­con­tré l’epa­gneul Ti­bé­tain en Inde, où quelques su­jets y avaient été im­por­tés. Et c’est à Mrs Mcla­ren Mor­ri­son que l’on doit la dé­cou­verte de ce pe­tit chien. Elle est la fille du sous-se­cré­taire d’etat aux Co­lo­nies de 1888 à 1892, le ba­ron Pir­bright, c’est elle qui im­porte en An­gle­terre, à la toute fin du XIXE siècle, des Lhas­sa et des Epa­gneuls. Et c’est ain­si que l’on dé­couvre Ye­so, lors d’une ex­po­si­tion en 1898, le pre­mier Epa­gneul Ti­bé­tain pré­sen­té en Eu­rope. Une ar­ri­vée ti­mide, qui met­tra du temps à s’im­plan­ter da­van­tage.

Des té­moi­gnages his­to­riques

On ne manque pas de traces écrites con­cer­nant l’epa­gneul du Ti­bet, qui sem­blait, dé­jà à l’époque, sus­ci­ter l’ad­mi­ra­tion. C’est ain­si qu’en 1908, on ap­prend dans The Ken­nel En­cy­clo­pe­dia que « de­puis le re­tour en Inde de l’ex­pé­di­tion mi­li­taire du Ti­bet il y a deux ans, ce qu’on sa­vait pré­cé­dem­ment à pro­pos des races de chiens de ce pays a été confir­mé, et l’exis­tence d’autre moins connues a été ré­vé­lée. » L’ou­ver­ture du Ti­bet aux ex­plo­ra­teurs an­glais au­ra donc ser­vi la cause des pas­sion­nés de chiens, qui ont ga­gné en pré­ci­sions et en dé­cou­vertes. L’en­cy­clo­pé­die pour­suit : « Avant l’ex­pé­di­tion, le Ti­bet était un pays fer­mé et toutes les in­for­ma­tions ob­te­nues à pro­pos de ses chiens pro­ve­naient de ce que les Ti­bé­tains qui ve­naient en Inde pou­vaient ou vou­laie,t bien en dire. » Avant de dé­tailler, au su­jet de notre amis l’epa­gneul du Ti­bet : « Pour les pe­tites races, le Lhas­sa Ter­rier et le Ti­be­tan Spa­niel sont les plus connues et se sont dé­ve­lop­pées en Inde comme en An­gle­terre. (...) Par rap­port au Lhas­sa Ter­rier, le Ti­be­tan Spa­niel gagne en dé­li­ca­tesse ce qu’il perd en ori­gi­na­li­té. Il ne ca­ra­cole, ni ne danse, ni ne ga­lope aux ta­lons de son maître. C’est un pe­tit chien pour dame, le King Charles de l’est. »

Une tren­taine d’an­nées plus tard, c’est le té­moi­gnage de Mrs Bai­ley, épouse du co­lo­nel Bai­ley, ex­plo­ra­teur es­pion et pro­ta­go­niste du « Great Game », qui nous en dit plus sur l’epa­gneul du Ti­bet. Ain­si, dans un ar­ticle de l’ame­ri­can Ken­nel Ga­zette in­ti­tu­lé « Dogs from the Roof of the World », elle as­sure que « le chien connu en An­gle­terre et aux Etats Unis comme le Ti­be­tan Spa­niel, n’a pas, au­tant que je le sache, de nom spé­cial au Ti­bet. Il semble qu’il y en ait da­van­tage dans la val­lée de Chum­bi que dans les autres ré­gions du Ti­bet. » Cette pion­nière an­glaise du Lhas­so Ap­so pour­suit en as­su­rant que « Claude White, qui fut le pre­mier of­fi­cier po­li­tique au Sik­kim, a eu un bel éle­vage de ces chiens il y a bien des an­nées. » Le Sik­kim est, de­puis 1975, un état du nord de l’inde, dans l’hi­ma­laya, c’était à l’époque un royaume de po­pu­la­tion ti­bé­taine. « Mon ma­ri eut un jo­li chien de cette race lors­qu’il ac­com­pa­gna Sir Fran­cis Young­hus­band à Lhas­sa en 1904. Ce chien l’ac­com­pa­gna pour un voyage de plus de 1000 miles à tra­vers le Ti­bet. Il s’ap­pe­lait Lhas­sa et fut don­né à Mme Wor­mald qui l’ame­na en An­gle­terre en 1905, il fut ex­po­sé, ga­gna des prix et mou­rut à 18 ans. On me don­na six de ces chiens, cer­tains crème, noir et rouge, mais je m’en sé­pa­rai pour me consa­crer aux Ap­sos. »

L’epa­gneul du Ti­bet pen­dant les conflits mon­diaux

D’autres ar­ticles viennent éclai­rer l’his­toire de l’epa­gneul du Ti­bet et no­tam­ment à pro­pos de l’es­pèce face au pre­mier conflit mon­dial. En 1921, le jour­nal bri­tan­nique Our Dogs sou­ligne que « la pé­riode de guerre semble avoir mis un terme à toute la pu­bli­ci­té dont le Ti­be­tan Spa­niel et le Lhas­sa Ter­rier avaient pen­dant un temps pro­fi­té. Si le pro­grès des Ti­bé­tains n’a ja­mais été re­mar­quable, il n’y a pas de doute qu’il y a dix ou onze ans de ce­la, les es­pé­rances de la race étaient si en­cou­ra­geante que l’ho­no­rable Mrs Mcla­ren Mor­ri­son, à qui ces chiens doivent pra­ti­que­ment toute l’es­time des Bri­tan­niques, a sug­gé­ré la for­ma­tion d’un club spé­ci­fique. La re­con­nais­sance du Ken­nel Club et les titres de cham­pions étaient même à l’ho­ri­zon. Mais c’est le plus loin que les Ti­bé­tains aient pu al­ler, et on ne sait pas s’ils pour­ront at­teindre ce stade à nou­veau. » Pour com­plé­ter les pro­pos du jour­na­liste de l’époque, il faut ajou­ter que le Dr Agnes Greig, à qui l’on doit entre autre l’im­por­ta­tion de l’ac­tuel Ter­rier du Ti­bet, ra­mène d’autres su­jets en An­gle­terre. Il fau­dra en­suite at­tendre 1934 pour que le Ken­nel Club re­con­naisse la race, à la suite de quoi le stan­dard est ré­di­gé, sur le mo­dèle de Do­ma, la chienne du Dr Greig. Seule­ment, un nou­veau conflit mon­dial in­ter­vient, met­tant en pé­ril la souche de l’epa­gneul du Ti­bet qui est qua­si­ment per­due. Mais c’était sans comp­ter sur des pas­sion­nés, qui en re­mon­tant le chep­tel sont par­ve­nus à consti­tuer une nou­velle base aux alen­tours de 1947. Dix ans plus tard, la

Ti­be­tan Spa­niel As­so­cia­tion of Uni­ted King­dom est fon­dée et re­ver­ra le stan­dard deux ans plus tard. En 1961, la Fé­dé­ra­tion cy­no­lo­gique in­ter­na­tio­nale re­con­naî­tra l’epa­gneul Ti­bé­tain.

Le Ti­bé­tain long­temps com­pa­ré au Chi­nois

Si son his­toire est pas­sion­nante, l’epa­gneul du Ti­bet est aus­si in­té­res­sant à dé­crire qu’à ra­con­ter. En 1908 dé­jà, on trouve, dans la Ken­nel En­cy­clo­pe­dia évo­quée pré­cé­dem­ment, une des­crip­tion pré­cise de l’es­pèce : « L’epa­gneul du Ti­bet est plu­tôt long de corps et près de terre, de pe­tite taille, presque un Toy ; les plus gros sont sou­vent d’ex­cel­lents spé­ci­mens, mais les plus pe­tits de­vraient être pri­vi­lé­giés par les ex­po­sants. » L’ar­ticle de l’en­cy­clo­pé­die pour­suit en le com­pa­rant avec son cou­sin le Pé­ki­nois : « Les membres sont plus droits que ceux du Pé­ki­nois mais éga­le­ment touf­fus. Le poil est aus­si plus plat que ce­lui du Pé­ki­nois, et la cri­nière n’est pas pro­émi­nente, bien qu’une bonne col­le­rette orne la gorge du chien quand il est en bonne condi­tion de poil. La queue de­vrait être em­pa­na­chée au-des­sus du dos. La ca­rac­té­ris­tique la plus im­por­tante de l’epa­gneul du Ti­bet est la tête, qui ne de­vrait ja­mais ap­pro­cher la face ca­muse du Pé­ki­nois. » Cette com­pa­rai­son avec ces ca­mus cou­sins per­du­re­ra, pre­nant le mo­dèle du Pé­ki­nois comme contre exemple. Qu’il s’agisse de sa tête, son corps, ses membres ou de sa four­rure, le Ti­bé­tain doit tou­jours res­ter en de­çà du Chi­nois. En­fin, la des­crip­tion de l’en­cy­clo­pé­die de 1908 s’achève par une dis­tinc­tion par­ti­cu­liè­re­ment juste entre les mâles et les fe­melles, en pré­ci­sant que cette der­nière « a fré­quem­ment une face plus longue, mais chez les bons spé­ci­mens le mu­seau ap­pa­raît car­ré, de ma­nière tou­jours plus mar­quée chez les mâles. »

Un pe­tit chien élé­gant

Pour chif­frer quelques peu ces élé­ments, on peut donc dire que l’epa­gneul du Ti­bet est un pe­tit chien qui me­sure en 22 et 28 cm au gar­rot et qu’il pèse entre 4 et 7 kg. Il est construit sur un for­mat rec­tan­gu­laire, avec un corps un peu plus long que haut. Le dos est droit, le cou est fort et les côtes cin­trées. On peut par­ler d’une os­sa­ture moyenne, de cuisses mus­clées et de membres d’aplombs mal­gré des an­té­rieurs lé­gè­re­ment ar­qués. Ses pieds « de lièvres » sont de pe­tites tailles, al­lon­gés et em­plu­més. Im­pos­sible de par­ler du Tib­by sans évo­quer sa queue, abon­dam­ment gar­nie et at­ta­chée haut. Elle est re­tour­née vers le dos en for­mant une boucle, le pa­nache re­tom­bant sur l’échine. Au re­pos, elle peut ce­pen­dant se por­ter basse. Con­cer­nant son al­lure, on est face à un chien vif et éner­gique. Sa tête, sou­vent com­pa­rée au Pé­ki­nois est pour­tant bien dif­fé­rente. Elle pa­raît plu­tôt pe­tite par rap­port au reste de son corps, n’est ja­mais ri­dée et se porte droite et fière. Le crâne, pas trop large, est lé­gè­re­ment ar­ron­di, le stop est mar­qué et le chan­frein est plu­tôt court, large, épais et ja­mais écra­sé. Ses lèvres sont sèches, son men­ton est haut et large et l’ar­ti­cu­lé den­taire re­cher­ché par le stan­dard est un prog­na­thisme lé­ger. Ce­pen­dant, les dents et la langue ne doivent pas ap­pa­raître lorsque la bouche est fer­mée. Con­trai­re­ment à l’ar­ti­cu­lé en ci­seaux, ce­lui en pince est to­lé­ré si le men­ton reste pro­émi­nent. En plus de faire fondre ses maîtres, on peut dire des yeux de l’epa­gneul du Ti­bet qu’ils sont fon­cés, ovales as­sez écar­tés pas trop et ja­mais glo­bu­leux. Ses oreilles sont tom­bantes, de taille moyenne, bien fran­gées et ar­ron­dies à l’ex­tré­mi­té. Elles s’at­tachent hauts et sont pré­fé­rées avec la base bien dé­col­lée du crâne et les pa­villons re­tom­bant sa­ge­ment, plu­tôt que lourdes et longues. En­fin, l’en­semble de sa tête forme une phy­sio­no­mie har­mo­nieuse, éveillée, cu­rieuse et ré­flé­chie, avec le pe­tit cô­té vo­lon­taire que donne la man­di­bule prog­nathe. Sa four­rure est quant à elle soyeuse, mi-longue et bien cou­chée sur le corps. Plus courte sur la tête et la face an­té­rieure des membres, elle est dou­blée d’un sous poil as­sez dense. Cu­lottes et pa­nache sont abon­dants, quant à la cri­nière, elle est plus épaisse chez les mâles que chez les fe­melles. Con­cer­nant sa cou­leur, elle peut être au­jourd’hui as­sez va­riée puisque le Ti­bé­tain est au­to­ri­sé par le stan­dard à ar­bo­rer toutes les robes pos­sibles, qu’elles soient uni­co­lores ou par­ti­co­lores. Mais dans les faits, le co­lo­ris le plus cou­rant reste le sable do­ré, par­fois or­né d’un masque noir.

Un par­fait com­pa­gnon

« Il fait l’una­ni­mi­té dans la fa­mille, c’est un pe­tit chien at­ta­chant, fa­cile à vivre et très do­cile », as­sure Va­lé­rie Mo­reau, éle­veuse dans la Sarthe de­puis plus de quinze ans. Tout le monde est donc d’ac­cord pour dire que l’epa­gneul Ti­bé­tain a toutes les qua­li­tés at­ten­dues d’un pe­tit chien de com­pa­gnie. Il est très joueur, as­sez vif et plu­tôt ma­lin. C’est un chien qui est tou­jours par­tant pour une pro­me­nade ou une ac­ti­vi­té. Si un maître plu­tôt dy­na­mique sem­ble­rait donc lui conve­nir, il s’ac­com­mode aus­si très bien d’un maître plus tran­quille. C’est en ef­fet un chien as­sez zen, qui a be­soin de dor­mir beau­coup et qui tire de ses ori­gines une cer­taine sé­ré­ni­té. « Il ne faut pas ou­blier qu’il te­nait com­pa­gnie aux moines ti­bé­tains pen­dant leurs longues pé­riodes de mé­di­ta­tion ou de prière », rap­pelle très jus­te­ment l’éle­veuse. Res­ter seul plu­sieurs heures par jour n’est pas un pro­blème pour lui. Il ne dé­trui­ra et n’abi­me­ra rien, et s’éduque très fa­ci­le­ment à la pro­pre­té. Cô­té dres­sage, il est éga­le­ment fa­cile de lui ap­prendre quelques bases. S’il conserve mal­gré tout son ca­rac­tère par­fois opi­niâtre, il se laisse fa­ci­le­ment ama­doué. Très éveillé et in­tel­li­gent, il a aus­si beau­coup de mé­moire, ce qui lui per­met d’an­ti­ci­per cer­taines choses. Bien que quelque peu mé­fiant avec les étran­gers, il se­ra tou­jours loyal avec ses maîtres et n’hé­si­te­ra pas à ve­nir ré­cla­mer des câ­lins ou don­ner quelques lé­chouilles.

« C’est aus­si un chien qui s’ex­prime beau­coup », a pu consta­ter Va­lé­rie Mo­reau. Il aboie peu mais adapte sa voix aux cir­cons­tances, ce qui donne par­fois une im­pres­sion de conver­sa­tion dé­con­cer­tante. A ses vo­ca­lises éton­nantes viennent s’ajou­ter un cô­té clown et ma­li­cieux qui le rend ir­ré­sis­tible. Il reste mal­gré tout as­sez fier, ai­mant grim­per sur les tables ou les bords de fe­nêtres pour prendre de la hau­teur et sur­veiller ce qui se passe, « à la ma­nière d’un fé­lin », ré­sume l’éle­veuse. Grâce à ces longs mo­ments d’ob­ser­va­tion, il connaît par­fai­te­ment son en­vi­ron­ne­ment : bruits, vi­sages, odeurs, ha­bi­tudes, rien ne lui échappe. C’est aus­si un chien qui est re­la­ti­ve­ment ro­buste, une qua­li­té qui lui vient sans doute de ses ori­gines mon­ta­gneuses. « Ce n’est pas un bon client pour les vé­té­ri­naires », sou­rit Va­lé­rie Mo­reau, qui pré­cise tout de même qu’il est pré­fé­rable, comme pour tous les chiens d’ailleurs, de lui évi­ter les es­ca­liers la pre­mière an­née. On re­marque éga­le­ment quelques cas de sur­di­té chez les chiens par­ti­co­lores aux yeux bleus, il est donc conseillé d’être vi­gi­lant. En de­hors de ce­la, un Epa­gneul du Ti­bet peut vivre entre 15 et 18 ans, sans pa­tho­lo­gie par­ti­cu­lière. Ils se re­pro­duisent sans dif­fi- culté et les por­tées comptent en moyenne quatre à cinq chiots. Quant au toi­let­tage, ce n’est pas en­core sur ce point là qu’on trou­ve­ra des in­con­vé­nients à la com­pa­gnie d’un pe­tit Ti­bé­tain. Il lui suf­fit d’un bain par tri­mestre en­vi­ron et d’un bros­sage heb­do­ma­daire d’une di­zaine de mi­nutes. « Son poil de chèvre ne s’em­mêle pas et est très fa­cile à en­tre­te­nir », as­sure l’éle­veuse. En­fin, pour ac­qué­rir ce par­fait pe­tit com­pa­gnon, il faut comp­ter entre 1000 € et 1200 €.

Une race confi­den­tielle

Mais mal­gré toutes ses qua­li­tés, l’epa­gneul du Ti­bet reste un chien re­la­ti­ve­ment dis­cret en France. Les éle­veurs sont peu nom­breux et l’es­pèce as­sez mé­con­nue du grand pu­blic. « Il est très sou­vent confondu avec son cou­sin le Pé­ki­nois, ob­serve Va­lé­rie Mo­reau. Il n’a pour­tant pas grand chose à voir avec lui. » Si on peut alors par­ler d’une race re­la­ti­ve­ment confi­den­tielle, l’epa­gneul du Ti­bet semble mal­gré tout faire chaque an­née de plus en plus d’émules. En 2005 on to­ta­li­sait 291 nais­sances et ce chiffre ne cesse de pro­gres­ser. En 2010, il s’éle­vait à 432, en 2012 à 540 et en 2014 à 610. Voi­là un pe­tit chien dont on n’a dé­ci­dé­ment pas fi­ni d’en­tendre par­ler.

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