Le Greyhound : Beau­té, élé­gance et vi­tesse

Il est connu comme le chien le plus ra­pide au monde. Son nom est as­so­cié au mot vi­tesse. On le trouve sur les cy­no­dromes et sur les ter­rains de pour­suite à vue sur leurre. Puis­sant et élé­gant, il est aus­si et sur­tout un char­mant com­pa­gnon. Le greyhound, o

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L’ori­gine du greyhound est an­cienne. Son his­toire se confond avec celle des hommes de­puis des mil­liers d’an­nées. De nom­breux té­moi­gnages, lit­té­raires ou ar­tis­tiques ( pein­tures et po­te­ries), at­testent de sa pré­sence dès l’an­ti­qui­té, en Grèce, en Perse, en Tur­quie et en Egypte. Cléô­patre et Tou­tan­kha­mon avaient des lé­vriers res­sem­blant à nos grey­hounds contem­po­rains. Le greyhound est men­tion­né dans « L’odys­sée » d’ho­mère. Lorsque Ulysse rentre chez lui, après ses voyages, le seul qui le re­con­naisse est son chien nom­mé « Ar­gos », de­ve­nu un sym­bole de fi­dé­li­té. Un greyhound qu’il avait quit­té vingt ans plus tôt, quand il était en­core chiot. Sa fi­dé­li­té est éga­le­ment sym­bo­li­sée sur des gi­sants de ca­thé­drales où on le re­trouve sculp­té dans le marbre, aux pieds de son maître. Cette race, fort es­ti­mée, a été res­pec­tée par de nom­breuses ci­vi­li­sa­tions. Dans l’an­cienne Egypte, la nais­sance d’un greyhound ve­nait en se­cond par ordre d’im­por­tance, tout de suite après la nais­sance d’un fils. Il se­rait ar­ri­vé en Eu­rope par l’in­ter­mé­diaire de com­mer­çants phé­ni­ciens.

Noble chien, Chien de nobles

Au Moyen-âge, le greyhound a bien failli dis­pa­raître en rai­son des fa­mines, car il n’y avait plus de quoi nour­rir les chiens. Heu­reu­se­ment, les membres du cler­gé ont pro­té­gé cette race et l’ont éle­vée pour l’aris­to­cra­tie. Vers l’an 900, le prince de Galles af­fir­mait que : « tuer un greyhound, même sans le faire ex­près, était une of­fense. C’était comme tuer un homme ». Et le châ­ti­ment était iden­tique. À par­tir de 1014, les gens du peuple ont eu l’in­ter­dic­tion d’avoir des grey­hounds et de les éle­ver. Leur pos­ses­sion était ex­clu­si­ve­ment ré­ser­vée à la no­blesse. L’une des rai­sons à cette in­ter­dic­tion, était pro­ba­ble­ment pour évi­ter aux gens du peuple de bra­con­ner sur les ter­ri­toires des nobles avec ces re­dou­tables chas­seurs. Et à la ques­tion : le greyhound est-il un chien de chasse ? La ré­ponse est un « oui » ca­té­go­rique. Ja­dis, il était em­ployé pour chas­ser le la­pin et le lièvre à vue. Au­jourd’hui en­core, même s’il n’a plus le droit de chas­ser à vue, en France comme dans beau­coup d’autres pays, l’ins­tinct de pour­suite de­meure. Et il faut bien l’édu­quer au rap­pel, dès qu’il est chiot, pour qu’il

re­vienne quand du gi­bier passe à sa por­tée. Fran­cine Bel­gher­bi, éle­veuse et pas­sion­née de la race, de­puis 1973, donne son truc : « j’uti­lise un sif­flet pour ne pas m’égo­siller ». Le greyhound a conser­vé du­rant, de nom­breuses dé­cen­nies, son rang de chien de nobles. Au XIXE siècle, il est re­pré­sen­té dans de nom­breux por­traits com­man­dés par une clien­tèle riche à des peintres cé­lèbres.

Le dé­ve­lop­pe­ment des courses

Les lé­vriers étant de moins en moins uti­li­sés à la chasse, en France, par exemple, la loi du 3 mai 1884 in­ter­dit de chas­ser avec ces chiens. Il fal­lait trou­ver une ac­ti­vi­té de rem­pla­ce­ment à ces mer­veilleux cour­siers pour qu’ils puissent ex­pri­mer leur ta­lent. Ces chiens spor­tifs ont alors par­ti­ci­pé à des courses de vi­tesse qui, bien­tôt, al­laient ri­va­li­ser en po­pu­la­ri­té avec celles des che­vaux. Les pre­mières courses étaient ti­rées en ligne droite, com­mu­né­ment ap­pe­lées « courses aux chif­fons ». Le jour­nal The Times re­la­tait, dans son édi­tion du 11 sep­tembre 1876, le dé­rou­le­ment d’une course ti­rée par un pe­tit cha­riot sur­mon­té d’un lièvre et ti­ré par un câble, der­rière le­quel s’élan­çaient ces fiers cour­siers. Après l’an­gle­terre, les courses se sont aus­si dé­ve­lop­pées aux Etats-unis. En 1900, Owen Pa­trick Smith crée un cy­no­drome en Ca­li­for­nie, à Eme­ry­ville. La piste est dé­sor­mais ovale. Ce concept fut en­suite adop­té par l’an­gle­terre puis l’ir­lande, la France et l’aus­tra­lie. En France dans les an­nées 1920 de nom­breuses courses eurent lieu sur le cy­no­drome de Cour­be­voie. La vie des chiens de course dans cer­tains pays étran­gers n’est pas for­cé­ment rose. Les grey­hounds sont éle­vés dans des che­nils, condi­tion­nés pour cou­rir, et de pré­fé­rence le plus vite pos­sible. Si ce n’est pas le cas, s’ils se blessent, s’ils n’ont pas de ren­ta­bi­li­té, ils sont au mieux adop­tés dans des fa­milles ai­mantes, au pire ils sont eu­tha­na­siés. Heu­reu­se­ment ce n’est pas le cas en France.

Un ath­lète !

Le stan­dard FCI n°158 dé­te­nu par la Grande-bre­tagne, et dont la der­nière mou­ture re­monte au 18 mai 2011, dé­crit ain­si son as­pect gé­né­ral : «for­te­ment char­pen­té, bien d’aplomb, gé­né­reu­se­ment pro­por­tion­né, à la mus­cu­la­ture puis­sante, de construc­tion har­mo­nieuse». Il af­fiche la mor­pho­lo­gie type du lé­vrier. Le juge et éle­veur d’irish Wolf­hound, Fré­dé­ric Mai­son, qui ju­geait la Na­tio­nale d’ele­vage 2016, à la Roche Po­say, écri­vait dans son com­men­taire : « le Greyhound est au centre du dixième groupe avec des pro­por­tions idéales et par­fai­te­ment équi­li­brées. De sa mor­pho­lo­gie «dé­rive» les autres races et je suis per­sua­dé que tout nou­veau juge de lé­vriers de­vrait com­men­cer par ju­ger cette race avant de s’at­ta­quer aux autres ». Le greyhound est un ath­lète ca­nin. Chez ce grand lé­vrier, les tailles idéales sont pour les mâles de 71 à 76 cm au gar­rot, et pour les fe­melles de 68 à 71 cm au gar­rot. C’est un chien bien pro­por­tion­né et har­mo­nieux. La tête est fine et al­lon­gée avec un stop peu ac­cu­sé. Son poil ras, fin et ser­ré, col­lé au

corps ma­gni­fie sa mer­veilleuse mus­cu­la­ture. Son cou long, souple et mus­clé, est har­mo­nieu­se­ment gal­bé. Il de­mande peu d’en­tre­tien, un coup de brosse heb­do­ma­daire pour re­ti­rer les poils morts afin qu’ils ne se fichent pas dans les cous­sins, et le tour est joué. Il ne dé­gage pas non plus d’odeur cor­po­relle, con­trai­re­ment à bien d’autres races. La cou­leur du pe­lage va­rie du noir au blanc en pas­sant par les fauves, bleus, rouges, avec ou sans brin­geures, et avec des pa­na­chures blanches plus ou moins en­va­his­santes. Dans l’ap­pa­rence, au­cun greyhound ne res­semble à un autre. Ils sont tous uniques.

Des pointes à 70km/h

En­du­rant et vi­gou­reux, bâ­ti pour la vi­tesse, ce ga­lo­peur peut at­teindre les 70 km/ h lors­qu’il est lan­cé à pleine vi­tesse. Le voir cou­rir est un pur bonheur. La sil­houette d’un greyhound au ga­lop est unique. On ne l’ou­blie ja­mais. On ne s’en lasse pas ! Muscles contrac­tés ! Membres éti­rés ! Il ouvre la bouche et les na­rines. Il em­plit d’air son ample cage tho­ra­cique. Le souffle ne risque pas de lui man­quer. Le sol fré­mit sous ses pattes. À chaque pro­pul­sion, il semble vo­ler et l’ape­san­teur n’avoir plus de prise sur lui quand il est à fond dans sa course. Il ras­semble à lui seul la puis­sance, la grâce et la beau­té. Le greyound aime cou­rir. Mais il n’a pas be­soin de vivre sur un grand ter­rain pour se dé­fou­ler à sa guise. Pou­voir s’ébattre lors d’une pro­me­nade lui suf­fi­ra. En hi­ver, le greyhound ap­pré­cie­ra de por­ter un man­teau lors des sor­ties, mais quand il court il fau­dra le lui en­le­ver. Si on l’em­mène faire de la Pour­suite à Vue sur Leurre (dis­ci­pline fa­mi­liè­re­ment nom­mée par son sigle PVL), on est cer­tain de lui faire grand plai­sir. Le but de la PVL est de mettre les lé­vriers dans un contexte de si­mu­lacre de chasse. Avant de se lan­cer sur un par­cours com­plet avec des vi­rages, le jeune lé­vrier dé­marre d’abord par une ligne droite en fai­sant très at­ten­tion de ne pas le faire for­cer pen­dant la pé­riode de crois­sance. Le conduc­teur tech­nique lui pré­sen­te­ra ce­la à la ma­nière d’un jeu lors des pre­mières séances d’ap­pren­tis­sage.

Ying et Yang

Lors­qu’il a dé­pen­sé son éner­gie à l’ex­té­rieur, le greyhound se com­porte à l’in­té­rieur du lo­gis de ma­nière très calme. Il dort beau­coup. C’est son cô­té « couch-po­ta­toes ». Dor­mir et man­ger sont aus­si des ac­ti­vi­tés qu’il af­fec­tionne par­ti­cu­liè­re­ment. Ce chien in­tel­li­gent et af­fec­tueux, at­ten­tif et doux, aime vivre dans un in­té­rieur douillet, se pré­las­ser sur un ca­na­pé ou se lo­ver dans un fau­teuil. Il a le sens du confort et sau­ra très ra­pi­de­ment le faire com­prendre. Par­ta­ger sa vie avec un greyhound, change la vie en tous points. C’est un agréable chien de fa­mille, très at­ta­chant, af­fec­tueux. S’il semble par­fois dé­ta­ché ou in­dif­fé­rent aux si­tua­tions, c’est dû à son cô­té lé­vrier !

C’est un chien ré­ser­vé et sen­sible dont l’édu­ca­tion doit être me­née avec doig­tée : de l’au­to­ri­té dans un gant de ve­lours. C’est aus­si un très bon com­pa­gnon pour les en­fants avec les­quels il se montre très doux. Avec les autres ani­maux, il n’est pas agres­sif. Il s’en­tend bien avec les pen­sion­naires de la mai­son s’il y a été ha­bi­tué tout jeune : chiens, chats mais sur­tout à l’in­té­rieur de la mai­son, oi­seaux, ron­geurs ou ani­maux exo­tiques. S’il se re­trouve dans un groupe de lé­vriers, il ado­re­ra. Leurs jeux sont grâce et élé­gance. Ici pas de com­bat, de gro­gne­ment, mais des courses pour­suites, des es­quives gra­cieuses. C’est un chien fait pour vivre en com­pa­gnie d’hu­mains ou d’autres ani­maux et qui n’est sur­tout pas des­ti­né à vivre iso­lé dans un che­nil. As­su­ré­ment il y dé­pé­ri­rait. Ce n’est pas un chien de garde, ex­cep­tée par sa taille qui est dis­sua­sive. Dans son com­por­te­ment, il se montre ami­cal avec les étran­gers. En laisse, il marche cal­me­ment et ne tire pas. Il aime les sor­ties en voi­ture. Dis­cret, si­len­cieux, il aboie ra­re­ment.

Pe­tit grey de­vien­dra grand

« Le chiot n’est pas com­pli­qué », ex­plique Fran­cine Bel­gher­bi. Il lui faut une ali­men­ta­tion équi­li­brée. « Je donne à mes chiots des cro­quettes et de la viande ha­chée », ex­plique-t-elle. Il faut veiller à ce que sa crois­sance ra­pide soit me­née à bien. De 550 g en moyenne à la nais­sance, le greyhound pè­se­ra neuf mois plus tard 30 kg pour les fe­melles et 40 kg pour les mâles. La pre­mière an­née, il ne faut pas lui im­po­ser un exer­cice phy­sique im­por­tant.

San­té

Le greyhound n’est pas un ha­bi­tué des cli­niques vé­té­ri­naires. Il bé­né­fi­cie d’une bonne san­té. Son es­pé­rance de vie de 12 à 14 ans est bonne pour un chien de cette taille. Il existe quelques rares pa­tho­lo­gies comme la tor­sion d’es­to­mac qui peut af­fec­ter l’un ou l’autre su­jet. Elle évo­lue ra­pi­de­ment et s’avère mal­heu­reu­se­ment mor­telle en quelques heures si le chien n’est pas em­me­né chez le vé­té­ri­naire et trai­té à temps. En­core faut-il sa­voir iden­ti­fier le pro­blème ! Le chien ne mange pas, semble in­com­mo­dé, bouge ou se couche, est agi­té. Si la tor­sion est ac­com­pa­gnée d’une di­la­ta­tion, le ventre du chien gonfle. Dès que vous avez le moindre doute concer­nant la sur­ve­nance de ce mal, il faut em­me­ner le chien chez le vé­té­ri­naire. Avec la tor­sion, il s’agit bien d’une ques­tion de vie ou de mort. La neu­ro­pa­thie, ma­la­die gé­né­tique, in­dé­ce­lable à la nais­sance, touche les chiots. Elle ap­pa­raît vers 3 ou 4 mois. Le chiot mai­grit, il a une dé­marche en « saut de la­pin ». L’is­sue est fa­tale ra­pi­de­ment. Heu­reu­se­ment un test pour la dé­pis­ter chez les re­pro­duc­teurs a été mis au point. Ain­si « la ma­la­die a été en­di­guée en moins de trois gé­né­ra­tions », ex­plique Chris­tian Ma­gré, pré­sident du Club de race. Il

ajoute : « les éle­veurs ont joué le jeu’’. Il y a eu une prise de conscience gé­né­rale de l’en­semble des éle­veurs de grey­hounds et ce dans toute l’eu­rope ». En ma­tière de re­pro­duc­tion, les fe­melles grey­hounds sont gé­né­ra­le­ment très pro­li­fiques. Les por­tées comptent plu­tôt dix chiots que trois ou quatre. Ce sont de très bonnes mères.

Les soins

Sen­sible au froid, car vê­tu d’un poil ras, n’ai­mant pas la pluie, ce lé­vrier ap­pré­cie, en hi­ver d’en­fi­ler un man­teau avant de sor­tir. Tou­te­fois s’il court, il fau­dra le lui re­ti­rer. Il n’aime pas sor­tir quand il pleut, et par contre ado­re­ra al­ler na­ger, même en hi­ver, ils sautent dans le ruis­seau. Il faut aus­si veiller à l’état de ses dents (pré­sence de tartre) et lui cou­per les ongles en­vi­ron toutes les quatre se­maines en­vi­ron. L’in­ter­valle entre deux coupes va­rie en fonc­tion de la ra­pi­di­té de la pousse.

Le greyhound en France

Le Club des ama­teurs de greyhound de France (CAGF), créé le 28 juillet 1945, veille sur la pro­mo­tion de la race, le res­pect du stan­dard, la for­ma­tion des juges, etc. Son pré­sident, Chris­tian Ma­gré est ra­vi de la qua­li­té des chiens dans l’hexa­gone : « la qua­li­té est au top ». Il ajoute : « Je re­grette que, lors des grands ras­sem­ble­ments or­ga­ni­sés par le club, les grey­hounds étran­gers ne viennent pas ou peu se frot­ter au chep­tel fran- çais. On est dans la four­chette su­pé­rieure de la qua­li­té pour ce qui est des éle­vages eu­ro­péens. La qua­li­té du greyhound fran­çais est ex­cel­lente. Nous re­trou­vons les grey­hounds fran­çais dans beau­coup de grands ras­sem­ble­ments eu­ro­péens et aus­si dans la gé­néa­lo­gie de nom­breux pe­di­grees étran­gers. Lors des ex­po­si­tions na­tio­nales d’éle­vage, de 70 à 80 chiens sont ex­po­sés, ce qui est ex­cellent pour une race confi­den­tielle ». Tout à la fois beau, élé­gant, spor­tif et char­mant com­pa­gnon, le greyhound a tout pour plaire à un large pu­blic. Vivre aux cô­tés d’un de ces chiens, c’est faire d’un rêve une réa­li­té.

La Pour­suite à Vue sur Leurre est une épreuve de tra­vail pour l’en­semble des lé­vriers (chiens du groupe X de la FCI). Les chiens, qui courent seul, par deux ou plus ra­re­ment par trois, pour­suivent un leurre sur un ter­rain de un à trois hec­tares. Le par­cours est de 600 à 750 m pour les pe­tites races et de 700 à 900 m pour les grandes races. En com­pé­ti­tion, les épreuves se dé­roulent en deux manches. L’une le ma­tin. L’autre l’après-mi­di. Les juges ap­pré­cient le com­por­te­ment du lé­vrier : sa vi­tesse, son adresse, son ar­deur, sa ré­sis­tance, sa ca­pa­ci­té à ef­fec­tuer des re­tours, le pas­sage d’obs­tacle et la cap­ture. Il existe quelques clubs de Pour­suite à Vue sur Leurre en France pour pra­ti­quer cette dis­ci­pline où les chiens se font plai­sir et les maîtres vivent la course avec eux.

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