EN­QUETE: PLONGEE EXCEPTIONELLE DANS LE MONDE SPOR­TIF

Zen et bien dans ma vie - - Sport -

Le Pro­fes­seur Fran­çois Car­ré, sou­vent ap­pe­lé à té­moi­gner des bien­faits du sport, nous ex­plique l’im­pé­ra­tif du sport. Parce qu’à l’ap­proche des beaux jours, la re­prise de l’ac­ti­vi­té phy­sique connait une re­cru­des­cence, quelle sont vos re­com­man­da­tions au­près des per­sonnes qui ont été sé­den­taires jusque là ou qui ont in­ter­rom­pu une pra­tique spor­tive de­puis plu­sieurs an­nées ?

L’in­ter­rup­tion pro­lon­gée d’une pra­tique spor­tive ne doit ja­mais être un obs­tacle à sa re­prise lors­qu’on a des « four­mis dans les jambes ». Mais, pour être la plus plai­sante pos­sible, cette re­prise ré­clame quelques règles à res­pec­ter. Elle doit tou­jours être pro­gres­sive pour évi­ter des cour­ba­tures, voire des bles­sures mus­cu­laires, qui risquent de frei­ner les ar­deurs les plus fortes. Quelle que soit l’ac­ti­vi­té spor­tive dé­si­rée, il est pré­fé­rable de tou­jours dé­bu­ter par des ac­ti­vi­tés de base pour se « re­faire une condi­tion phy­sique ». Ces ac­ti­vi­tés mê­le­ront de l’en­du­rance (marche, jog­ging, vé­lo), de la mus­cu­la­tion na­tu­relle (mon­tées d’es­ca­liers, tra­vail en mon­tée) et des as­sou­plis­se­ments. Ces ac­ti­vi­tés doivent être d’in­ten­si­té mo­dé­rée, n’in­dui­sant qu’un es­souf­fle­ment mo­dé­ré, bien res­sen­ti mais non désa­gréable, n’in­ter­di­sant pas de par­ler. Cette re­prise « en dou­ceur » va aus­si per­mettre de vé­ri­fier que notre or­ga­nisme fonc­tionne bien et que l’ef­fort ne pro­voque pas de symp­tômes. Dans tous les cas, il est pré­fé­rable de ne pas re­prendre une ac­ti­vi­té in­tense avant 3 à 4 se­maines, avec 2 à 3 séances heb­do­ma­daires de re­mise en condi­tion.

- On dit que le sport per­met de main­te­nir la forme, pou­vez-vous rap­pe­ler les bien­faits d’une ac­ti­vi­té phy­sique et spor­tive sur le sys­tème car­dio-vas­cu­laire ?

L’ac­ti­vi­té phy­sique et spor­tive main­tient, mais sur­tout amé­liore « la forme » et donc la qua­li­té de vie. Ses ef­fets car­dio­vas­cu­laires prin­ci­paux sont une meilleure ef­fi­ca­ci­té car­diaque avec une di­mi­nu­tion de la fré­quence car­diaque de re­pos et d’ef­fort et une amé­lio­ra­tion de la ca­pa­ci­té des vais­seaux à se di­la­ter et donc à four­nir plus d’oxy­gène aux muscles en ac­ti­vi­té. Ce­la abou­tit à un moindre es­souf­fle­ment et à une di­mi­nu­tion de la fa­tigue mus­cu­laire à l’ef­fort. Elle agit aus­si à titre de pré­ven­tion en di­mi­nuant le risque de dé­ve­lop­per une hy­per­ten­sion ar­té­rielle, un dia­bète, une aug­men­ta­tion du « mau­vais » cho­les­té­rol.

- Quelles sont vos re­com­man­da­tions en termes de du­rée, d’in­ten­si­té et de fré­quence des séances de sport ?

Nous l’avons dé­jà dit mais il faut dé­bu­ter mo­des­te­ment et se fixer des ob­jec­tifs réa­listes. L’idéal dans la jour­née est d’évi­ter les longues pé­riodes assises sans in­ter­rup­tion et de mar­cher au moins trente mi­nutes d’un bon pas. Il faut en­suite ajou­ter pro­gres­si­ve­ment 3 séances par se­maine d’ac­ti­vi­té plus in­tense. Une ré­par­ti­tion sur la se­maine de séances plus courtes est plus bé­né­fique qu’une seule séance longue par se­maine. On peut ain­si com­men­cer par des séances de 30 mi­nutes en mon­tant pro­gres­si­ve­ment à 45 mi­nutes en fonc­tion de ses en­vies et de ses pos­si­bi­li­tés d’agenda. En ef­fet, il faut tou­jours res­pec­ter un équi­libre entre en­traî­ne­ment et ré­cu­pé­ra­tion.

- Quels sont, d’après vous, les exa­mens préa­lables à une re­prise de l’ac­ti­vi­té phy­sique et spor­tive ?

Il n’y a pas de re­cette unique mais une at­ti­tude in­di­vi­dua­li­sée à adop­ter. Les fac­teurs de choix des exa­mens dé­pen­dront de l’âge du pra­ti­quant, de ses an­té­cé­dents mé­di­caux mais aus­si spor­tifs, des fac­teurs de risque car­dio­vas­cu­laire comme un ta­ba­gisme, une obé­si­té, un dia­bète, une hy­per­ten­sion ar­té­rielle, un cho­les­té­rol éle­vé, de symp­tômes éven­tuels et en­fin du type de sport dé­si­ré. Au moindre doute, il vaut mieux consul­ter son mé­de­cin trai­tant qui sau­ra pro­po­ser les exa­mens adap­tés.

- Y a-t-il un âge à par­tir du­quel on ne peut plus se pas­ser d’une consul­ta­tion préa­lable ?

Je ne par­le­rai ici que des per­sonnes sans pa­tho­lo­gie mé­di­cale connue et sans trai­te­ment ch­ro­nique. Une ac­ti­vi­té mo­dé­rée de type marche, ran­don­née pé­destre ou cy­cliste, nage, qui in­duit un es­souf­fle­ment mo­dé­ré peut tou­jours être pra­ti­quée sans consul­ta­tion mé­di­cale. Si l’on veut pra­ti­quer une ac­ti­vi­té spor­tive plus in­tense, un avis mé­di­cal est conseillé à par­tir de 60 ans, sur­tout s’il s’agit d’une re­prise après une in­ter­rup­tion de plus de 6 mois. La consul­ta­tion pour­ra être plus pré­coce en fonc­tion des élé­ments in­di­vi­duels dé­crits pré­cé­dem­ment.

- Quels sont les signes aux­quels il faut être at­ten­tifs ? Voire ceux qui doivent aler­ter ?

Il faut re­te­nir que la pra­tique d’une ac­ti­vi­té phy­sique ne doit ja­mais in­duire de signes anor­maux. Il peut s’agir de dou­leurs tho­ra­ciques, d’un es­souf­fle­ment ou d’une fa­tigue in­ap­pro­priée et in­ha­bi­tuelle, de pal­pi­ta­tions, de ma­laise, de ver­tiges. L’ap­pa­ri­tion d’un de ces ces symp­tômes im­pose l’ar­rêt im­mé­diat de l’ef­fort et une consul­ta­tion ra­pide avant la re­prise de l’ac­ti­vi­té phy­sique. - Quelles sont les rai­sons qui peuvent consti­tuer un risque pour le sys­tème car­dio vas­cu­laire et par consé­quent conduire à une contre-in­di­ca­tion de la pra­tique d’un sport ? Il n’existe pas à ma connais­sance de pa­tho­lo­gie qui contre-in­dique dé­fi­ni­ti­ve­ment toute pra­tique spor­tive. Rap­pe­lons que l’ac­ti­vi­té phy­sique et spor­tive adap­tée est uti­li­sée comme trai­te­ment com­plé­men­taire chez les car­diaques. A l’in­verse, dans de rares cas, cer­taines pa­tho­lo­gies car­dio­vas­cu­laires mé­con­nues du pra­ti­quant peuvent être ré­vé­lées par une pra­tique spor­tive in­tense. Donc la dé­cou­verte de cer­taines ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires peut im­po­ser des res­tric­tions spor­tives li­mi­tées pour évi­ter une ag­gra­va­tion de la pa­tho­lo­gie ou la sur­ve­nue de com­pli­ca­tions comme des aryth­mies car­diaques Ancre. - Sou­hai­tez-vous ajou­ter des pré­ci­sions qui vous semblent im­por­tantes ? Oui, il faut rap­pe­ler que les très rares, mais tou­jours dra­ma­tiques, ac­ci­dents car­dio­vas­cu­laires sont très sou­vent fa­vo­ri­sés par une at­ti­tude in­ap­pro­priée du pra­ti­quant. Nous avons dé­jà par­lé du res­pect ab­so­lu des symp­tômes. D’autres pra­tiques sont à fort risque. Ain­si, contrai­re­ment à une idée ré­pan­due, l’exer­cice in­tense ne dé­truit pas les mi­crobes ! En cas de fièvre ou de syn­drome grip­pal, il faut s’abs­te­nir de pra­ti­quer un sport. Les mé­faits du ta­bac sont bien connus. Mal­gré tout, les « spor­tifs » fu­meurs existent ! A ceux là, il faut rap­pe­ler de ne pas fu­mer dans les deux heures qui pré­cèdent ou qui suivent la séance de sport, au risque d’avoir un in­farc­tus du myo­carde. L’au­to­mé­di­ca­tion est à ban­nir chez le spor­tif. En­fin, la pra­tique spor­tive in­tense est à dé­con­seiller en cas d’environnement dé­fa­vo­rable comme un pic de pol­lu­tion ou un changement bru­tal de la tem­pé­ra­ture (chaud ou froid).

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