12 . « Chô­mage : les in­dé­pen­dants pré­fèrent réus­sir »

Zen et bien dans ma vie - - News A La Folie -

Dans un contexte où le gou­ver­ne­ment a du mal à trou­ver une for­mule convain­cante pour ou­vrir le chô­mage aux in­dé­pen­dants, les pro­po­si­tions qui sortent dans la presse semblent ne sa­tis­faire per­sonne. Et pour cause : les in­dé­pen­dants ne veulent pas qu’on les aide à échouer mais à réus­sir leur vie d’en­tre­pre­neur !

Em­ma­nuel Ma­cron l’avait pro­mis : il fau­dra étendre l’as­su­rance chô­mage aux in­dé­pen­dants. C’est donc un chan­tier d’am­pleur qui s’est ou­vert à l’au­tomne 2017, chan­tier au cours du­quel IGF, IGAS, Mi­nis­tères, Syn­di­cats, Ex­perts, Ins­ti­tuts de son­dage ont fait état de pro­po­si­tions di­verses et va­riées pour ré­pondre à la com­mande pré­si­den­tielle.

Les pistes ne manquent pas… main­tien du ca­rac­tère vo­lon­taire de l’as­su­rance chô­mage au risque de faire émer­ger un sys­tème dans le­quel seuls les in­dé­pen­dants au risque éle­vé adhé­re­raient créa­tion pure et simple d’un ré­gime obli­ga­toire d’as­su­rance chô­mage, au sein du­quel l’in­dem­ni­sa­tion se­rait es­sen­tiel­le­ment for­fai­taire. mise en place d’un dis­po­si­tif obli­ga­toire, mais avec une in­dem­ni­sa­tion cal­cu­lée en fonc­tion des re­ve­nus an­té­rieurs (sys­tème as­su­ran­tiel contri­bu­tif)

De­vant la dif­fi­cul­té ma­ni­feste à ob­te­nir une so­lu­tion qui tienne la route, les pré­ten­tions sont re­vues à la baisse. « L’as­su­rance chô­mage uni­ver­selle et son cô­té ly­rique » semble avoir quelque peu du plomb dans l’aile. L’ex­ten­sion de l’as­su­rance chô­mage à 100% des in­dé­pen­dants se­rait fi­na­le­ment li­mi­tée aux seuls « tra­vailleurs des pla­te­formes », qui pour­raient bé­né­fi­cier de cette nou­velle cou­ver­ture, né­go­ciée par les seuls syn­di­cats de sa­la­riés et de pa­trons.

Les tra­vailleurs de pla­te­formes

En vou­lant ci­bler uni­que­ment les chauf­feurs Uber et Chauf­feur-Pri­vé, les li­vreurs Foo­do­ra et De­li­ve­roo, ou en­core les free­lances Malt, le col­lec­tif fait tri­ple­ment fausse route. D’abord parce que la dé­fi­ni­tion au sens propre d’un « tra­vailleur de pla­te­forme » n’existe pas et ne peut vé­ri­ta­ble­ment exis­ter. No­tons au pas­sage que la dé­pen­dance éco­no­mique ne peut être un cri­tère, tant il existe de cas de dé­pen­dance éco­no­mique en de­hors des pla­te­formes, comme d’ailleurs d’in­dé­pen­dance éco­no­mique au sein des pla­te­formes.

En­suite parce que l’ali­bi des pla­te­formes nu­mé­riques sur les­quelles on peut se payer une pro­tec­tion so­ciale à bon compte ne tient pas non plus. Com­bien sont-elles à pou­voir fi­nan­cer ces co­ti­sa­tions ? On vou­drait tuer l’éco­no­mie de pla­te­formes qu’on ne s’y pren­drait pas au­tre­ment… En­fin, vou­loir res­treindre l’ou­ver­ture du chô­mage à une in­fime par­tie de la po­pu­la­tion des in­dé­pen­dants n’est ne juste, ni équi­table, ni co­hé­rent au re­gard de la de­mande ini­tiale. En fai­sant ce­la, on crée une pro­tec­tion so­ciale à deux vi­tesses.

Les par­ties pre­nantes à la né­go­cia­tion

D’autre part, en confiant aux syn­di­cats de sa­la­riés et aux syn­di­cats pa­tro­naux la né­go­cia­tion sur ce su­jet, le gou­ver­ne­ment prend un risque ma­jeur. Quelle op­po­sa­bi­li­té de cet ac­cord face aux pla­te­formes et aux tra­vailleurs in­dé­pen­dants ? Quelle re­pré­sen­ta­ti­vi­té ont ces syn­di­cats pour ju­ger, dé­ci­der et ar­bi­trer de telle ou telle piste ? Quelle connais­sance du sec­teur, des acteurs, des at­tentes peuvent-ils op­po­ser à ceux qui leur contes­te­ront toute lé­gi­ti­mi­té à le faire seuls ?

Ces deux mises en garde étant faites, il ap­pa­rait utile de faire émer­ger une piste plus conforme à la com­mande pré­si­den­tielle. Car en prô­nant l’ou­ver­ture des droits au chô­mage sur un mo­dèle cal­qué sur ce­lui du sa­la­riat, le gou­ver­ne­ment et tous ceux qui tra­vaillent au­tour de cet ob­jec­tif pour­raient se trom­per d’ap­proche et de piste. En ef­fet, en cas de dif­fi­cul­tés, l’in­dé­pen­dant a be­soin, non pas qu’on le pousse à fer­mer mais qu’on le pousse à réus­sir !

Pous­ser l’in­dé­pen­dant à réus­sir plu­tôt qu’à fer­mer !

La fé­dé­ra­tion des au­toen­tre­pre­neurs pro­pose une so­lu­tion qui mé­lange al­lo­ca­tions chô­mage de courte du­rée (3 à 6 mois), droits à la for­ma­tion, et bi­lan de com­pé­tence de l’en­tre­pre­neur et de son ac­ti­vi­té.

L’idée ma­jeure est de ré­agir avant qu’il ne soit trop tard, plu­tôt que de fi­nan­cer un échec. Tous les in­gré­dients pour réus­sir ce pro­jet d’as­su­rance chô­mage pour les in­dé­pen­dants existent : ai­der l’en­tre­pre­neur à faire le bi­lan de son ac­ti­vi­té et de ses sa­voirs, le for­mer sur les com­pé­tences in­dis­pen­sables à son re­bond, lui ap­por­ter un re­ve­nu de sub­sti­tu­tion du­rant ce temps-là, le tout à par­tir d’une pro­cé­dure sim­pli­fiée et adap­tée proche du re­dres­se­ment ju­di­ciaire.

Les rai­sons qui pous­se­raient l’in­dé­pen­dant à avoir be­soin d’in­dem­ni­tés chô­mage sont mul­tiples (perte de re­ve­nus bru­tale ou pro­gres­sive, perte di­recte de client, de mar­ché, changement de lé­gis­la­tion). Dans ces cas, l’in­dé­pen­dant a be­soin de temps pour trou­ver de nou­veaux clients, se for­mer pour pro­po­ser de nou­veaux ser­vices. Il a donc sur cette pé­riode be­soin d’un re­ve­nu mi­ni­mum lui per­met­tant de faire face aux dé­penses de la vie cou­rante : il dé­ci­de­rait alors d’ac­ti­ver ses droits au chô­mage.

Les avan­tages de ce mé­ca­nisme sont nom­breux :

Il y a une vraie contre­par­tie en échange de ces droits : celle d’iden­ti­fier les rai­sons du

1er échec et de mettre en place les so­lu­tions. On écarte les ef­fets d’au­baine, car le sui­vi du bi­lan se­rait une condi­tion né­ces­saire au ver­se­ment de l’al­lo­ca­tion, et ne se­rait ac­ces­sible qu’au bout de 2 ans d’ac­ti­vi­té. On conserve un es­prit uni­ver­sel à l’as­su­rance chô­mage. Le be­soin d’ac­com­pa­gne­ment pour se dé­ve­lop­per, cor­ri­ger ses er­reurs, faire le point sur son ac­ti­vi­té est com­blé. Tous les in­dé­pen­dants co­ti­se­raient à un taux faible mais avec un avan­tage per­cep­tible et clair. Dans tous les cas, le coût de l’ac­com­pa­gne­ment peut lar­ge­ment être ab­sor­bé par les droits à la for­ma­tion. On rem­plit un deuxième ob­jec­tif en ren­for­çant la san­té des pe­tites en­tre­prises.

Une chose est cer­taine :

l’en­tre­pre­neur in­di­vi­duel qui se lance a be­soin d’un fi­let de sé­cu­ri­té ! Mais d’un fi­let qui le ra­mène vers le centre de la piste, pas d’un fi­let qui le re­cueille une fois je­té dans le dé­cor. C’est cette uni­ver­sa­li­té de la pro­tec­tion, et l’en­vie de faire réus­sir nos tra­vailleurs in­dé­pen­dants qui doit gui­der la ré­forme de l’as­su­rance chô­mage.

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