Bain d’oeoeuvres d’art à l’Ate­lier des lu­mières

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Ce­ci n’est pas un mu­sée (pas d’oeuvres conser­vées) ni une salle d’ex­po­si­tion (au­cune toile sur au­cune ci­maise). Plus sû­re­ment un centre d’art nu­mé­rique puisque tout y est dé­ma­té­ria­li­sé, mais plus jus­te­ment en­core un lieu où ex­pé­ri­men­ter le plus cultu­rel des bains sen­so­riels. Ain­si, plon­gé dans l’obs­cu­ri­té d’un es­pace à peine moins grand qu’une ca­thé­drale, vous voi­là sou­dain pro­je­té au coeur d’un bouillon­ne­ment d’oeuvres d’art de­ve­nues im­pal­pables. L’Ate­lier des lu­mières est sans doute l’ex­pé­rience im­mer­sive la plus réus­sie du mo­ment; il trans­pose un concept créé pour les Car­rières de lu­mières (aux Baux-de-Pro­vence) dans une an­cienne fon­de­rie de fer pa­ri­sienne da­tant de 1835. Vi­dé de ses ma­chines, le lieu, im­mense, de­vient in­té­gra­le­ment le sup­port de pro­jec­tion d’images mo­nu­men­tales is­sues de ta­bleaux cé­lèbres. La pre­mière «ex­po­si­tion» est consa­crée à la Sé­ces­sion vien­noise, ce mou­ve­ment ar­tis­tique de la fin du XIXe siècle qui s’est af­fran­chi des tra­di­tions aca­dé­miques et dont Gus­tav Klimt et Egon Schiele res­tent les re­pré­sen­tants les plus illustres.

La li­bé­ra­tion des formes pro­mue par la Sé­ces­sion ne pou­vait trou­ver meilleur vec­teur d’ex­pres­sion que l’en­chaî­ne­ment de fresques qui se construisent puis se dé­cons­truisent sur les murs. D’abord se des­sine l’ar­chi­tec­ture du Kuns­this­to­risches Mu­seum de Vienne, puis les pay­sages foi­son­nants de Klimt se ré­pandent du sol au pla­fond, ses grands por­traits de nus sub­mergent le pu­blic de leurs mo­tifs do­rés avant que la ci­té idéale de Frie­dens­reich Hun­dert­was­ser ne se dé­com­pose en une hyp­no­tique averse de cou­leurs. Pas d’images sta­tiques mais une scé­no­gra­phie ani­mée faite de fon­dus en­chaî­nés et de zooms. Au spec­ta­teur de se dé­pla­cer pour ap­pré­cier le dé­tail mo­nu­men­tal d’une che­ve­lure rousse, fou­ler un ta­pis de fleurs et de­ve­nir lui-même le sup­port d’un ta­bleau. La dé­ma­té­ria­li­sa­tion des oeuvres d’art et leur pro­jec­tion sous forme d’images en très haute ré­so­lu­tion re­posent sur un dis­po­si­tif consé­quent de 140 vi­déo­pro­jec­teurs la­ser connec­tés à des or­di­na­teurs en ré­seau, et sur une so­no­ri­sa­tion spa­tia­li­sée. Un sys­tème unique en son genre. S’il a pour am­bi­tion avouée d’am­pli­fier l’émo­tion du spec­ta­teur (et com­ment ne pas être sub­mer­gé par des images oni­riques por­tées par une mu­sique ly­rique de Wa­gner ou Gus­tav Mah­ler?) il lui per­met aus­si de se confron­ter à des dé­tails dif­fi­ci­le­ment re­pé­rables sur les toiles ori­gi­nales. Les images ont été confi­gu­rées pour épou­ser par­fai­te­ment les élé­ments ar­chi­tec­tu­raux conser­vés dans la fon­de­rie: tour de sé­choir, ré­ser­voir d’eau, che­mi­née… Car le pro­jet a per­mis aus­si de re­va­lo­ri­ser un pa­tri­moine in­dus­triel dont on re­dé­couvre la struc­ture mé­tal­lique ori­gi­nale lorsque la vague des images se re­tire, nous lais­sant sou­dain à nu contre les murs bé­ton­nés. * Gus­tav Klimt, jus­qu’au 11 no­vembre 2018. 75011 Pa­ris. www.ate­lier-lu­mieres.com

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