Martyn Lawrence Bullard ouvre les portes de son pa­ra­dis.

Déco Magazine - - SOMMAIRE - Jim

UNE OA­SIS DANS LE DÉ­SERT CA­LI­FOR­NIEN, PALM SPRINGS, LIEU DE VIL­LÉ­GIA­TURE DES STARS HOLLYWOODIENNES, NAÎT AU DÉ­BUT DES AN­NÉES 1950. LA VILLA GRIGIO EN EST L’UN DES PLUS BEAUX EM­BLÈMES. AC­QUISE ET RÉ­NO­VÉE PAR LE DÉ­CO­RA­TEUR MARTYN LAWRENCE BULLARD, ELLE CONSERVE LES CODES SIX­TIES QUI ONT FAIT SA RE­NOM­MÉE, TOUT EN REVÊTANT LE COS­TUME UL­TRA GLA­MOUR D’UNE NOU­VELLE MO­DER­NI­TÉ.

Dé­sor­mais in­dis­so­ciable

de Martyn Lawrence Bullard, la Villa Grigio d’au­jourd’hui est à l’image de son nou­veau pro­prié­taire. Grand nom du mi­cro­cosme hol­ly­woo­dien, le de­si­gner fait ré­gu­liè­re­ment les titres des prin­ci­paux ma­ga­zines d’ar­chi­tec­ture ten­dance. Ses clients se nomment Kar­da­shian, Cher ou Hil­fi­ger. Alors qu’il s’oc­cu­pait de l’in­té­rieur d’une pro­prié­té à Palm Springs, il tombe sur la Villa Grigio, en vente. Le coup de coeur est im­mé­diat, il dé­cide de l’ac­qué­rir et se lance dans une ré­no­va­tion pas­sion­née.

Un mythe ar­chi­tec­tu­ral

Un jour de mai 1947, Frank Si­na­tra fran­chit la porte d’une agence im­mo­bi­lière à Palm Springs, à la re­cherche d’une ré­si­dence se­con­daire de style géor­gien. Le bien ac­quis, son ar­chi­tecte le convint de la ré­no­ver dans un style contem­po­rain. Si­na­tra y convia ses amis, Palm Springs s’ou­vrait les portes de Hol­ly­wood. La pre­mière mo­der­ni­té de la ville date néan­moins du dé­but du XXe siècle, quand des ar­chi­tectes avant-gar­distes, tel le Suisse Al­bert Frey, per­çurent dans cette ci­té per­due au mi­lieu du dé­sert un po­ten­tiel im­por­tant. L’at­trayant pay­sage alen­tour fait de mon­tagnes arides, la beau­té des pal­miers plan­tés comme au­tant de phares dans l’im­men­si­té, pa­rurent suf­fi­sam­ment ins­pi­rants pour y lan­cer les bases d’une nou­velle ap­proche ar­chi­tec­tu­rale. Les pre­mières fa­çades de style plu­tôt es­pa­gnol vieillirent ce­pen­dant ra­pi­de­ment. Après-guerre, une nou­velle gé­né­ra­tion de de­si­gners, ori­gi­naires de Los An­geles, ap­por­tèrent leur lot d’in­no­va­tion: pis­cine, vé­ran­da et sur­tout baies vi­trées que l’air cli­ma­ti­sé ren­dait vi­vables, bri­sant ain­si la fron­tière de l’in­té­rieur-ex­té­rieur.

La Villa Grigio en est l’une des plus belles ex­pres­sions. Des­si­née en 1964 par l’ar­chi­tecte James McNaugh­ton, elle en in­tègre tous les élé­ments et y ajoute quelques spé­ci­fi­ci­tés, comme un toit to­ta­le­ment plat ou des co­lonnes et arches d’un blanc im­ma­cu­lé. Ha­bi­tée plu­sieurs an­nées par Ro­ger Moore no­tam­ment, la Villa Grigio était res­tée dans un écrin contem­po­rain, mais son plan avait été re­vu. Martyn Lawrence Bullard a re­noué avec le sché­ma ini­tial, qui cor­res­pon­dait da­van­tage à ses propres be­soins: une pro­prié­té pour le week-end où ses amis peuvent être re­çus à tout mo­ment. La bi­blio­thèque a ain­si dis­pa­ru au pro­fit d’une salle de ci­né­ma, la buan­de­rie a été rem­pla­cée par une chambre d’in­vi­té sup­plé­men­taire. Le sa­lon a conser­vé son éton­nant cercle de conver­sa­tion, creu­sé dans le sol et fai­sant face à la pis­cine.

De­si­gn gla­mour

En pre­nant pos­ses­sion de la Villa Grigio, Martyn Lawrence Bullard a choi­si de conser­ver et même ren­for­cer le style des an­nées 1960-1970 que la ré­si­dence n’avait ja­mais vrai­ment dé­lais­sé, à tra­vers un mael­ström de cou­leurs, de formes aty­piques et de touches disco. Du pourpre du ca­na­pé dans le sa­lon au vert vif du pa­pier peint dans la chambre maî­tresse, chaque pièce dis­pose de sa touche d’exu­bé­rance, ser­vie par une at­ten­tion ex­trême aux dé­tails. La salle de ci­né­ma est un mo­dèle du genre, avec sa laque vert éme­raude, et ses so­fas De Sede Ter­raz­za en ul­tra­suede. Les tons disco se re­trouvent da­van­tage dans les ma­té­riaux ar­gen­tés, ain­si du my­lar uti­li­sé sous forme de tis­su mu­ral au pla­fond de la cui­sine. Au-de­là, le mo­bi­lier ac­cu­mule les si­gna­tures de grands de­si­gners. De Vla­di­mir Ka­gan, lui-même proche des stars de l’âge d’or de Hol­ly­wood, à l’ita­lien Willy Riz­zo dont plu­sieurs pho­to­gra­phies sont aus­si aux murs, en pas­sant par Mi­lo Baugh­man, Karl Sprin­ger ou en­core An­ge­lo Man­gia­rot­ti. Cer­taines pièces sont tout à fait ori­gi­nales: les ta­bou­rets Pierre Car­din au bar ou le ta­pis en peau de zèbre au sa­lon, ca­deau de la man­ne­quin et de­si­gner Che­ryl Tiegs, icône de la culture pop. Les an­nées 19601970 ont la cote dans cet in­té­rieur où l’on

trouve tout de même quelques ex­cep­tions non né­gli­geables, no­tam­ment des oeuvres de Da­mien Hirst, pour cer­taines ache­tées spé­cia­le­ment pour la ré­si­dence, pour d’autres trans­fé­rées de­puis les autres pro­prié­tés de Martyn Lawrence Bullard, à Los An­geles ou Londres. Le de­si­gner pro­longe la noble fonc­tion de la Villa Grigio, une par­faite échap­pa­toire à la mé­ga­pole Los An­geles. Au coeur du dé­sert ca­li­for­nien, il re­prend avec bon­heur et ta­lent les codes qui ont fait de l’ar­chi­tec­ture lo­cale un la­bo­ra­toire de mo­der­ni­té. À quelques cen­taines de mètres du Walk of Stars de Palm Springs (Hol­ly­wood n’en a pas l’ex­clu­si­vi­té!), où So­phia Lo­ren, Mi­ckey Roo­ney ou Eli­za­beth Tay­lor ont lais­sé leur em­preinte, la Villa Grigio est une autre star des rues.

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