La Bien­nale de Ve­nise, l’ar­chi­tec­ture et la culture, Fri­da Es­co­be­do monte son pa­villon à la Ser­pen­tine.

Une ex­plo­ra­tion de l’es­pace libre

Déco Magazine - - SOMMAIRE - Sté­pha­nie Gha­zal

BAP­TI­SÉE FREES­PACE PAR LES COM­MIS­SAIRES YVONNE FAR­RELL ET SHEL­LEY McNA­MA­RA, LA SEI­ZIÈME EX­PO­SI­TION IN­TER­NA­TIO­NALE D’AR­CHI­TEC­TURE À LA BIEN­NALE DE VE­NISE EST CEN­TRÉE SUR L’ES­PACE LIBRE. AVEC SOIXANTE ET ONZE PAR­TI­CI­PANTS À L’EX­PO­SI­TION, SOIXANTE-TROIS PA­VILLONS NA­TIO­NAUX, LES DI­VERS ÉVÉ­NE­MENTS PA­RAL­LÈLES ET LES REN­CONTRES AU­TOUR DE L’AR­CHI­TEC­TURE, LE PRO­GRAMME PRO­MET UNE EX­PLO­RA­TION EN PRO­FON­DEUR DU SU­JET. VOI­CI UN APER­ÇU DE CE QUI AT­TEND LES VI­SI­TEURS DE VE­NISE JUS­QU’AU 25 NO­VEMBRE PRO­CHAIN.

Pour Yvonne Far­rell

et Shel­ley McNa­ma­ra, la no­tion d’es­pace libre, ou frees­pace, re­lève de la gé­né­ro­si­té dans l’ap­proche ar­chi­tec­tu­rale. C’est aus­si un thème qui reste ou­vert et qui per­met d’éta­blir des connexions entre les in­ter­ven­tions dans le cadre d’une ex­po­si­tion d’une telle en­ver­gure. Avec soixante et onze par­ti­ci­pants, Frees­pace, qui se dé­ploie de­puis le pa­villon cen­tral jus­qu’à l’Ar­se­nal, est ac­com­pa­gné de deux pro­jets spé­ciaux: Close En­coun­ter, Mee­tings with Re­mar­kable Pro­jects, une ré­flexion au­tour de cons­truc­tions ico­niques, et The Prac­tice of Tea­ching qui met en avant des pro­jets pro­duits dans le cadre aca­dé­mique.

Dans cette mul­ti­tude d’in­ter­ven­tions, celle d’Eduar­do Sou­to de Mou­ra se dis­tingue: le ju­ry a dé­cer­né le Lion d’or du meilleur par­ti­ci­pant à l’ar­chi­tecte por­tu­gais pour «la pré­ci­sion du ju­me­lage de deux pho­to­gra­phies aé­riennes qui ré­vèle la re­la­tion es­sen­tielle entre l’ar­chi­tec­ture, le temps et le lieu. L’es­pace libre y ap­pa­raît sans être an­non­cé, clair et simple.» Le Lion d’ar­gent pour un jeune par­ti­ci­pant pro­met­teur a été at­tri­bué au trio belge Jan de Vyl­der, Inge Vinck et Jo Taillieu pour avoir in­tro­duit les no­tions de «len­teur et d’at­tente comme des fac­teurs qui per­mettent à l’ar­chi­tec­ture d’être ou­verte à des ac­ti­va­tions dans le fu­tur.» Deux men­tions spé­ciales ont éga­le­ment été ac­cor­dées: l’une à An­dra Mar­tin (In­do­né­sie) pour son ins­tal­la­tion qui «pro­pose un cadre pour la ré­flexion sur les ma­tières et les formes de l’ar­chi­tec­ture ver­na­cu­laire», et l’autre à Ra­hul Meh­ro­tra (Inde/USA) pour «trois pro­jets qui traitent des pro­blé­ma­tiques de l’in­ti­mi­té et de l’em­pa­thie et qui brouillent avec dou­ceur les li­mites so­ciales et les hié­rar­chies.» Pour l’en­semble de son oeuvre en tant qu’ar­chi­tecte, cri­tique, his­to­rien et édu­ca­teur, le Bri­tan­nique Ken­neth Framp­ton a re­çu le Lion d’or, un hom­mage éga­le­ment «à l’en­sei­gne­ment

cri­tique de l’ar­chi­tec­ture» se­lon Pao­lo Ba­rat­ta, pré­sident de la Bien­nale.

Cô­té pa­villons

Les soixante-trois pa­villons de cette sei­zième ren­contre in­ter­na­tio­nale ap­portent di­ver­si­té et nuances à la Bien­nale. Des ap­proches lu­diques, cri­tiques, au­da­cieuses, simples, tout semble y être. Y com­pris l’ex­plo­ra­tion de l’im­ma­té­riel, comme dans le pa­villon vé­ni­tien. Ce der­nier offre aux vi­si­teurs l’op­por­tu­ni­té d’ac­cé­der à l’en­semble des don­nées des par­ti­ci­pants à l’ex­po­si­tion in­ter­na­tio­nale. La ges­tion des in­for­ma­tions et la créa­tion de struc­tures, d’ordres et de sens de­viennent alors une pra­tique ou­verte à cha­cun, dans une initiative vi­sant à sen­si­bi­li­ser le pu­blic au par­tage des es­paces du sa­voir, au frees­pace im­ma­té­riel. Lau­réat du Lion d’or, le pa­villon suisse joue avec les échelles et gé­nère une ex­pé­rience in­so­lite qui vise à at­ti­rer l’at­ten­tion sur les spé­ci­fi­ci­tés des ap­par­te­ments des­ti­nés à la lo­ca­tion. En élar­gis­sant des élé­ments ar­chi­tec­tu­raux et en en ré­tré­cis­sant d’autres, l’ins­tal­la­tion Sviz­ze­ra 240, House Tour pro­pose une lec­ture cri­tique de l’es­pace do­mes­tique dans un for­mat à la fois amu­sant et dé­rou­tant. Des portes trop grandes et d’autres trop pe­tites mettent le corps à l’épreuve de l’es­pace, ques­tion­nant les condi­tions de vie dans ces in­té­rieurs contem­po­rains. Is­land, le pa­villon de la Grande Bretagne, a lui ob­te­nu une men­tion spé­ciale pour sa «pro­po­si­tion cou­ra­geuse qui uti­lise le vide pour créer un es­pace libre pour les évé­ne­ments et les ap­pro­pria­tions in­for­melles.» Ici, la toi­ture du pa­villon bri­tan­nique de­vient une île flot­tante sur une pla­te­forme sur­éle­vée, te­nue par des écha­fau­dages qui en­ve­loppent le bâ­ti­ment. Le Royaume-Uni a éga­le­ment une place pri­vi­lé­giée dans le pro­gramme de cette an­née, avec l’ex­po­si­tion Robin Hood Gar­dens: A Ruin in Re­verse dans le cadre de la troi­sième

col­la­bo­ra­tion consé­cu­tive entre la Bien­nale de Ve­nise et le Vic­to­ria & Al­bert Mu­seum de Londres.

2018: six nou­veaux par­ti­ci­pants

Cette édi­tion de la Bien­nale marque une pre­mière pour le Li­ban, mais aus­si pour cinq autres pays par­ti­ci­pants: le Va­ti­can, l’Ara­bie saou­dite, le Gua­te­ma­la, le Pa­kis­tan et An­ti­guaet-Bar­bu­da. Avec The Place that Re­mains, dé­ve­lop­pé par l’ar­chi­tecte-com­mis­saire Ha­la Younes, le pa­villon li­ba­nais pro­pose une ré­flexion sur l’es­pace non bâ­ti, le bas­sin ver­sant du fleuve de Bey­routh consti­tuant l’axe prin­ci­pal de l’ins­tal­la­tion. To­po­gra­phie, re­liefs et pay­sages s’y dé­clinent en plu­sieurs types de re­pré­sen­ta­tions, de la ma­quette de 14 m² aux pho­to­gra­phies de Gil­bert Hage, Gre­go­ry Bu­chak­jian, Ca­the­rine Cat­ta­ruz­za, Hou­da Kas­sat­ly, Ie­va Sau­dar­gaite Douai­hi et Ta­lal Khou­ry. Autre pre­mière, l’in­ter­ven­tion du Va­ti­can s’étale sur dix sites dif­fé­rents de l’île vé­ni­tienne de San Gior­gio Mag­giore. In­vi­tés par le com­mis­saire du pa­villon, Fran­ces­co Dal Co, dix ar­chi­tectes ont construit une cha­pelle cha­cun. In­ti­tu­lé Les Cha­pelles du Va­ti­can, le pro­jet est une in­vi­ta­tion à l’ex­plo­ra­tion de la cha­pelle comme un «lieu d’orien­ta­tion, de ren­contre, de mé­dia­tion et de sa­lu­ta­tion», dans un par­cours qui s’ap­pa­rente à un pè­le­ri­nage et qui in­tègre les di­men­sions de dé­pla­ce­ment et de dé­cou­verte comme com­po­santes de l’ex­pé­rience ar­chi­tec­tu­rale.

Éga­le­ment au pro­gramme de la Bien­nale: le 12ème Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de danse contem­po­raine (du 22 juin au 1er juillet), le 46ème Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de théâtre (du 20 juillet au 5 août), le 75ème Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du film de Ve­nise (du 29 août au 9 sep­tembre) et le 62ème Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de mu­sique contem­po­raine (du 28 sep­tembre au 7 oc­tobre).

Les deux pho­to­gra­phies aé­riennes de Sou­to de Mou­ra, lau­réat du Lion d’or.

L’en­trée des Giar­di­ni.

Yvonne Far­rell, Pao­lo Ba­rat­ta et Shel­ley McNa­ma­ra.

Eduar­do Sou­to de Mou­ra re­ce­vant son prix.

The Space that Re­mains, pa­villon du Li­ban.

Ha­la Younes, cu­ra­trice.

Pho­to prise par Gre­go­ry Bu­chak­jian.

L’in­ter­ven­tion im­mer­sive de Weiss/Man­fre­di: Lines of Mo­ve­ment.

«Re­cast», in­ter­ven­tion de Ali­son Brooks Ar­chi­tects.

Woo­dland Cha­pel de MAP Stu­dio, l’une des dix cha­pelles du Va­ti­can.

1.et 2. Vues du pa­villon ita­lien: ins­tal­la­tion in­ti­tu­lée Ar­ci­pe­la­go Ita­lia.

Diller Sco­fi­dio + Ren­fro pré­sentent deux in­ter­ven­tions: une vi­déo au pa­villon des États-Unis et une ins­tal­la­tion dans le cadre de Frees­pace.

Jen­sen & Skod­vin pro­posent une cou­ver­ture de pro­tec­tion pour la source de Moya, en Chine.

Pa­villon suisse, lau­réat du Lion d’or avec Sviz­ze­ra 240: House Tour.

So­mew­here Other de John Wardle Ar­chi­tects.

Stu­dio Gang, pa­villon des États-Unis.

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