Ru­dy Ruc­ciot­ti, à Bey­routh.

Ri­tal dans l’âme, fran­çais par édu­ca­tion et mé­di­ter­ra­néen par convic­tion, Ru­dy Ric­ciot­ti pra­tique une ar­chi­tec­ture en réac­tion contre le mi­ni­ma­lisme uti­li­taire qui règne sur les créa­tions contem­po­raines. De pas­sage à Bey­routh le 9 mai der­nier, il a dé­batt

Déco Magazine - - SOMMAIRE - Ka­rene Sa­fi

Prin­ci­pal ac­teur de

la nou­velle vague ar­chi­tec­tu­rale, Ru­dy Ric­ciot­ti a le sens des mots et de la pro­vo­ca­tion. Né en 1952 en Al­gé­rie, ins­tal­lé au­jourd’hui à Ban­dol dans le Var, Ru­dy Ric­ciot­ti dé­couvre le bé­ton avec son père, maître d’oeuvre en bâ­ti­ment qui l’en­traîne sur les chan­tiers du­rant son en­fance. Après des études d’in­gé­nieur à l’École des in­gé­nieurs de Ge­nève, il ob­tient son di­plôme en ar­chi­tec­ture de l’École na­tio­nale su­pé­rieure d’ar­chi­tec­ture de Mar­seille (ENSA). Du Pa­villon noir à Aix-enP­ro­vence à la pas­se­relle de la Paix à Séoul, en pas­sant par le mu­sée Jean Coc­teau à Men­ton, le Mu­CEM à Mar­seille, le dé­par­te­ment des arts de l’Is­lam du mu­sée du Louvre et la villa 356, son oeuvre com­prend au­tant de pro­jets pu­blics que de ré­si­dences pri­vées. En 2006, Ric­ciot­ti ob­tient le Grand Prix na­tio­nal de l’ar­chi­tec­ture et de­vient pré­sident des édi­tions Al Dante qui pu­blient des proses poé­tiques, des es­sais théo­riques et des ou­vrages d’ar­tistes. En 2013, Ric­ciot­ti pu­blie L’Ar­chi­tec­ture est un sport de com­bat où il livre un état des lieux sans com­pro­mis des en­jeux de l’ar­chi­tec­ture et de sa lutte contre le «sa­la­fisme ar­chi­tec­tu­ral», la «por­no­gra­phie de la ré­gle­men­ta­tion» et la «ter­reur verte». Dans son ar­chi­tec­ture, Ric­ciot­ti prône une iden­ti­té ter­ri­to­riale au ser­vice des ha­bi­tants et une lo­gique de construc­tion. Avec le bé­ton, son ma­té­riau fé­tiche, il cé­lèbre la beau­té de cette ma­tière, condamne

le mi­ni­ma­lisme et la dé­cons­truc­tion et loue les ren­dus mats qui sou­lignent l’au­then­ti­ci­té de la bâ­tisse. Fa­çades on­du­lées en verre, bé­ton den­te­lé, cons­truc­tions dic­tées par le so­leil, le bâ­ti­ment chez Ric­ciot­ti est une «pierre fra­gile sou­mise aux quatre vents».

Avez-vous trou­vé votre sé­ré­ni­té ou l’ar­chi­tec­ture est-elle tou­jours un sport de com­bat? L’ar­chi­tec­ture est tou­jours un sport de com­bat. Je suis un ar­chi­tecte an­xieux et c’est pour ce­la que je suis un ar­chi­tecte heu­reux. Mon an­xié­té ré­sulte de la dif­fi­cul­té exis­ten­tielle… En ar­chi­tec­ture la no­tion exis­ten­tielle se tra­duit par la trans­for­ma­tion du réel. Il faut donc re­non­cer à l’uto­pie qui elle-même in­clut le re­non­ce­ment et l’in­ca­pa­ci­té de la trans­for­ma­tion du fu­tur et af­fron­ter le réel avec den­si­té. Même si le réel nous fait peur.

Pour vous quelles sont les bases fon­da­men­tales d’une bonne ar­chi­tec­ture? L’in­té­rêt que l’on peut por­ter aux autres. Il faut s’in­té­res­ser aux autres mé­tiers; l’ar­chi­tec­ture, c’est un tra­vail d’équipe, ce n’est pas une ac­tion so­li­taire et je ne crois pas à la vé­ri­té ré­vé­lée. Dans mon ca­bi­net, nous sommes une tren­taine, très axés et en­ga­gés sur la re­cherche, le dé­ve­lop­pe­ment et les nouvelles tech­no­lo­gies du bé­ton. Nous sommes presque à la li­mite de la li­si­bi­li­té tech­nique.

Que pen­sez-vous de l’ar­chi­tec­ture d’au­jourd’hui et des nouvelles ten­dances? C’est une dy­na­mique né­ces­saire pour l’évo­lu­tion; ce­pen­dant je suis ef­frayé par le consu­mé­risme.

Vous avez construit plu­sieurs ponts et pas­se­relles avec le ma­té­riau Duc­tal. Avez-vous ap­pré­cié ce ma­té­riau par­ti­cu­lier? J’ai dé­cou­vert ce ma­té­riau qui est né dans les plan­chers des cen­trales nu­cléaires. C’est un bé­ton fi­bré à haute per­for­mance qui n’a pas de po­ro­si­té et qui a donc de la den­si­té, avec des va­leurs mé­ca­niques ex­trê­me­ment ré­sis­tantes comme la com­pres­sion et la flexion. J’ai uti­li­sé le Duc­tal pour plu­sieurs pro­jets comme la pas­se­relle de la Paix à Séoul, la villa Na­var­ra et le mu­sée des Ci­vi­li­sa­tions de l’Eu­rope et de la Mé­di­ter­ra­née (Mu­CEM).

Votre pro­jet pré­fé­ré? J’ai de la dif­fi­cul­té à ré­pondre à cette ques­tion. Mais mon pro­jet pré­fé­ré, c’est de res­ter heu­reux. La vie m’a fait de beaux ca­deaux, il ne faut pas exi­ger plus.

Vous êtes amou­reux du bé­ton? Oui parce que le bé­ton est dans la no­blesse du pauvre, c’est un arte po­ve­ra. Le bé­ton crée des em­plois ter­ri­to­ria­li­sés, il dé­fend des mé­tiers, il dé­fend une mé­moire. Ce n’est pas un ma­té­riau spé­cu­la­tif comme le pé­trole ou l’acier et chaque pays pro­duit et fa­brique son propre bé­ton.

Quelles sont les contraintes que vous ren­con­trez dans vos pro­jets en gé­né­ral? La bar­ba­rie de la bu­reau­cra­tie. Ce sont des bar­bares qui fa­briquent des ta­mis de plus en plus ser­rés, qui re­tiennent les grains les plus gros et laissent échap­per les grains les plus fins. La bu­reau­cra­tie, c’est le nou­veau fas­cisme pour l’ar­chi­tec­ture.

Qui sont les ar­chi­tectes qui vous ont in­fluen­cé? Les grands maîtres? C’est toute la pers­pec­tive his­to­rique. De­puis l’aube des temps, jus­qu’au mi­lieu du XXe siècle. Mes hé­ros sont dans cette par­tie­là… Je suis nos­tal­gique.

Mu­sée du Louvre, cour Vis­con­ti.

Pa­villon noir, Aix-en-Pro­vence.

Pa­villon noir.

Mu­sée Jean Coc­teau, Men­ton.

Are­na, Bor­deaux. Are­na, Bor­deaux.

Pont de la Ré­pu­blique.

Pont de la Ré­pu­blique, Mont­pel­lier.

Stade Jean Bouin..

Stade Jean Bouin, Pa­ris.

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