DIE­GO ROS­SET­TI

«LES HOMMES PEUVENT EN­FIN POR­TER DES COU­LEURS!»

Femme Magazine - - INTERVIEW - No­ra Nau­fal

DIE­GO ROS­SET­TI, P.-D.G. DE LA MARQUE DE CHAUS­SURES FRATELLI ROS­SET­TI DE­PUIS 2010, NOUS RE­ÇOIT À L’OC­CA­SION DE L’OU­VER­TURE D’UNE NOU­VELLE BOU­TIQUE À L’ABC VER­DUN. COS­TUME SANS CRA­VATE, UNE PAIRE DE ROS­SET­TI MAUVE AUX PIEDS, IL AF­FICHE SON DÉ­SIR DE CONCI­LIER CLASSICISME ET MO­DER­NI­TÉ. IL RA­CONTE AUS­SI SES COUPS DE COEUR ET SES AUTRES PAS­SIONS.

COMMENT AVEZ-VOUS, APRÈS VOTRE PÈRE, PRIS LA TÊTE DE L’EN­TRE­PRISE FA­MI­LIALE ?

Ce­la s’est fait de fa­çon très na­tu­relle. À l’ado­les­cence, mes deux frères et moi tra­vail­lions à l’usine l’été, cha­cun dans un do­maine par­ti­cu­lier. J’étais le seul à par­ler an­glais et me suis donc spé­cia­li­sé dans le mar­ke­ting à la fin des an­nées 70. Les États-Unis étaient en avance sur tout. Nous avons été des pré­cur­seurs en Ita­lie du­rant ces an­nées-là parce que nous tra­dui­sions leurs idées avant-gar­distes avec notre stra­té­gie et notre sa­voir­faire. Nous étions ain­si les seuls à bâ­tir des re­la­tions clients, à l’époque. Au­jourd’hui, nous avons sept en­fants entre moi et mes frères. S’ils sou­haitent re­joindre la com­pa­gnie un jour, ils de­vront eux aus­si faire leurs preuves.

QU’AVEZ-VOUS GAR­DÉ DE LA TRA­DI­TION FA­MI­LIALE ET EN QUOI AVEZ-VOUS INNOVÉ?

Nous avons gar­dé la phi­lo­so­phie qui est de tout pro­duire nous-même dans notre usine en Ita­lie car la qua­li­té est notre prio­ri­té. Nous main­te­nons ce sa­voir-faire, tout en cher­chant de nou­veaux liens à tis­ser avec nos clients. Avec In­ter­net, c’est plus fa­cile et moins cher de com­mu­ni­quer mais aus­si plus dif­fi­cile de gar­der sa cré­di­bi­li­té. Avant, on ou­vrait la porte du ma­ga­sin et ce­lui qui pas­sait par là en­trait. Main­te­nant, on doit contac­ter le client et lui don­ner la bonne in­for­ma­tion, au bon mo­ment, de la bonne fa­çon. Pour moi, c’est frus­trant, parce qu’à 60 ans et pour la pre­mière fois, je sens que je n’ai pas connais­sance de l’en­semble du pro­ces­sus. Je me rends à beau­coup de sé­mi­naires à ce su­jet, mais même quand on est à jour, on est dé­jà en re­tard. Nous vi­vons une ré­vo­lu­tion et ce chal­lenge me mo­tive beau­coup.

QUI SONT L’HOMME ET LA FEMME ROS­SET­TI?

Nos clients ont le même style que notre fa­mille. Ils n’aiment pas les ex­trêmes et le show-off, ce ne sont pas des fa­shion­vic­tims qui sou­haitent im­pres­sion­ner. Ils sont élé­gants et sobres. Pour eux, les dé­tails, la qua­li­té et la per­son­na­li­té des pro­duits sont im­por­tants. Ce sont des hommes et des femmes ac­tifs qui cherchent des chaus­sures confor­tables pour tra­vailler, sor­tir et voya­ger.

UN MO­DÈLE À CONSEILLER...?

Comme passe-par­tout, je choi­si­rai un mo­dèle mar­ron qui va avec tout, en daim fa­cile à en­tre­te­nir, avec des la­cets car ce­la va avec des chaus­settes fines et épaisses. S’il pleut, c’est pro­té­gé et s’il fait chaud, c’est un iso­lant. Pour un évé­ne­ment, j’op­te­rai pour des chaus­sures clas­siques noires, bien que je trouve ce­la en­nuyeux. Il y a quelques an­nées je n’au­rais ja­mais pen­sé por­ter des chaus­sures mauves ou des mo­dèles bi­co­lores. Même en étant très clas­sique, les hommes peuvent en­fin por­ter des cou­leurs!

VOUS ÊTES PAS­SION­NÉ PAR LE NÉ­PAL...

J’ai long­temps fait de la ran­don­née, de la na­vi­ga­tion, du vé­lo… Toute per­sonne qui aime la mon­tagne tombe na­tu­rel­le­ment amou­reuse du Né­pal. Les gens sont si gen­tils mal­gré la pau­vre­té. Un ami m’a en­cou­ra­gé à pu­blier les pho­tos que j’ai prises là-bas, dans un livre qui a été un grand suc­cès. Je ne me voyais pas gar­der l’ar­gent pour moi et l’ai donc in­ves­ti dans des re­fuges pour femmes né­pa­laises mal­trai­tées. C’est un grand pro­blème au­quel le pays doit faire face avec la pau­vre­té, la vio­lence et l’al­coo­lisme. Je re­tourne là-bas dans quelques jours, c’est ma se­conde mai­son.

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