ELISE NOU­JEIM

Femme Magazine - - ÉVÉNEMENT - N.R.

Cher­cheur au CNRSL, di­plô­mée en pa­ra­si­to­lo­gie et éco­lo­gie mi­cro­bienne, le pro­jet d’Elise Nou­jeim, sou­mis à L’OréalU­nes­co, porte sur la lutte bio­lo­gique, pour la pré­ser­va­tion d'un genre bien pré­cis de pins. «Ce pro­jet est né d’un be­soin, ex­plique-t-elle. Ac­tuel­le­ment, les pi­nèdes au Li­ban sont me­na­cées par plu­sieurs in­sectes. Ce­la af­fecte non seule­ment la pro­duc­tion, mais éga­le­ment les sur­faces fo­res­tières. Le pro­jet vise ain­si à trou­ver des moyens de lutte bio­lo­gique comme al­ter­na­tive aux pes­ti­cides, nui­sibles à plus d’un ni­veau.»

POUR­QUOI CET IN­TÉ­RÊT POUR LE MONDE DES SCIENCES?

J’ai tou­jours ai­mé la na­ture. Quand j’étais en­fant, j’ai­mais par­ti­ci­per avec mes grands-pa­rents à la cueillette des pommes. Je me suis en­suite en­ga­gée dans le scou­tisme pen­dant une quin­zaine d’an­nées. À la base, je vou­lais me spé­cia­li­ser en der­ma­to­lo­gie. Mais mon père, qui vou­lait que je sois sûre de mon choix, m’a em­me­née en vi­site chez des mé­de­cins. J’ai chan­gé d’avis, je ne sais pas pour­quoi! Je me suis alors ins­crite en bio­lo­gie, un do­maine pa­ra­mé­di­cal. Et au fur et à me­sure je me suis in­té­res­sée à tout ce qui est fo­rêts, en­vi­ron­ne­ment, agri­cul­ture.

COMMENT SE PORTE LA RE­CHERCHE AU LI­BAN?

C’est un do­maine très peu dé­ve­lop­pé au Li­ban; quand on dit qu’on est cher­cheur, la ma­jo­ri­té des gens ne com­prennent pas réel­le­ment ce que ce­la veut dire. J’ai du mal à leur ex­pli­quer ce que je fais. Mais en réa­li­té, la re­cherche au Li­ban est en train de pro­gres­ser, les uni­ver­si­tés s’y in­té­ressent de plus en plus et, même, elles sont obli­gées d’y consa­crer un bud­get. On est en train de pro­gres­ser, peut-être plus len­te­ment que les autres pays. Mais on a d’ex­cel­lents cher­cheurs, très qua­li­fiés et très pro­duc­tifs. La re­cherche est le socle de tout.

CAR­RIÈRE SCIEN­TI­FIQUE ET VIE DE FA­MILLE EST IM­POS­SIBLE?

Il faut avoir confiance en soi, être sou­te­nue par la fa­mille (l’époux en par­ti­cu­lier), et sur­tout être or­ga­ni­sée. J’ai deux gar­çons, je suis en­ceinte du troi­sième, et je suis en train de faire ma re­cherche. C’est une ques­tion d’équi­libre, c’est vrai par­fois aux dé­pens de nous-mêmes. On est cer­tai­ne­ment épui­sée, mais on peut y ar­ri­ver. Il faut avoir confiance en soi, et vi­ser tou­jours plus haut pour y ar­ri­ver. Doc­to­rante à la Fa­cul­té des arts et des sciences au dé­par­te­ment de Bio­lo­gie de l’Uni­ver­si­té amé­ri­caine de Beyrouth (AUB), sous la su­per­vi­sion du Dr. Noël Gha­nem, Ca­rine Jaa­far en­quête sur le rôle de deux gènes dans le bon fonc­tion­ne­ment du rein. Une pre­mière dans le monde mé­di­cal. Elle es­père qu’avec l’aide de la bourse L’OréalU­nes­co elle pour­ra être ex­po­sée à toutes les nou­velles tech­niques dé­ve­lop­pées à l’étran­ger pour pro­gres­ser dans sa re­cherche.

RES­TER AU LI­BAN OU PAR­TIR À L’ÉTRAN­GER?

C’est un dé­fi, en­core plus pres­sant pour moi, vu que mes pa­rents vivent aux États-Unis. Si je veux vrai­ment pous­ser plus loin mes re­cherches, j’irai pro­ba­ble­ment pour­suivre mes études post­doc­to­rales en Amé­rique. Je ne sais pas en­core si le voyage fi­gure sur mon agen­da. Mais je pense qu’avec cette bourse, j’au­rai l’oc­ca­sion d’ac­qué­rir une bonne ex­pé­rience qui me per­met­tra de res­ter ici et d’of­frir une contre­par­tie à mon pays.

AU LI­BAN, LES FEMMES SONT-ELLES SUF­FI­SAM­MENT EN­COU­RA­GÉES À SE SPÉ­CIA­LI­SER DANS LA RE­CHERCHE SCIEN­TI­FIQUE?

Je ne pense pas. J’ai réa­li­sé avec éton­ne­ment à quel point le pro­gramme L’Oréal-Unes­co en­cou­rage les femmes scien­ti­fiques, en leur don­nant la vi­si­bi­li­té né­ces­saire, en ex­po­sant, sou­te­nant et fi­nan­çant leurs re­cherches. Si on pou­vait bé­né­fi­cier da­van­tage de tels pro­grammes, ce se­rait en­core mieux.

LES SEPT BOUR­SIÈRES.

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