CRÉA­TEURS

DER­NIER AR­RI­VÉ DANS LE CERCLE TRÈS RES­TREINT DE LA HAUTE COU­TURE PA­RI­SIENNE, JU­LIEN FOUR­NIÉ A PEUT-ÊTRE L’UN DES PAR­COURS LES PLUS ATY­PIQUES DE LA SPHÈRE FA­SHION; IL AU­RAIT PU DE­VE­NIR PIA­NISTE PRO­FES­SION­NEL, MÉ­DE­CIN… IL A FI­NI PAR CÉ­DER À L’AP­PEL DE L’UNI

Femme Magazine - - CONTENTS -

Ju­lien Four­nié Ate­liers de Pa­ris Mai­son Mar­tin Mar­gie­la Lau­ra Gau­thier

Une soif d’ap­prendre dou­blée d’une fré­né­sie pour al­ler voir ce qui se passe chez les uns et chez les autres, dans leurs ate­liers, mais aus­si dans leur tête. Tout ce­la avec tou­jours une seule cer­ti­tude; celle de vou­loir fon­der sa propre mai­son de cou­ture. Une quête de li­ber­té ra­pi­de­ment as­sou­vie lorsque sa Mai­son épo­nyme voit le jour en 2009. C’est en jan­vier 2017 que la Mai­son Ju­lien Four­nié s’est vu at­tri­buer le la­bel Haute Cou­ture. Pour mar­quer le pre­mier an­ni­ver­saire de cette dis­tinc­tion, Femme Ma­ga­zine s’est ren­due dans l’ate­lier de Ju­lien Four­nié… ou plu­tôt son «la­bo­ra­toire» comme il pré­fère l’ap­pe­ler.

CON­NAIS­SEZ-VOUS LE LI­BAN?

Mal­heu­reu­se­ment je n’ai pas en­core été au Li­ban mais je le connais à tra­vers deux amis, Ra­bih Kay­rouz et Li­za Sou­ghayar, fon­da­trice du res­tau­rant Li­za. D’ailleurs le pre­mier gros vec­teur à tra­vers le­quel j’ai connu le Li­ban est la nour­ri­ture car j’adore la cui­sine li­ba­naise. (Rires) Ce qui me fas­cine c’est cette force qu’ont les femmes li­ba­naises pour en­tre­prendre. Le Li­ban est l’un des pre­miers pays du Moyen-Orient qui a su se pro­je­ter dans l’ave­nir. Il y a aus­si chez

les Li­ba­nais ce cô­té «la vie à tout prix» qui doit sû­re­ment trou­ver son ori­gine dans le fait qu’ils pensent qu’une bombe peut tom­ber à tout mo­ment! Alors on fait ce qu’il faut faire tout de suite. Ce sont des gens qui ne sont pas dans le confort. C’est quelque chose que nous n’avons plus en Eu­rope. En France on est un peu comme la Belle au Bois Dor­mant… Alors que les Li­ba­nais sont comme des phé­nix! C’est comme ça que je res­sens le Li­ban. J’es­père qu’un jour j’au­rais l’oc­ca­sion d’y al­ler!

QUEL EST LE PRO­FIL DE LA CLIENTE HAUTE COU­TURE AU­JOURD’HUI?

J’ai de la chance car j’ha­bille beau­coup de femmes de des­tin. Ce sont des femmes qui di­rigent; la Shei­kha par exemple ain­si que d’autres sou­ve­raines et prin­cesses du bas­sin mé­di­ter­ra­néen et du Golfe, mais je ne peux pas di­vul­guer leur iden­ti­té. Seule Shei­kha Mo­zah nous au­to­rise à com­mu­ni­quer sur notre col­la­bo­ra­tion. J’ha­bille aus­si celles que j’ap­pelle les «nou­velles im­pé­ra­trices chi­noises»; des femmes de pou­voir qui di­rigent de grandes so­cié­tés en Asie. Elles me sol­li­citent pour que j’aille avec Ma­dame Jac­que­line, ma Pre­mière d’ate­lier, à Shanghai ou à Pé­kin pour leur pro­po­ser de nou­velles créa­tions. Nous com­men­çons éga­le­ment à avoir des clientes d’Amé­rique du Sud, du Mexique et d’Ar­gen­tine no­tam­ment. Et en pa­ral­lèle j’ha­bille des co­mé­diennes!

PEN­SEZ-VOUS QUE DANS L’UNI­VERS DE LA MODE, IL Y A UNE CER­TAINE UNI­FOR­MI­SA­TION DU GOÛT?

Je ne re­garde pas ce que font les autres. Je suis mon propre des­tin; j’ai dé­ci­dé de tra­cer ma route et de ne plus faire que ce que j’aime. Ce­la fonc­tionne! Je suis en re­cherche constante de la vé­ri­té. Mon tra­vail est vrai­ment en adé­qua­tion avec ce que je suis au­jourd’hui. Donc pour moi, les ten­dances ne concernent que les grands groupes.

COM­MENT SE PASSE UN REN­DEZ-VOUS HAUTE COU­TURE AVEC VOUS?

J’ar­rive avec ma ta­blette nu­mé­rique et je des­sine di­rec­te­ment en pré­sence de la cliente. Nous créons ain­si une his­toire en­semble. Je dis­cute au préa­lable avec elle pen­dant une heure en­vi­ron. Je lui de­mande de me dire ce qu’elle aime, ce qu’elle dé­teste, ses sou­ve­nirs d’en­fance, ce qu’elle a en­vie de mon­trer en met­tant sa robe… C’est ça la Haute Cou­ture!

QUAND ON DÉ­COUVRE VOTRE TRA­VAIL ON A L’IM­PRES­SION QUE TOUTE VOTRE VIE VOUS N’AVEZ FAIT QUE DE LA COU­TURE, ALORS QUE VOUS AVEZ COM­MEN­CÉ PAR FAIRE QUATRE AN­NÉES DE MÉ­DE­CINE!

En plus des quatre an­nées de mé­de­cine et des trois ans de psy­cho­lo­gie, j’ai aus­si va­li­dé une li­cence en bio­lo­gie! (Rires) De­puis tout pe­tit j’ai bai­gné dans un uni­vers ar­tis­tique. Mon grand-père était le maître d’oeuvre de Le Cor­bu­sier, ma grand-mère était cor­se­tière, mon autre grand-père avait les plus grandes tan­ne­ries de Ca­sa­blan­ca, mon père avait fon­dé un groupe de rock… Les chats ne font pas des chiens! (Rires) Ma mère m’a ap­pris à des­si­ner à l’âge de 2 ans, j’ai fait du pia­no pen­dant 35 ans et je pas­sais des concours. J’ai eu la chance d’avoir des pa­rents qui m’ont per­mis d’ex­plo­rer le monde ar­tis­tique. Mais comme en même temps j’étais très bon en math et en bio, ils m’ont pous­sé dans cette voie. Mais en qua­trième an­née de mé­de­cine j’ai vou­lu ten­ter le concours des arts ap­pli­qués de l’École Du­per­ré que j’ai réus­si. J’ai in­té­gré en­suite la Chambre Syn­di­cale de la Cou­ture puis je suis ren­tré chez Dior. Tout a été très vite!

LE NOMBRE DE MAI­SONS DE COU­TURE PRES­TI­GIEUSES DANS LES­QUELLES VOUS AVEZ TRA­VAILLÉ DONNE LE TOUR­NIS!

C’était mon ob­ses­sion. Je vou­lais ren­con­trer un maxi­mum de per­sonnes afin de com­prendre leur mo­dus ope­ran­di et d’es­sayer de les dé­fi­nir.

QUEL EST LE DE­SI­GNER QUI VOUS A LE PLUS MAR­QUÉ?

Claude Mon­ta­na! C’est un gé­nie! C’est un vrai ar­chi­tecte du vê­te­ment. C’est

Newspapers in French

Newspapers from Lebanon

© PressReader. All rights reserved.