L’EX­CEL­LENCE SCIEN­TI­FIQUE AU FÉ­MI­NIN

LE PRO­GRAMME RÉ­GIO­NAL L’ORÉAL-UNES­CO POUR LES FEMMES ET LA SCIENCE A MIS À L’HON­NEUR 6 FEMMES ARABES POUR LEURS CON­TRI­BU­TIONS REMARQUABLES AUX AVAN­CÉES DE LA SCIENCE. PAR­MI ELLES, DEUX LI­BA­NAISES.

Femme Magazine - - RECHERCHE - N.R.

Le pro­gramme L’Oréal-Unes­co pour les femmes et la science pour les pays du Le­vant et l’Égypte a été lan­cé en 2014, en par­te­na­riat avec le Centre Na­tio­nal de la Re­cherche Scien­ti­fique Li­ba­nais (CNRSL); il ré­com­pense chaque an­née d’émi­nentes cher­cheuses, du Moyen-Orient. Cette an­née, six femmes ont été mises à l’hon­neur, lors d’une cé­ré­mo­nie de re­mise des prix qui s’est te­nue le 10 oc­tobre à l’École Su­pé­rieure des Af­faires de Bey­routh, sous le haut pa­tro­nage du mi­nistre de l’Édu­ca­tion et de l’En­sei­gne­ment Su­pé­rieur, re­pré­sen­té par le Di­rec­teur gé­né­ral du mi­nis­tère, Fa­di Ya­rak. Les bour­sières doc­to­rales et post­doc­to­rales sont: Dr. Aseel Mah­mood (Irak), Dr. Fa­ten Abu-Sho­ga (Pa­les­tine), Dr. Ha­nan Kha­lil (Jor­da­nie), Dr. Maya Atieh (Li­ban), Lay­la el-Mous­sa­wi (Li­ban) et Sha­da Ala­bed (Jor­da­nie). Femme a ren­con­tré les deux lau­réates li­ba­naises.

MAYA ATIEH

At­ta­chée à l’en­sei­gne­ment et à la re­cherche à l’Uni­ver­si­té Li­ba­no-Amé­ri­caine (LAU), spé­cia­li­sée en In­gé­nie­rie et Res­sources hy­driques, Maya Atieh est re­ve­nue du Ca­na­da On­ta­rio pour vivre de ma­nière per­ma­nente au Li­ban de­puis un an et de­mi, avec son ma­ri et ses deux en­fants, car dit-elle, elle veut faire bé­né­fi­cier son pays de ses re­cherches, res­ter près de ses pa­rents. «Le pa­ra­dis est là où se trouve la fa­mille.»

QUE DI­RIEZ-VOUS AUX FEMMES QUI PENSENT QU’IL EST DIF­FI­CILE DE CONCI­LIER CAR­RIÈRE SCIEN­TI­FIQUE ET VIE FA­MI­LIALE?

Rien n’est dif­fi­cile. Je leur di­rai de choi­sir leur ma­ri avec sa­gesse, un ma­ri qui les sou­tienne et les en­cou­rage dans leur car­rière, un ma­ri qui sache re­con­naître leur vraie va­leur et se­rait fier de leurs réa­li­sa­tions.

COM­MENT ÉVALUEZ-VOUS LE DO­MAINE DE LA RE­CHERCHE AU LI­BAN?

C’est un ter­rain fer­tile, car nous avons be­soin de la re­cherche. Nous avons toutes les ca­pa­ci­tés ici, beau­coup de jeunes sont in­té­res­sés par la re­cherche et s’ac­tivent sur le ter­rain. Nous dis­po­sons de tous les équi­pe­ments né­ces­saires et de fonds. Nous avons juste be­soin de l’en­ga­ge­ment des mi­nis­tères et des res­pon­sables, nous sou­hai­tons qu’ils soient à nos cô­tés au cas où nous avons be­soin de don­nées, de vi­si­ter un site. Le simple fait d’avoir cet en­ga­ge­ment, cette im­pli­ca­tion des mi­nis­tères, boos­te­rait notre confiance, nous ai­de­rait dans nos re­cherches et ac­cé­lé­re­rait la réa­li­sa­tion de nos ob­jec­tifs.

QU’EST-CE QUI VOUS A INCITÉE À CHOI­SIR LE DO­MAINE DE LA SCIENCE?

Mes pa­rents sont des in­gé­nieurs, ils m’ont de tout temps en­cou­ra­gée à tou­jours al­ler de l’avant. Ils sont la rai­son prin­ci­pale qui m’a pous­sée à dé­ve­lop­per mes ca­pa­ci­tés et qui m’a fait sen­tir que je pou­vais y ar­ri­ver. Et puis j’adore la science, l’ex­plo­ra­tion, la re­cherche. J’adore l’eau en gé­né­ral. Je sens que l’ave­nir est dans le do­maine de la science.

ET C’EST DE CETTE MA­NIÈRE QUE VOUS ÉDUQUEZ VOS EN­FANTS?

Bien sûr, j’es­saie tou­jours de les pous­ser à re­muer leurs mé­ninges, je les em­mène as­sis­ter à des fes­ti­vals et des foires scien­ti­fiques, on fait des ran­don­nées dans la na­ture, je leur ap­prends à ai­mer le pays, à po­ser des ques­tions, à vou­loir ex­plo­rer.

LAY­LA AL-MOUS­SA­WI

Doc­to­rante à l’AUB, bé­né­fi­ciant en 2016 d’un pro­gramme de bourse de trois ans au CNRS-L (Con­seil Na­tio­nal de la Re­cherche Scien­ti­fique au Li­ban), Lay­la al-Mous­sa­wi tra­vaille sur un pro­jet vi­sant à trou­ver un trai­te­ment ef­fi­cace contre la ma­la­ria.

QUE RE­PRÉ­SENTE POUR VOUS LE FAIT DE REM­POR­TER LE PRIX L’ORÉAL-UNES­CO?

C’est une re­con­nais­sance pres­ti­gieuse de mes ef­forts. C’est un hon­neur pour moi de re­joindre le grand ré­seau de ces remarquables femmes scien­ti­fiques du pro­gramme au­tour du monde. Je n’ai pas de mots pour dé­crire ce que je res­sens. Quand je me suis pré­sen­tée, j’étais op­ti­miste, mais je ne m’at­ten­dais pas à ga­gner. Ce prix est pour moi une ma­nière de re­nou­ve­ler mon en­ga­ge­ment en­vers la science et la re­cherche.

POUR­QUOI AVOIR CHOI­SI LA SCIENCE ALORS QUE C’EST UN DO­MAINE GÉ­NÉ­RA­LE­MENT RÉ­SER­VÉ AUX HOMMES?

C’est exac­te­ment ce que nous es­sayons de chan­ger. Pour les sciences, il n’y a pas de genre. Les femmes sont tout aus­si com­pé­tentes, qua­li­fiées et in­tel­li­gentes que les hommes. Et si une femme aime ce do­maine, ou du moins en est cu­rieuse, elle de­vrait fon­cer. J’ai de tout temps été cu­rieuse des ques­tions scien­ti­fiques, ce sont les sciences après tout qui nous aident à com­prendre les phé­no­mènes na­tu­rels au­tour de nous. C’est l’ou­til de chan­ge­ment. Tout dé­ve­lop­pe­ment, toute in­no­va­tion re­lèvent de la science, c’est in­dé­niable.

COM­MENT ÉVALUEZ-VOUS LE DO­MAINE DE LA RE­CHERCHE AU LI­BAN?

Ce­la va de mieux en mieux, mais ce n’est pas en­core suf­fi­sant. Certes nous avons le loi­sir de pu­blier, d’in­no­ver, mais le pro­ces­sus est lent. C’est pour ce­la que la re­cherche prend beau­coup de temps, non seule­ment au Li­ban, mais dans tout le Moyen-Orient, dans le monde arabe. Parce qu’il n’y a pas suf­fi­sam­ment de fonds, d’in­fra­struc­ture. C’est un com­bat, et c’est pour cette rai­son que nous es­sayons de col­la­bo­rer avec l’étran­ger.

Cette an­née, le pro­gramme L’Oréal-Unes­co, Pour les Femmes et la Science, fête ses 20 ans. De­puis son lan­ce­ment en 1998, le pro­gramme a sou­te­nu plus de 3 124 cher­cheuses, en ré­com­pen­sant 102 lau­réates et en ac­cor­dant 3 022 bourses doc­to­rales et post­doc­to­rales dans 117 pays. Trois d’entre les lau­réates ont re­çu un prix No­bel scien­ti­fique: Ada Yo­nath, Eli­za­beth H. Black­burn et Ch­ris­tiane Nüss­lein-Vol­hard.

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