SAN­TÉ

Femme Magazine - - CONTENTS - Mar­lène Aoun Fa­khou­ri

AVC, com­ment se pro­té­ger?

DER­RIÈRE LES CARDIOPATHIES ISCHÉMIQUES, L’AC­CI­DENT VAS­CU­LAIRE CÉ­RÉ­BRAL (AVC) CONSTI­TUE LA DEUXIÈME CAUSE DE MOR­TA­LI­TÉ DANS LE MONDE. UNE ÉTUDE RÉ­CENTE (AVRIL 2018) ME­NÉE PAR PAS­CALE SALAMEH, PHARMACIENNE ÉPIDÉMIOLOGISTE, CHER­CHEUSE ET PRO­FES­SEURE DES UNI­VER­SI­TÉS, ET LE PRO­FES­SEUR HAS­SAN HOSSEINI, MONTRE QUE LE RISQUE D’AVC EST TROIS À QUATRE FOIS SU­PÉ­RIEUR CHEZ LES FU­MEURS DE CIGARETTES QUE CHEZ LES NON-FU­MEURS. CE RISQUE EST CINQ À SIX FOIS SU­PÉ­RIEUR CHEZ LES CONSOM­MA­TEURS DE NARGUILÉ.

Le point avec le pro­fes­seur fran­co-li­ba­nais Has­san Hosseini, neu­ro­logue, res­pon­sable de l’uni­té neu­ro­vas­cu­laire CHU Hen­ri Mon­dor et mé­de­cin consul­tant à l’Hô­pi­tal Uni­ver­si­taire Fran­çais du Le­vant (Sin el-Fil).

L’AVC est un ac­ci­dent vas­cu­laire ou une at­taque cé­ré­brale qui se pro­duit lors­qu’une par­tie du cer­veau est brus­que­ment pri­vée de sang. Il existe deux types d’AVC: is­ché­mique (80% des cas), quand un vais­seau san­guin se bouche, et hé­mor­ra­gique, lors­qu’il se rompt. Dans les deux cas, les symp­tômes sont sou­vent les mêmes: une fai­blesse ou un en­gour­dis­se­ment d’un cô­té du corps, une pa­ra­ly­sie du bras, du vi­sage (dé­for­ma­tion de la bouche), et par­fois une dif­fi­cul­té d’élo­cu­tion, des troubles de l’équi­libre ou de la vi­sion. «En­vi­ron 90% des ac­ci­dents vas­cu­laires cé­ré­braux se­raient at­tri­bués à des fac­teurs de risque, évi­tables pour la plu­part par l’adop­tion d'une meilleure hy­giène de vie. Par­mi ces fac­teurs, l’hy­per­ten­sion ar­té­rielle vient en tête de liste. Suivent l’hy­per­cho­les­té­ro­lé­mie, le dia­bète, l’obé­si­té, le ta­ba­gisme, l’al­cool, la drogue, la sé­den­ta­ri­té, la mau­vaise ali­men­ta­tion, la prise de contra­cep­tifs oraux (sur­tout dans le cas des femmes à risque et de plus de 35 ans). Au Li­ban, le risque est plus éle­vé, faute de pré­ven­tion et sou­vent de trai­te­ment, pré­cise le neu­ro­logue. Une étude me­née sur le ter­rain a ré­vé­lé une su­pé­rio­ri­té alar­mante de fac­teurs de risque ma­jeurs: sur un échan­tillon de 1 515 in­di­vi­dus, à par­tir de 40 ans, 1 Li­ba­nais sur 2 est hy­per­ten­du, 1 sur 5 est dia­bé­tique. Les Li­ba­nais mènent une vie sou­vent peu saine et ne pra­tiquent pas une ac­ti­vi­té phy­sique suf­fi­sante. 22% des per­sonnes hy­per­ten­dues ou dia­bé­tiques ne sont même pas diag­nos­ti­quées», dé­plore-t-il. Par ailleurs, le pro­fes­seur Hosseini met l’ac­cent sur l’ef­fet sy­ner­gique entre le ta­ba­gisme et la contra­cep­tion hor­mo­nale, ob­ser­vé sur le risque d’AVC is­ché­mique et hé­mor­ra­gique: les femmes ta­ba­giques, sous contra­cep­tion orale courent un risque si­gni­fi­ca­tif.

NARGUILÉ ET RISQUE VAS­CU­LAIRE CÉ­RÉ­BRAL

Le narguilé (ou la pipe à eau) est per­çu à tort comme moins no­cif que la ci­ga­rette, et ce­la contri­bue pro­ba­ble­ment à sa pré­do­mi­nance, sur­tout par­mi les jeunes et les ado­les­cents. Et le neu­ro­logue de mettre en garde contre la shi­sha, puisque sa fu­mée contient plus de 4 800 mo­lé­cules chi­miques, dont au moins 69 can­cé­ri­gènes. Le narguilé, ajou­té à la pol­lu­tion de la ca­pi­tale et au stress, aug­mente in­évi­ta­ble­ment le risque d’AVC. «Un risque qui concerne sur­tout les per­sonnes de plus de 65 ans. Tou­te­fois, il n’est pas rare de voir des ado­les­cents, des in­di­vi­dus de moins de 45 ans éga­le­ment tou­chés. Il faut sa­voir que l’AVC peut sur­ve­nir à tout âge, chez les nou­veau-nés ou les en­fants en cas de mal­for­ma­tion des ar­tères cé­ré­brales ou de pa­tho­lo­gie car­diaque. »

IL FAUT AGIR VITE

Un AVC se dé­clenche le plus sou­vent lors­qu’une ar­tère cé­ré­brale est bou­chée à cause d’un caillot de sang. La zone tou­chée du cer­veau ne re­çoit plus les nu­tri­ments né­ces­saires à sa sur­vie tels que le sucre et l’oxy­gène. «Même tran­si­toires (30 se­condes ou une mi­nute), les signes d’un AVC doivent ame­ner à ré­agir vite. Chaque mi­nute compte! S’il n’y avait qu’un mes­sage à re­te­nir s’agis­sant du trai­te­ment, ce se­rait in­con­tes­ta­ble­ment ce­lui­là, in­siste-t-il. Chaque mi­nute per­due peut faire la dif­fé­rence entre une gué­ri­son com­plète et un han­di­cap sé­vère. Si on peut pré­ve­nir 80% des AVC en trai­tant les fac­teurs de risque, mal­heu­reu­se­ment quand l’ac­ci­dent ar­rive, le fac­teur temps est ca­pi­tal pour l’ad­mi­nis­tra­tion éven­tuelle d’une throm­bo­lyse (in­jec­tion dans les veines d’un pro­duit qui dis­sout le caillot bou­chant l’ar­tère du cer­veau) qui per­met de ré­duire le han­di­cap mais qui se­ra im­pos­sible six heures après la sur­ve­nue de l’AVC», pré­cise le pro­fes­seur Hosseini. Le neu­ro­logue ré­vèle que le taux de mor­ta­li­té di­mi­nue de 30% en cas de diag­nos­tic ra­pide et de prise en charge pré­coce. Il s’agit d’une ur­gence neu­ro­lo­gique! D’où la né­ces­si­té d’une uni­té de soins in­ten­sifs neu­ro­lo­giques, dis­po­nible 24 heures sur 24, d’une prise en charge plu­ri­dis­ci­pli­naire où le mé­de­cin doit éta­blir diag­nos­tic (exa­men cli­nique, IRM, scan­ner) et trai­te­ment dans les mi­nutes qui suivent l’ar­ri­vée du pa­tient à l’hô­pi­tal. «Ain­si, on parle beau­coup de throm­bo­lyse pour le trai­te­ment de l’AVC, re­marque le neu­ro­logue, mais la ré­vo­lu­tion mé­di­cale per­met ac­tuel­le­ment de re­cou­rir de plus en plus à un autre moyen neu­ro­lo­gique in­ter­ven­tion­nel: la throm­bec­to­mie (in­ter­ven­tion par voie per­cu­ta­née consis­tant à cap­tu­rer le caillot bou­chant l’ar­tère par as­pi­ra­tion di­recte et à l’ex­traire) afin de ré­ta­blir la cir­cu­la­tion san­guine des vais­seaux du cer­veau.» Il ajoute, «l’as­so­cia­tion de ces deux tech­niques per­met de re­vas­cu­la­ri­ser les neu­rones «dor­mants mais en­core vi­vants » et d’of­frir à un plus grand nombre de pa­tients une vie sans han­di­cap, après un ac­ci­dent vas­cu­laire cé­ré­bral. D’où la né­ces­si­té de créer au Li­ban des Stroke Cen­ters, des uni­tés neu­ro­vas­cu­laires (une pour chaque mil­lion d’ha­bi­tants), où l’ad­mis­sion à la phase ai­guë est cru­ciale puis­qu’elle dé­ter­mine le pro­nos­tic et li­mite au­tant que pos­sible les dé­gâts.»

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