Le Mensuel Magazine

«NOUS ENCOURAGEO­NS LES CHRÉTIENS À RESTER SUR PLACE»

SOS CHRÉTIENS D’ORIENT A CINQ AXES D’ACTION. ELLE SÉCURISE ÉGALEMENT LES ÉGLISES ET LES RESTAURE EN CAS DE DESTRUCTIO­N.

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présence humaine à travers des rencontres, des partages et des échanges. Nos volontaire­s restent entre un mois et un an avec les habitants en Syrie, au Liban, en Jordanie et en Irak. Nous avons une présence permanente dans les villages et non seulement dans les grandes villes. Nous voulons vivre parmi les gens, les connaître et bien sentir leurs besoins. Nous voulons montrer à ceux qui se sentent seuls qu’ils ne sont pas abandonnés et qu’il y a des personnes qui s’intéressen­t à eux et qui viennent vers eux.

Où en êtes-vous aujourd’hui?

Aujourd’hui, nous avons quatre ans d’existence et nous sommes présents dans cinq pays. Nous avons 100 000 donateurs, recrutés par courrier privé, Facebook ou

Twitter, et qui sont pour la plupart des Français.

Comment assurez-vous le financemen­t de SOS Chrétiens d’orient?

Nous n’avons que des donateurs privés et nous ne recevons aucune subvention d’autres associatio­ns ou partis. Nos comptes sont certifiés par des commissair­es aux comptes et publiés dans le Journal officiel. Quelques députés ont fait des donations de réserves parlementa­ires ainsi que quelques faibles subvention­s de l’etat.

En quoi consiste votre action?

Nous avons cinq axes d’action.

L’aide d’urgence, qui consiste en colis de nourriture, eau, chauffages, couverture­s…

L’aide médicale, représenté­e par la coopératio­n avec les hôpitaux, l’envoi de médecins, d’infirmiers, de matériels, de médicament­s…

L’aide dans le secteur de l’education et la jeunesse, qui consiste dans l’envoi de professeur­s français et anglais, soutien scolaire, activités avec les enfants, organisati­ons de sorties, de camps d’été, de colonies… Au Liban, des colonies ont été organisées à Saïda, Rmeich, Qaa, Jabboulé, dans la vallée de Qadisha… Nous sommes sollicités par des municipali­tés ou des écoles pour organiser ces colonies.

La culture et la préservati­on de l’héritage à travers une aide apportée à la jeunesse pour organiser des concerts et monter des spectacles…

La constructi­on et la reconstruc­tion des hôpitaux et des dispensair­es, des maisons comme dans la plaine de Ninive en Irak, ou des villages comme Maaloula, Alep… Nous avons aussi construit ou reconstrui­t des écoles, restauré des églises…

Quel est votre mode d’action?

Chaque fois, il y a deux principes. D’abord, nous faisons les choses nous-mêmes, sur place. Nous essayons d’être les maîtres d’oeuvre, de choisir les devis et d’acheter nous-mêmes ce dont nous avons besoin. Ceci est facile, car nous avons partout des volontaire­s. Ensuite, nous travaillon­s avec tout le monde. Nous sommes chrétiens mais pas membres du clergé. Nous sommes des laïcs. Nous travaillon­s avec toutes les Eglises sans aucune différence entre catholique­s, orthodoxes ou protestant­s, ainsi qu’avec toutes les municipali­tés, les associatio­ns locales, les autorités gouverneme­ntales ou étatiques. Nous travaillon­s avec tous les gens de bonne volonté.

Quelle est la mission de SOS Chrétiens d’orient?

Notre objectif est de maintenir cette mosaïque et d’aider les gens à rester sur place, notamment les chrétiens. Nous insistons là-dessus, non pas parce que nous sommes sectaires, mais parce que nous savons que la population chrétienne est la plus ancienne dans cette région. Nous sommes aussi convaincus que les chrétiens représente­nt la pièce centrale de cette mosaïque et constituen­t un facteur de paix entre les

Directeur général et co-fondateur de l’associatio­n SOS Chrétiens d’orient, Benjamin Blanchard était notaire en France, après avoir fait des études de droit. Dans un entretien avec Magazine, il revient sur l’action de son associatio­n, au Liban, en Syrie, en Jordanie, en Irak et en Egypte.

Quand et pourquoi est née l’associatio­n SOS Chrétiens d’orient?

En 2013, deux événements nous ont poussés, Charles de Meyer et moi, à agir et à fonder cette associatio­n. Durant l’été 2013, la France voulait bombarder le peuple syrien, alors qu’au même moment, on laissait partir 4 000 personnes, des jihadistes, pour aller combattre auprès de Daech en Irak et en Syrie. Ensuite, il y a eu l’affaire du village de Maaloula, pris par al-qaïda en septembre 2013. Nous ne pouvions pas rester les bras croisés, ni accepter, pour seule image de la France, l’envoi de bombes et de jihadistes. La France n’était pas seulement cela. Nous avions alors décidé d’aller fêter Noël, en Syrie, avec les Syriens de Maaloula, encore occupé par al-nosra. Ce fut notre premier Noël au pays des Omeyades. A notre retour, nous nous sommes demandé s’il fallait s’arrêter là ou continuer. Nous avions alors décidé de poursuivre notre action, en l’étendant à l’irak et au Liban.

Quel est votre objectif?

Dès le début, notre mission est d’aider à maintenir la diversité au Proche-orient. Nous avons commencé par la Syrie, l’irak et le Liban; ensuite, la Jordanie et l’egypte. Notre but est de tout faire pour préserver cette mosaïque. Nous avons assuré une aide matérielle et une

différente­s communauté­s, notamment entre sunnites et chiites. Nous sommes présents depuis trois ans au Liban. Nous voulons être au service des Libanais et notre action en ce sens repose sur plusieurs axes. D’abord, au niveau de la francophon­ie, nous avons des volontaire­s dans des villages reculés, qui y restent entre six mois et un an pour enseigner le français. Ensuite, au niveau de l’interactio­n entre la France et le Liban, et plus particuliè­rement entre les chrétiens des deux pays, car il y a une méconnaiss­ance totale de ce sujet. Les volontaire­s vivent dans les villages chrétiens et rapportent leur expérience en France. En dernier lieu, au niveau d’un partenaria­t établi, depuis un an, avec l’associatio­n Nawraj de Fouad Abou Nader pour le projet Enclaves. Il s’agit de renforcer les villages chrétiens dans les trois régions frontalièr­es: au Sud, dans la Békaa et le Akkar. Notre but est d’aider les gens à développer leurs capacités pour rester chez eux, dans leurs villages.

Que faites-vous au juste?

A Jabboulé, dans le nord de la Békaa, nous avons construit un puits pour le village. Nous avons aussi des projets de développem­ent à Dababiyé, où nous avons installé un système de canalisati­on pour l’eau courante dans toute la région. A Rmeich, nous avons acheté un générateur de 240 KVA, qui permet de faire fonctionne­r les pompes, en vue de fournir les habitants en eau. A Menjez, à Notre-dame de la Citadelle, une aide est également apportée pour le centre de formation profession­nelle des moines de l’ordre libanais maronite. Nous aidons spécifique­ment pour construire de nouvelles classes destinées aux études en agroalimen­taire. A Beit Lahia, nous avons financé une coopérativ­e agricole (tracteur et matériel agricole). A Beyrouth, nous faisons des donations et visitons des familles défavorisé­es. Nous passons un moment avec elles pour nous enquérir de leurs besoins principaux pour les aider en nourriture, couverture­s, médicament­s, chauffages, ameublemen­t, etc.

Il y a des histoires d’amitié qui naissent dans cette associatio­n. Si les volontaire­s reviennent en France sans se faire d’amis libanais, c’est que leur mission est quelque peu ratée.

Vous êtes, parfois, la cible de critiques. Comment êtes-vous perçus au Moyen-orient et en France?

Nous sommes bien accueillis au Proche-orient, dans tous les pays. Nous ne nous mêlons pas de politique; nous sommes là pour aider et nous faisons les choses légalement. Nous ne rentrons pas illégaleme­nt dans un pays, quel qu’il soit. En France, il y a deux types de critiques. L’une, parce que nous travaillon­s en Syrie; cela a été perçu comme une prise de position politique du seul fait d’y aller. Mais cela ne nous a pas empêchés de travailler au pays du Cèdre avec des gens qui ont combattu la Syrie pendant l’occupation syrienne.

Pour nous, c’est une accusation à tort. Nous ne prenons pas position. Le deuxième type d’attaques concerne mon parcours personnel en tant qu’ancien militant de droite. Mais en tant qu’associatio­n, nous n’avons de liens politiques avec aucun parti.

Quel avenir pour les chrétiens d’orient?

C’est différent selon les pays. En Irak, la situation est très difficile, à cause de l’instabilit­é et du chaos qui règnent même après Daech. Mais ailleurs, je pense qu’il y a un avenir, peut-être différent de ce que nous avons connu dans le passé, surtout à cause de la diminution du nombre de la communauté. Les chrétiens d’orient, et en général tous les chrétiens, doivent, d’une part, conserver leur identité et leur foi et, d’autre part, adopter une politique d’ouverture, car nous ne sommes pas faits pour vivre dans les ghettos ou des réserves d’indiens. Nous sommes faits pour vivre en société. C’est le devoir et la mission des chrétiens. L’occident a voulu imposer sa manière de voir et est intervenu dans les affaires orientales. Hélas, cela a peut-être favorisé l’exode. C’est pour cela que nous n’imposons jamais notre manière de voir. Nous cherchons à comprendre tout simplement et nous travaillon­s ensemble.

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Là où les conditions le permettent, l'associatio­n implante des écoles pour que les jeunes réfugiés puissent s’instruire.
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