«LA TUR­QUIE A-T-ELLE LES MOYENS DE FAIRE ÉVA­CUER LES JI­HA­DISTES DE LA FU­TURE ZONE DÉ­MI­LI­TA­RI­SÉE? HTS, DI­RI­GÉ PAR MO­HAM­MAD ALJOULANI, RE­FUSE POUR L’INS­TANT».

Le Mensuel Magazine - - Syrie -

comme ceux de HTS est pré­vu par l'ac­cord. Er­do­gan parle lui d’«éli­mi­na­tion des groupes ter­ro­ristes». Con­crè­te­ment, comment ce­la peut-il se pas­ser?

La Tur­quie a ré­or­ga­ni­sé les groupes re­belles de la poche d’id­leb en créant le Front pour la Li­bé­ra­tion Na­tio­nale (Jah­bat al-tah­rir al-wa­ta­ni), qui re­groupe les re­belles op­po­sés à Hayat Tah­rir al-sham, l’an­cien Front al-nos­ra, des restes de l’ar­mée sy­rienne Libre à Ah­rar al-sham, l’an­cien al­lié d’al-nos­ra. De­puis les pre­mières ren­contres d’as­ta­na, la Tur­quie s’est en­ga­gée à ré­duire voire éli­mi­ner les groupes ji­ha­distes de la poche d’id­leb. Ses al­liés lo­caux sont pas­sés à l’of­fen­sive mais sans suc­cès, puisque HTS n’a ces­sé d’étendre son in­fluence sur la ré­gion. Même la Tur­quie est obli­gée de né­go­cier âpre­ment avec Mo­ham­mad al-jou­la­ni, le chef de HTS, pour ra­vi­tailler ses postes d’ob­ser­va­tion, puis­qu’il faut tra­ver­ser le ter­ri­toire D’HTS pour ce­la. La Tur­quie a-t-elle les moyens de faire éva­cuer les ji­ha­distes de la fu­ture zone dé­mi­li­ta­ri­sée? HTS re­fuse pour l’ins­tant. Il a par­fai­te­ment com­pris que s’il aban­don­nait ses lignes de dé­fense, il se re­trou­ve­rait en po­si­tion d’ex­trême fai­blesse, car au­cun ac­teur ne le pro­té­ge­rait d’une of­fen­sive de l’ar­mée sy­rienne. Les groupes pro-turcs, s’ils sont as­su­rés d’une paix avec l’ar­mée, se­ront-ils plus ef­fi­caces dans la lutte contre HTS? Ce­la pa­raît dif­fi­cile éga­le­ment à ima­gi­ner. D’une part, cer­tains hurlent dé­jà à la tra­hi­son turque, d’autre part leur en­ne­mi reste avant tout Ba­char el-as­sad, ils n’ont au­cun in­té­rêt à faire le tra­vail à la place de l’ar­mée sy­rienne.

La ba­taille d’id­leb a ré­vé­lé les désac­cords entre la Rus­sie, l’iran et la Tur­quie au su­jet de la Sy­rie, lors du som­met tri­par­tite de Té­hé­ran. Re­cep Tayyip Er­do­gan va-t-il être obli­gé de choi­sir son camp?

Er­do­gan veut une zone tam­pon au nord de la Sy­rie, du Je­bel turk­mène (au nord de Lat­ta­quié) au Tigre, ce qui in­clut en par­tie la ré­gion d’id­leb. L’ob­jec­tif est d’em­pê­cher un af­flux mas­sif de nou­veau ré­fu­giés en Tur­quie, de conser­ver un sanc­tuaire pour les re­belles pro­turcs, pro­té­ger les mi­no­ri­tés turk­mènes, mais sur­tout éli­mi­ner les YPG et toute vel­léi­té de ré­gion au­to­nome kurde en Sy­rie.

Il est donc prêt à cé­der une par­tie d’id­leb dans le fu­tur. Le pro­blème ac­tuel­le­ment est qu’il ne peut pas ar­ri­ver à ses fins car les Etats-unis se maintiennent dans le nord-est, pro­té­geant le YPG d’une at­taque turque. Ce n’est pas en se ral­liant aux Etats-unis sur le dos­sier sy­rien qu’il pour­ra éli­mi­ner le YPG, par consé­quent, il a da­van­tage in­té­rêt à de­meu­rer dans le camp ira­no-russe. Mais Er­do­gan pro­fite de la pré­sence amé­ri­caine pour faire mon­ter les en­chères. C’est parce que les Etats-unis sont pré­sents dans le nord-est de la Sy­rie et me­na­çant le cor­ri­dor ira­nien et l’uni­té de la Sy­rie, que la Tur­quie a pu re­pous­ser l’of­fen­sive sur Id­leb car ses «par­te­naires» du pro­ces­sus d’as­ta­na doivent la mé­na­ger. Er­do­gan n’a donc pas in­té­rêt à choi­sir un camp mais à res­ter dans l’entre deux.

Newspapers in French

Newspapers from Lebanon

© PressReader. All rights reserved.