Riyad à l’ombre des chan­ge­ments

Prestige (Lebanon) - - Carnet Du Voyageur -

Le vent du re­nou­veau souffle sur la ca­pi­tale saou­dite in­si­dieux et per­sis­tant. Il ba­laie in­sou­ciant les an­ciens pré­ju­gés, fait fi des éta­blis et inau­gure une ère nou­velle. Chaque jour ap­porte son lot de ré­formes et de pers­pec­tives. L’ex­ci­ta­tion gagne l’at­mo­sphère et on res­sent comme un sou­la­ge­ment et une li­ber­té de mou­ve­ment que le Royaume avait ou­blié. Tout est dans le cadre de cette vi­sion 2030 prô­née par le jeune prince hé­ri­tier Mo­ham­mad Ben Sal­mane et qui trace les contours d’une na­tion mo­der­ni­sée à l’image de sa po­pu­la­tion de 32 mil­lions d’ha­bi­tants com­po­sée à ma­jo­ri­té de jeunes. En pre­mier lieu, la saou­di­sa­tion qui se fai­sait au compte- gouttes et qui a été re­lan­cée avec force, puisque toute une liste d’em­plois doit être dé­sor­mais dé­te­nue par un ci­toyen du pays au risque dans le cas contraire d’être pas­sible d’une grosse amende. Les bé­né­fi­ciaires de ces me­sures sont sur­tout les femmes qui sont dé­sor­mais par­tout et qui oc­cupent les postes de ven­deuses, cais­sières, gé­rantes, etc… Une pre­mière dans ce pays con­ser­va­teur où se­lon la tra­di­tion et le poids des cou­tumes tri­bales, les femmes res­taient confi­nées chez elles. Elles vont d’ailleurs pou­voir conduire en juin. Ce ta­bou aus­si vient d’être le­vé. L’Ara­bie saou­dite était le seul pays au monde où la femme n’avait pas le droit de te­nir le vo­lant. Les fé­mi­nistes qui par le pas­sé ont osé bra­ver cette loi non écrite ont été ar­rê­tées et mal­me­nées. C’est dé­sor­mais re­mi­sé dans les ou­bliettes. Des écoles de conduite se chargent de pré­pa­rer la gent fé­mi­nine ain­si que des agentes de la cir­cu­la­tion. Et ce­rise sur le gâ­teau, les pre­miers ci­né­mas viennent d’ou­vrir leurs portes ou plu­tôt leurs écrans géants. Une inau­gu­ra­tion qui s’est faite en fan­fare. Avec la bé­né­dic­tion du gou­ver­ne­ment, alors qu’il y a peu toute forme de di­ver­tis­se­ment et de théâtre était consi­dé­rée comme une at­teinte aux ver­tus de la Foi, ha­ram.

A l’heure ac­tuelle, les per­for­mances mu­si­cales et cultu­relles se suivent et ne se res­semblent pas. Oc­ci­den­tales, égyp­tiennes et mêmes li­ba­naises, elles se bous­culent au pays de l’or noir, qui ne veut plus être ré­duit à cette seule conno­ta­tion. Le pro­jet d’un Eu­ro­dis­ney géant à quelques qua­rante ki­lo­mètres de Riyad a d’ailleurs été lan­cé et le roi y a ap­po­sé la pierre inau­gu­rale. Le mé­tro de Riyad qui est sup­po­sé dé­con­ges­tion­ner la cir­cu­la­tion in­fer­nale de la ville est presque ter­mi­né et il don­ne­ra à la ville sa touche de mé­ga­lo­pole mo­derne. Car ain­si est Riyad, une suite de pa­ra­doxes, hé­ris­sée de tours à l’ar­chi­tec­ture au­da­cieuse et par­se­mée de bi­coques construites à la va- vite sans au­cune pré­ten­tion. La ci­té se dé­ve­loppe en hau­teur et sur­tout en éten­due. Elle tente de re­re­fou­ler les li­mites du dé­sert qui l’en­toure de toutes parts. L’Ara­bie est le plus grand pays du Moyen- Orient avec une su­per­fi­cie de plus de deux mil­lions de ki­lo­mètres car­rés, et avec le cours du pé­trole en baisse de­puis plu­sieurs an­nées dé­jà, ses di­ri­geants cherchent à di­ver­si­fier son éco­no­mie et à pro­mou­voir le tou­risme in­té­rieur c’est- à- dire in­té­res­ser ses propres ci­toyens à ce que peut leur of­frir leur pays au lieu de cher­cher ailleurs comme ils le font à Bah­reïn, le Mo­na­co de la pé­nin­sule ara­bique, ou Du­baï, la ville de tous les mi­rages. Le mi­nistre du Tou­risme Sul­tan Ben Sal­mane, qui pré­serve et pro­mo­tionne l’hé­ri­tage de son pays et à qui l’on doit no­tam­ment la res­tau­ra­tion de Ma­daën Sa­leh, la ville na­ba­téenne sur­gie du dé­sert et consoeur de Pé­tra en Jor­da­nie s’est même dé­pla­cé en Ar­gen­tine pour pro­mo­tion­ner cette nou­velle vi­sion de son pays. Il a si­gné un ac­cord de co­opé­ra­tion bi­la­té­rale pour échan­ger des ex­perts en ma­tière de ges­tion tou­ris­tique avec le pays du Tan­go. Une autre pre­mière qui a mis en émoi. La vie po­li­tique, la vi­site d’une dé­lé­ga­tion va­ti­cane avec le car­di­nal Tau­ran à sa tête. Le but? Le dia­logue in­ter­re­li­gieux et la to­lé­rance. Après le sé­jour du pa­triarche ma­ro­nite en no­vembre der­nier, il sem­ble­rait que les choses s’in­ten­si­fient et qu’il n’est plus loin le jour où une église pour­rait son­ner ses cloches au sein du Royaume des deux mos­quées.

Res­tau­ra­tion de Ma­daën Sa­leh, ville na­ba­téenne sur­gie du dé­sert et pro­mise à un bel ave­nir tou­ris­tique.

Sa­bine Far­ra de Cer­da.

Le mé­tro de Riyad dé­con­ges­tion­ne­ra la cir­cu­la­tion et don­ne­ra à la ville sa touche de mé­ga­lo­pole mo­derne.

Lors de la vi­site du car­di­nal Jean- Louis Tau­ran à la tête d’une dé­lé­ga­tion va­ti­cane au Royaume.

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